La singulière voix venue du froid est de retour ! Björk clôture une tournée de plus de deux ans avec Björk : Biophilia Live, film-concert majestueux et organique à la fois, présenté en avant-première au festival de Tribeca.

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Björk : Biophilia Live est lié à un projet pluridisciplinaire à médias combinés autour du huitième album studio de Björk, Biophilia (sorti en 2011, enregistré pendant la crise économique islandaise), qui a pour ambition de rapprocher l’humain de la nature à travers la technologie. Le film est réalisé par Nick Fenton et Peter Strickland. Björk avait déjà collaboré avec ce dernier, auteur du sauvage Varga Katalin, pour Voltaïc : Volta tour Live in Paris and Reykjavik (2009). Quoique nullement étrangère au grand écran, la chanteuse s’y faisait rare, puisqu’on l’avait vu pour la dernière fois en tant qu’actrice en 2005 dans le surréaliste Drawing Restraint 9 de l’artiste Matthew Barney, son compagnon, lui aussi travaillé par la relation à la nature à travers la religion shinto.

Filmé à l’Alexandra Palace de Londres, le spectacle brasse les effets audiovisuels comme pour mieux envoûter un public déjà maintes fois conquis. Les costumes chatoyants (Björk enveloppée dans une sorte de robe-cocon, arborant une haute coiffure vaporeuse) contribuent à créer une atmosphère immatérielle, pétrie de ce paganisme personnel chéri par la chanteuse. Les visuels travaillés par divers designers de renommée mondiale nous régalent avec des images microscopiques de plancton, d’ADN, de circulation sanguine, d’animaux marins, de champignons et plus largement de plans montrant des volcans en éruption et des planètes. Des plans aussi présents sous la forme d’une série de dix applications virtuelles Androïd parues en même temps que l’album sur le web. Parmi celles-ci : Thunderbolt (éclair), Dark Matter (trou noir), ou Solstice. Elles permettent au public de « vivre » Biophilia sur support multimédia.

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C’est Sir David Attenborough himself qui commente l’ouverture de cette œuvre pluri-sensuelle, nous souhaitant la bienvenue à Biophilia, où « l’expression de l’amour de la nature sous toutes ses formes » nous invite à céder à notre curiosité et à la découvrir enfin.

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La nature, qui enveloppe l’humain, perdu à mi-chemin entre l’immense et le microscopique, nous berce et nous enivre de ses sons, ses couleurs et ses senteurs. Un mouvement irrépressible, une force impalpable qui nous meut et nous bouleverse, tout comme le fait la musique depuis toujours.

Sur scène, le groupe, accompagné d’une chorale islandaise d’une trentaine de personnes, utilise la panoplie d’instruments digitaux, traditionnels, hybrides parfois inconnus (Hang, Sharpsichord), qui sont omniprésents sur Biophilia et l’album suivant Bastards (2012). Des titres connus d’albums précédents comme l’éthéré Hidden Place sont réinterprétés avec une aisance toute naturelle, presque ludique : l’artiste est connue pour sa complicité avec ses collègues musiciens.

Björk prouve encore une fois avec grâce qu’elle occupe une niche atypique dans l’univers de la musique électronique indie. Telle une seconde peau, d’année en année elle l’abandonne, pour en ressortir plus éclatante encore. Le résultat est captivant, les visages dans la foule extatiques car ils contemplent devant eux une fascinante créature perchée au sommet, maîtrisant parfaitement un art longuement forgé au fil d’une impressionnante carrière jalonnée d’albums-concepts singuliers.

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Björk : Biophilia Live Réalisé par Nick Fenton et Peter Strickland Royaume-Uni, 2014 97 minutes