Christine Delmotte-Weber met en scène la pièce d’Elfriede Jelinek, prix Nobel de littérature en 2004. La femme ne serait-elle qu’un objet ? Dans l’atmosphère patriarcale du capitalisme des années 1920, nous suivons le chemin d’une bourgeoise qui décide de ne plus vivre aux dépends des hommes.

« Je ne suis pas une femme abandonnée par son mari. Je suis une femme qui est partie d’elle-même. » Ainsi commence la pièce dotée d’un grande touche de sensualité assumée. Onze femmes se partagent tour à tour le rôle du personnage de Nora, une mère bourgeoise qui a décidé de quitter son mari et de travailler par elle-même. Elle devient ouvrière dans une usine et, sans le savoir, tombe dans les filets d’un riche industriel qui la prend sous son aile.

Nora devient alors un objet de spéculation des hommes capitalistes qui l’entourent.

De scène en scène, les comédiennes se succèdent au rythme de la dégradation de la vie de Nora, celle-ci devient de plus en plus hideuse dans le regard des autres et perd peu à peu son espoir de liberté.

Elle mène un combat féministe contre les hommes mais aussi contre les femmes : elle se trouve alors complètement méprisée par les ouvrières qui ont peur de la révolte et de perdre leur travail et par les spéculateurs qui la traitent comme un objet.

Dans la mise en scène, les moments de danse très sensuels symbolisent la femme qui assume sa féminité, qui n’est pas là que pour donner la vie à des enfants. D’autre part, les dialogues montrent son côté rebelle et sa volonté de se battre pour ses droits.

Crédit photo : Zvonock

Christine Delmotte-Weber nous propose une mise en scène très riche, avec des décors d’usine et des salons bourgeois reflétant chacun la classe sociale qu’ils accueillent. Il y a aussi beaucoup d'accessoires très souvent symboliques du message qu’elle veut faire passer. Une barre de pole dance sur le côté de la scène évoque d’une part la sensualité de Nora qu’elle assume pleinement, d’autre part, le désir des patrons des industries pour elle et leur manière de la prendre comme un objet de loisir.

Les loges sont visibles, ce qui donne une dimension assez nouvelle mais qui ne gêne en aucun cas le fil de l’histoire. Le mélange entre la danse et le jeu donne un spectacle grandiose qui nous en met plein la vue et nous permet de plonger complètement dans l’époque.

Les onze comédiennes interprètent tous les personnages, femmes et hommes. On comprend que le spectacle veut mettre en scène les hommes et les femmes du point de vue de ces dernières, raconter leur ressenti.

Le combat pour la reconnaissance de la femme est un sujet très sérieux mais qui est très justement exploité avec beaucoup d’humour. Les scènes apportent alors de la légèreté au discours tout en gardant à l’esprit que l’on parle d’une problématique importante.

Ce désir profond de liberté nous questionne sur les conditions de la femme auparavant et encore aujourd’hui. Pourquoi la femme aurait-elle un statut moindre que celui de l’homme ? Ce qui arriva quand Nora quitta son mari est un appel à la liberté et à la tolérance qui nous fait réfléchir sur les conditions de l’homme et de la femme dans nos sociétés contemporaines.

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Ce qui arriva quand Nora quitta son mari

d’Elfriede Jelinek – Mise en scène de Christine Delmotte-Weber

Avec Aminata Abdoulaye Hama, Mireille Bailly, Isabelle De Beir, Dolorès Delahaut, Sophie Delogne, Daphné D’Heur, Daphné Huynh, Berdine Nusselder, Babetida Sadjo, Anne Sylvain, Stéphanie Van Vyve

Théâtre des Martyrs

Du 8 au 28 février 2019