À une époque où le média vidéoludique a presque conquis ses lettres de noblesse (oui, presque : n’oublions pas que les tueries dans les écoles, c’est la faute à Call of Duty), on continue pourtant de juger un jeu sur sa carapace et non sur son contenu. C’est simple, la première chose qu’on vous dira la plupart du temps pour vous vendre un titre, c’est à quel point les graphismes « déboîtent la tronche ». Il est tout de même dommage que le milieu du jeu vidéo, déjà mésestimé, entretienne lui-même sa mauvaise réputation. Pourquoi ne pas parler de l’expérience, du ressenti ou encore de la musique ? C’est quand même bien plus intéressant que de savoir si, quand je tire dans la tête du monstre, je peux voir son cerveau dégouliner, non ?

Heureusement, il y a des gens qui cherchent à mettre en avant la face cachée de ce média, histoire de montrer à tous les détracteurs que oui, le jeu vidéo est un objet culturel aussi valable qu’un film ou qu’un livre. Cette défense passe souvent par la mise en valeur de la musique des différents softwares. Ainsi, on a vu naître plusieurs choses intéressantes comme un orchestre philarmonique, appelé Video Games Live, ayant la particularité d’interpréter exclusivement des extraits tirés de divers jeux plus ou moins connus1. Et en y réfléchissant, c’est tout à fait sensé. La musique fait partie intégrante de l’expérience d’un jeu. Elle nous transporte, nous motive, nous effraie parfois. De plus, quoi qu’on en pense, elle est souvent de très bonne qualité et n’a rien à envier aux bandes originales des productions cinématographiques. C’est pourquoi on se permet aujourd’hui une sélection totalement subjective, excluant volontairement les titres les plus connus, de dix jeux transfigurés par leur bande originale. Et, pour ne pas faire de jaloux, on les classera grâce à cette fantastique invention qu’est l’ordre alphabétique.

Bioshock

Commençons notre périple musical par une balade aquatique en compagnie de Bioshock. Le jeu prétend répondre à la question existentielle suivante : que feriez-vous si vous étiez un amnésique perdu dans une ville sous-marine dont le leader aux croyances utopiques est devenu complètement fou, transformant dès lors sa création en un enfer en apnée ? Derrière ce postulat abracadabrant se cache l’un des jeux au scénario les plus aboutis de ces dernières années qui, de plus, a l’intérêt de ne pas nous prendre pour des idiots. L’ambiance fantastique est servie par une bande originale magistrale qui ne fait que renforcer le sentiment d’enfermement constant durant l’aventure, tout en rappelant les années 1920, période que la ville n’a jamais quittée.

Heavy Rain

Heavy Rain est le résultat d’une expérience visant à croiser le monde du jeu vidéo avec les outils de narration cinématographique. Développé par le studio français Quantic Dream, ce jeu s’apparente plus à un film interactif où nos actions influent sur le cours de l’histoire. Sous les apparences d’un simple thriller, Heavy Rain est une expérience à part entière qui nous fait naviguer entre quatre personnages enquêtant chacun à sa manière sur une mystérieuse disparition d’enfants. La bande originale, qui n’a rien à envier aux meilleures créations d’Hans Zimmer, se veut grandiloquente, dramatique, presque hollywoodienne et accompagne, parfois discrètement, parfois de manière oppressante, chaque scène dont l’issue ne dépend que du joueur.

Hellyeah

Quand, dans un jeu, on passe de ça à ça, on se demande ce que les développeurs ont pu ingérer au petit déjeuner. Hellyeah est un jeu complètement barré dans lequel on personnifie le diable, incarné dans un lapin, qui a eu le malheur de se faire prendre en photo pendant qu’il prenait un bain accompagné d’un petit canard en plastique. L’information voyage très vite aux enfers et oblige notre lapin démoniaque à partir en croisade contre les monstres ayant vu les clichés. Armé d’un jetpack tronçonneuse et accompagné d’un robot pour le moins ennuyant, rien ne pourra empêcher cet être abject de réaliser son plan et ainsi, de rétablir sa réputation.

Hotline Miami

Hommage aux jeux des années 1980, d’une difficulté à se tirer le cerveau en plus des cheveux, Hotline Miami prend place à… Miami. Le but ici est de tuer, avec un couteau, un club de golf, une bouteille ou encore avec les bottes de notre héros. Chaque niveau consiste en une maison où l’on entre, on tue tout le monde et l’on sort. Ça, c’est pour la théorie. En pratique, on entre, on meurt, on recommence, on meurt et ainsi de suite. Le scénario, d’apparence inexistante, est en réalité assez dérangeant et va même jusqu’à remettre en question l’implication d’un joueur face à son jeu. Quant à la musique, elle se veut rythmée et frénétique tout en rendant hommage à de grandes séries comme Miami Vice. Elle accompagnera à la perfection les lacs d’hémoglobine que notre personnage n’aura aucun scrupule à répandre.

Shadow of the Colossus

Avant d’être un jeu, Shadow of the Colossus est un chef-d’œuvre poétique ainsi qu’un plaidoyer en faveur de la nature. Afin de ramener à la vie la femme qu’il aime, notre héros doit parcourir un monde presque désertique, uniquement peuplé de seize colosses qu’il devra détruire. Chaque colosse est différent et propose des mécaniques de jeu ainsi que des énigmes à chaque fois nouvelles, constituant de véritables défis pour le joueur. La musique symphonique nous accompagnant durant l’aventure a la particularité d’être évolutive au fur et à mesure que l’on escalade les différentes parties de chaque colosse à démolir. Ainsi, la musique, calme au début, se métamorphose dès qu’on commence à grimper sur l’ennemi et devient une ode héroïque lorsque l’on parvient à proximité de son point faible. Quand finalement le colosse est tué, on se retrouve hypnotisé, que ce soit par la tristesse de la scène ou par la tornade musicale qui vient de déferler dans nos oreilles.

