Danny Brown est le Francis Bacon du rap américain. À voir la couverture de son dernier album, Atrocity Exhibition, ça saute aux yeux. On peut être né à Detroit et ne pas faire du rap old school. On peut avoir une tronche à faire péter un miroir et devenir une icône. On peut avoir une voix à faire saigner les tympans et devenir la voix du rap de ce début de siècle.

Tout est désagréable, tout semble moche, tout est déstructuré. Mais on adore. Ça défoule. Sans doute un signe des temps : à force d’ingurgiter des produits bien emballés, on aime de plus en plus quand ça sent la pisse, la sueur, la coke.

Le White Lines de Danny Brown n’a vraiment rien à voir avec celui de Grandmaster Flash, sorti en 1984, devenu culte. Ce morceau est dark. On y voit Danny Brown se défoncer à l’excès, perdre tout contrôle, succomber sans retenue à ses envies les plus crasses. Il s’en fout, il vomit les lyrics. Ça dure à peine plus de deux minutes et on a la gerbe. Le son n’arrange rien. The Alchemist est allé chercher l’opéra psyché de Dave Greenslade, The Pentateuch of the Cosmogony, pour mettre en musique la gastro de son MC.

Irréel. Iconoclaste. Subversif. Quand on ne supporte plus l’époque qui met l’agent orange à la tête du pouvoir et sacralise la médiocrité mièvre de La La Land, il n’y a plus qu’une issue : se défoncer pour oublier. Pour s’oublier. Une petite ligne ?

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White Lines
Danny Brown
sur l’album Atrocity Exhibition
Warp records, 2016

T’as pas tout compris dans les paroles ?