On vous le disait déjà la saison dernière avec un passage remarqué dans la galerie et on n’hésite pas à remettre une couche : The Bukowskies, c’est le petit nouveau de la scène belge à suivre. À la veille de la sortie de leur premier disque, Karoo a rencontré la tête pensante du groupe, Andrea Lafontaine, ainsi que son nouveau bassiste, Xavier Blanchart.

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Pour commencer, Andréa, peux-tu nous parler de la gestation du groupe ?
Andrea : Je fais de la musique depuis tout petit. Mon père me rappelle toujours qu’à deux ans déjà, je récitais des textes de Léo Ferré. On m’a rapidement inscrit à l'éveil musical où j’ai appris la guitare. Bien plus tard, j’ai commencé à donner des cours à Olivier Dechamps, notre guitariste rythmique, qui, au fur et à mesure des leçons est devenu mon enregistreur vivant. Il répétait les riffs que je composais et j’y ajoutais des solos. Il aimait beaucoup mes chansons et lança l’idée de monter un groupe. On a trouvé un bassiste et un batteur et on s’est construits petit à petit. On a posté quelques chansons sur Youtube, aujourd’hui supprimées, qui ont rapidement atteint le millier de visionnements. C’était glorieux pour nous. On a enchaîné avec quelques concerts qui ont attiré une petite centaine de personnes. À l’époque, on officiait plutôt dans le blues rock.

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Aujourd’hui, vous versez plus dans un garage rock bien trempé. On vous compare d’ailleurs souvent aux Stooges ou, pour prendre une référence plus récente, aux Strokes.
Xavier : pour moi qui viens d’arriver dans le groupe, je trouve que l’influence des Strokes se retrouve peut-être un peu plus dans nos dernières compositions. Par contre, à mon arrivée, j’ai tout de suite ressenti l’énergie du rock des années 1970. En réalité, The Bukowskies, c’est le groupe dans lequel j’aurais aimé jouer lorsque j’avais quinze ans, quand je baignais à 100 % dans ce milieu musical. D’où mon énorme plaisir à retourner dans ce registre musical.
Andrea : ce n’est pas quelque chose que je dis souvent mais j’avoue être un grand admirateur des Strokes. Pourtant, je ne comprends pas toujours l’analogie qu’on fait avec notre groupe. The Strokes, ce n’est pas juste la chanson Reptilia . Ils ont beaucoup expérimenté avec le temps, y compris avec des éléments électroniques. Prenons l’exemple de Dorian Gray, notre dernière chanson dont nous avons tiré un clip, qui est systématiquement comparée aux Strokes à cause de la technique des « pompages » pratiquée à la basse qui fait forcément penser à Reptilia. Pourtant, il y a des accords de jazz dans Dorian Gray, et personne n’y fait attention. Je trouve qu’il est trop facile de classer un groupe dans une case aujourd’hui où tout ce qui se fait doit forcément être influencé par autre chose. C’est justement parce que je suis si admiratif des Strokes que je n’aime pas toujours le lien de parenté qu’on nous attribue avec eux.

À propos de Dorian Gray, vous avez récemment sorti un clip illustrant cette chanson. Pouvez-vous nous en parler ?
Andrea : je tiens à mettre les pendules à l’heure concernant ce clip. Ce n’était pas du tout ce qui était prévu. Je n’aime pas être vu comme le leader du groupe. Cela vient d’une période où l’on se faisait constamment descendre sur internet. À la base, je ne voulais même pas apparaître dans la vidéo en question. C’est finalement Xavier qui m’a convaincu de tourner un plan-séquence qui entrecouperait diverses scènes.
Xavier : malheureusement, bien que nous ayons un énorme respect pour lui, le réalisateur n’a pas travaillé comme nous le voulions. Il est arrivé deux mois plus tard avec le clip et ce n’était pas du tout ce à quoi nous nous attendions. Nous avons cependant décidé de le publier en l’état car notre page manquait de contenu. Et aujourd’hui, si l’on n’alimente pas régulièrement le public, il se désintéresse. Nous comptons quand même réutiliser toutes les scènes tournées et non diffusées dans un futur proche, pour promouvoir l’album par exemple.

