critique &
création culturelle

Aljosa Jurinic

l’audacieux

Jeune pianiste croate, Aljosa Jurinic est un prodige. À tout juste vingt-huit ans, il interprète Frédéric Chopin comme personne.

Aljosa Jurinic gagne la seizi ème édition de la compétition internationale Robert Schumann , en 2012. Hissé à la cinquième place du célèbre concours Reine Élisabeth en 2016, il a aussi été finaliste de la compétition internationale Frédéric Chopin 2017.

J’ai eu la grande chance de voir Aljosa Jurinic en live et dans le cadre intimiste de la Ferme du Biéreau à Louvain-la-Neuve. Ayant toujours pensé que Chopin était l’apanage de monstres sacrés comme Arthur Rubinstein ou Martha Argerich, je dois bien avouer que lorsqu’est arrivé sur scène ce tout jeune musicien, mince, l’air innocent et sans grande assurance, mes convictions ont été chamboulées.

Ce qui plaît chez Aljosa Jurinic est sans doute la modernité de son jeu qui se distancie de l’académisme des grands interprètes précédemment cités. C’est peut-être cette audace qui l’a positionné à la cinquiè me place du Reine Élisabeth 2016, ayant peut-être (un peu trop) surpris le jury. Pourtant, il a offert un programme assez classique avec Mozart, Debussy, Schumann, etc.

Un jeu prenant et surprenant

Au-delà d’une technique maîtrisée, Aljosa Jurinic nous captive dès qu’il joue la première note d’un nocturne ou de la Grande Polonaise brillante , tant la sensibilité qui se dégage de ses interprétations est grandiose.

Aljosa Jurinic lors du Reine Élisabeth 2016. Photo © La Libre.

Aljosa fait preuve d’une telle élégance que ses moindres crescendo virtuoses semblent presque naturels. À la fois fougueux et délicat, il nous offre des prestations époustouflantes, aux reprises parfaites. Et lorsqu’il entame un concerto, comme le premier de Chopin, qui s’ouvre sur une très longue introduction instrumentale, on a l’impression qu’il rentre dans l’orchestre en s’y fondant littéralement, sans que nous l’ayons remarqué.

Ses interprétations sont dénuées de toute mièvrerie. Son jeu est simple et épuré. Aljosa, qui n’a pas encore trente ans, fait ressortir à merveille l’âme polonaise et romantique bien connue des compositions de Chopin, voire bien plus : il dépasse cela. Il rend Chopin plus vivant, plus dynamique, plus original. En résumé, plus moderne.

Les heures indénombrables de travail passés à travailler chaque morceau se feraient presque oublier, tant jouer semble naturel pour Aljosa.

Allez donc écouter ce jeune musicien sans plus tarder !

Et si vous voulez un avant-goût de ses talents :

https://www.youtube.com/watch?v=750pIgVqk4U

Même rédacteur·ice :

Pour plus d’informations, rendez-vous sur son site officiel, épuré (à son image).