Confort précis et rigoureux d’une œuvre dense et claire, évidente. Notes parcimonieuses, effets chaleureusement calculés, doux envoûtement, stimulante proximité de la voix… Rien qui pèse ou qui pose.

Notes sur Everyday Robots de Damon Albarn (2014)

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Cela fait quelque temps déjà que j’y retourne, sans rendez-vous. Il arrive que l’art rende la vie plus belle, aiguise les sens, anime et réchauffe… Un tel sentiment de bien-être sonore se partage. On a le désir de le crier partout : le dernier album de Damon Albarn — Blur, Gorillaz… — est une merveille d’équilibre moderne. Son charme cotonneux et pointu opère, irrésistiblement.

C’est un monde qui s’ouvre ici. La métaphore se justifie par l’équilibre des rythmes et des sons, des cuivres et des cordes, du spoken word et du chant, de la lucidité et de la grâce.

Prenant. Instantané. Présent.

Albarn nous dit dans les Inrocks qu’il a (peut-être) enfin appris à composer des chansons taillées pour sa voix, qui est, ajoute-t-il, reconnaissable et limitée. Humaine, tellement humaine. Elle n’autorise pas les prouesses, et c’est tant mieux : elle est directe, bouleversante, mais aussi pleine de recoins, de failles — troublants ; elle s’offre et se défile admirablement.

Everyday Robots constitue un précieux recueil de chansons intimes, autobiographiques, œuvre d’un homme qui n’a cessé de se frotter, de se confronter au monde, et qui nous dit où il en est aujourd’hui. Un homme qui, avec les armes fragiles de la musique, donne à entendre le sentiment de paix relative qu’il éprouve à ce point de sa vie.

Damon Albarn : vocals, piano, guitar, omnichord, ukulele, backing vocals, drum machine, bass, choir, Korg M1, synthesizer, executive production, additional production, mixing, engineering.

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Impressionnant… mais ce n’est pas, tant s’en faut, un album solo, encore moins solitaire. Albarn sait se faire accompagner : le formidable producteur Richard Russell, l’incombustible Brian Eno, Natasha Khan de Bat for Lashes ; le Leytonstone City Mission Choir, tout droit surgi de son enfance londonienne ; Timothy Leary qui, le temps d’un sample, nous adresse cette phrase admirable : « Be aware of the photograph you are taking now » ; l’éléphanteau de l’irrésistible Mr Tembo

Etcetera.

Le charme infini de ce disque tient peut-être à ceci : la beauté nous y est donnée avec la conscience de la beauté. On a le sentiment, en l’écoutant, de toucher du doigt les secrets — mélodiques, harmoniques, électroniques… — de sa fabrication.

Mélancolie heureuse de l’homme lesté de son passé, confession discrète et sophistiquée de l’artiste qui, pour la première fois, écrit son seul nom au sommet de la pochette (en lettres minuscules manuscrites, élégantes), questionnement aussi sur l’époque désincarnée où il s’efforce de vivre (voir le titre de l’album). Albarn décrit l’atmosphère de son disque en deux mots, qui sont la vie même — happy sad. J’ajouterai le troisième — beautiful !

Press play. You won’t regret it !

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Everyday Robots Damon Albarn Parlophone, 2014