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Justement, cet album. Vous êtes un peu une exception qui confirme la règle. Comment un groupe de jeunes Liégeois parvient à se faire repérer dans un pays comme la Belgique ?
Andrea : c’est un énorme coup de chance. Apparemment, quelqu’un dont je ne connais toujours pas l’identité aurait envoyé notre musique au label Moonzoo, qui est aussi celui de Machiavel. On nous a contactés directement en nous proposant différents contrats. C’est d’ailleurs le bassiste de Machiavel qui a produit notre disque. Nous avons donc signé pour un premier album et, s’il marche bien, un second. Notre contrat nous promet également une forte présence dans les Fnac et les Media Markt du Benelux, un article dans le Moustique et deux passages sur Classic 21. C’était inespéré.

Finalement, après l’enregistrement et avant quelques concerts, votre bassiste est éjecté du groupe au profit de Xavier. Comment la transition s’est-elle faite ?
Andrea : je pense que notre précédent bassiste a lui-même décidé de partir. Nous avions une mini-tournée prévue en France et il cherchait n’importe quel prétexte pour ne pas nous accompagner. Il a fini par donner sa démission en disant se sentir moins investi que par le passé. Nous étions à une semaine du départ. J’ai alors appelé Xavier, un ami proche, que je rêvais secrètement de voir jouer avec nous depuis un moment. Il a accepté, malgré le challenge.
Xavier : une semaine. Une semaine pour apprendre tous les morceaux avant le départ. À une heure du concert de Paris, j’étais encore dans la camionnette du groupe à répéter mes lignes de basse tellement j’étais sûr de me planter. Finalement, le concert s’est très bien passé. Mais c’est surtout à Lyon qu’on a pris un pied dingue, en partie grâce au promoteur d’une rare gentillesse. Il est certain qu’on va essayer de reposer nos valises là-bas à l’avenir.

Parlez-nous de votre processus de composition. Pourquoi le choix de chanter en anglais ?
Xavier : en général, Andrea arrive avec une idée. Il commence à la jouer et donne des indications aux autres membres tout en nous laissant assez libres. Il ne nous dira jamais d’aller jouer un fa mineur à cet endroit exact. Il sait que chacun dans le groupe apporte un bagage musical différent et il en profite. En réalité, même s’il a déjà composé le morceau dans sa tête, la musique se construit quand on est tous ensemble, avec la personnalité de chacun.
Andrea : en ce qui concerne les paroles, j’en suis l’unique auteur. Et même si j’écris bien mieux en français qu’en anglais, il n’y a rien à faire, je trouve que ça sonne mieux dans la langue de Shakespeare. Je pense que j’écris beaucoup trop et un grand nombre de textes ne seront jamais enregistrés. En général, je me base sur des thématiques assez classiques mais qui ne cessent de m’intriguer, comme l’infidélité par exemple.

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Quels sont vos plans pour les mois à venir ?
Andrea : les choses vont vraiment décoller à partir de novembre avec la sortie de l’album. Nous prévoyons déjà une petite tournée européenne où nous devrions au moins jouer en Suisse et retourner en France. Ensuite, un passage dans les diverses Fnac du pays est prévu. Nous nous y produirons en acoustique. Enfin, on retournera travailler sur le second disque, déjà composé en grande partie. Bref, on ne va pas chômer.

Pour terminer, une question classique : avez-vous un disque à recommander ?
Andrea : on ne va pas se changer, je dirais bien entendu tout ce qui touche de près ou de loin aux Strokes. En particulier Yours to Keep d’Albert Hammond Jr, le guitariste du groupe.
Xavier : pour ma part, dans une dimension plus électro, Odd Look, le dernier disque de Kavinsky, m’a complètement retourné.