Super Meat Boy

Quand le vil Dr Foetus enlève Bandage Girl, la compagne de Meat Boy, le sang du petit morceau de viande rouge ne fait qu’un tour et le voilà embarqué dans une aventure qui passera par de nombreux lieux dangereux remplis de hachoirs ou de monstres carnivores. Super Meat Boy est un jeu de dextérité pure ou chaque saut doit être millimétré sous peine de mort immédiate. Ayant la volonté de rendre hommage à l’époque bénie où l’arcade régnait en maître sur le jeu vidéo, Meat Boy est un jeu exigeant demandant un sang froid sans pareil sous peine de casser sa manette et de pousser des cris inutiles en direction de son pauvre téléviseur. Ces niveaux sont accompagnés par une musique rétro mettant de bonne humeur qui enrobe parfaitement ces joyeuses heures de frustration.

Super Smash Bros Brawl

Les règles sont faites pour être enfreintes. Ainsi, cette sélection contient finalement un titre s’étant vendu à des millions d’exemplaires. Mais comprenez-moi, je suis en train de vous parler de musique de jeux vidéo tout en évitant de parler des hymnes qui ont forgé n’importe quel cœur de joueur. Les compositions tirées de Mario, Tetris ou Zelda méritent qu’on parle d’elles. Heureusement, il existe un jeu comme Super Smash Bros Brawl pour pouvoir toutes les écouter d’une traite. Armé d’un concept ultra-simple mais jouissif, Super Smash vous propose de choisir un personnage de l’univers Nintendo (Bowser, Luigi, Zelda ou encore Kirby) et de bastonner joyeusement d’autres personnages de l’univers Nintendo. Au-delà de ce concept rafraîchissant, mais un peu limité, l’éditeur a eu la bonne idée de créer une option Jukebox reprenant toutes les musiques marquantes de toutes les licences jamais éditées par le géant japonais. En tout, plus de 250 titres, souvent réorchestrés pour l’occasion sont disponibles à l’écoute. Une bible.

Thomas Was Alone

Thomas est un petit rectangle rouge, perdu dans un genre de matrice, tout seul. Derrière, un narrateur nous raconte son aventure, ses exploits, sa découverte du monde, le tout avec une dose d’humour. Sur son chemin, Thomas rencontrera Chris le carré orange bougon ou encore John, la longue barre jaune cherchant à tout prix des amis. Ce petit groupe en constante expansion devra travailler ensemble afin de sortir de ce qui semble un labyrinthe sans fin. La narration est accompagnée par une musique au piano mâtinée de sons électroniques discrète et planante, qui n’arrête pas d’émerveiller ou même de provoquer une certaine mélancolie. Thomas Was Alone montre qu’un jeu à petit prix peut facilement dépasser en qualité un blockbuster à 60 €.

La saga Timesplitters

Les trois jeux constituant la saga Timesplitters font partie des jeux de tir en vue subjective les plus géniaux et délirants ayant jamais existé. Et comme toujours dans ce cas, la trilogie n’a pas connu la consécration qu’elle méritait. Le mode solo se révèle rempli d’humour et d’idées intéressantes, nous faisant voyager dans de multiples périodes historiques et permettant ainsi au compositeur, Graeme Norgate, de nous proposer une musique variée et musclée tout en multipliant les pastiches comme avec le niveau se déroulant au Far-West ouvertement inspiré du travail d’Ennio Morricone. Mais c’est surtout grâce au mode multijoueurs que l’on s’amuse le plus. Timesplitters est le seul jeu vous permettant de vous retrouver dans la situation suivante : je suis un bonhomme en pain d’épice en train de pourchasser un singe ninja qui me balance des briques. Pendant ce temps, mon ami bonhomme de neige prend plaisir à massacrer un prêtre zombie armé d’une batte de baseball, le tout se passant dans une boîte de nuit à l’ambiance dansante, qu'elle soit des années trente, ou des années quatre-vingt. Et ça, ça n’a pas de prix.

World of Warcraft

Le succès sans nom de chaque jeu créé par Blizzard Entertainment s’explique par plusieurs raisons. La principale est que l’équipe de l’éditeur est quasiment intégralement constituée de génies dans leur domaine. Le jeu massivement multijoueurs en ligne World of Warcraft n’échappe pas à la règle. Son niveau de qualité n’égale que son temps de gestation qui aura duré un peu plus de sept ans. Chris Metzen s’est vu confier la lourde tâche de composer des musiques percutantes, se mariant bien avec l’environnement, tout en restant discrètes afin de ne pas lasser le joueur qui risque bien de se promener dans les différentes zones pendant des mois. Le pari est réussi et la bande originale, totalisant plus d’une dizaine d’heures, a durablement marqué plus de douze millions de joueurs.


  1. La tournée n'est encore jamais passée en Belgique. C'est néanmoins prévu dans un futur proche. En attendant, je ne peux que conseiller l'excellente compilation Video Games Live qui compte aujourd'hui trois volumes (level one, two et three) dans lesquels on retrouve des morceaux issus de jeux comme Skyrim, Pokemon, Zelda ou encore Final Fantasy complètement réorchestrés pour l'occasion