critique &
création culturelle

je suis là

Une exposition qui retrace l’image de soi à travers l’art

Lucienne Vandervinnen, Autoportrait, 1953, collection communale de Schaerbeek, modifiée par l’IA, design: signelazer.com

je suis là est une exposition créée par des élèves de l’ULB présentée à l’espace Vanderborght entre le 03 avril et le 31 mai 2026, elle réunit les œuvres de dizaines d’artistes modernes et contemporains autour de la représentation de soi.

L’exposition je suis là questionne sous différents spectres et à travers diverses formes d’arts l’image de soi et son évolution à travers le temps. Des peintures, sculptures, photos autant modernes (XXIe siècle) que contemporaines (XIXe siècle) sont présentées. C’est d’ailleurs très intéressant de pouvoir observer des autoportraits qui datent d’une autre époque car on se rend compte que la critique du « soi-même » est un enjeux et un questionnement éternel. J’ai pu observer des peintures qui, d’apparence, paraissaient très simples. On y voit, dans le cadre de l’autoportrait, un homme posé généralement de manière conventionnelle avec une expression du visage neutre. Mais ce qui est important, bien évidemment, c’est toute la puissance des questions et des doutes que celles-ci relèvent. En généralisant, je pourrais dire que l’artiste se met à nu d’une certaine manière. Mais encore une fois cette mise en avant d’un être n’est pas entièrement représentative de la réalité, car c’est l’artiste lui-même qui a du faire le choix des qualités et défauts qu’il mettrait en avant. Ce sont des démarches encore actuelles mais cette fois-ci, c’est principalement le selfie qui va jouer le rôle de l’œuvre. On prend la pose, on décide de si on sourit ou non en fonction de ce qu’on veut provoquer chez le spectateur. C’est ainsi une mise en avant d’une image qu’on a de soi-même mais qui serait fantasmée. On se voit dès lors à travers le regard des autres. En plus des œuvres, on retrouve un peu partout des textes qui traitent de sujets semblables de manière à mieux guider et à faire réfléchir le spectateur. L’exposition a été réalisée en 3 langues : français (qui est la langue principale), néerlandais et anglais.

© Julia Pirotte, » Mon autoportrait dans la glace (avec tablier) », Marseille, 1943, épreuve à la gélatine argentique, coll. Musée de la Photographie

Outre les techniques utilisées, un tas de problématiques sociétales sont mises en avant et dénoncées. Comme le sexisme ou encore l’homophobie. Dans son texte « Les enjeux de l’autoportrait pour les artistes femmes », exposé prês d’œuvresautour du thème de la femme et du rapport à sa sexualité, Tara Planchet explique qu’à l’époque les artistes femmes utilisaient l’autoportrait comme un « moyen d’affirmer leur présence et leur légitimité ». L’autoportrait qui était jusqu’alors réservé aux hommes est devenu une arme d’émancipation pour les femmes, comme si elles pouvaient enfin avoir un droit de contrôle sur leur apparence. En choisissant le contexte et le message véhiculés, les artistes féminines pouvaient alors questionner le rapport à la grossesse, au corps et tant d’autres. Frida Kahlo est la figure emblématique de ce mouvement. Elle est à présent bien plus qu’une artiste et est devenue un symbole puissant de ce chemin vers la libération de la femme. Toujours dans le même thème, j’ai beaucoup aimé le rapport au corps qui est questionné dans certaines œuvres. On peut voir des corps nu, présentés comme vulgaires, poétiques, dérangeants… Autant de perspectives qui nous poussent à nous arrêter et à contempler, cherchant toujours plus de détails. L’artiste Fanch Le Bos et son œuvre self storage m’ont particulièrement marqués. Celle-ci questionne la fonction et l’utilité du corps en le plaçant dans des positions et des endroits qui semblent dérangeants.

© Fanch Le Bos, BOX C101, 2025

J’ai trouvé cette exposition très accessible et ouverte. Chacun, peu importe son âge, peut s’identifier aux thèmes abordés par les œuvres. En tant que personne qui utilise de manière récurrente les réseaux sociaux, je me suis énormément reconnue à travers cette « image de soi » qui, à l’heure actuelle et avec les moyens que nous avons, est plus que jamais manipulable. J’ai aussi apprécié le fait que l'exposition dédramatise, dans un sens, ce « surcontrôle » et une certaine superficialité qui au final est universelle, à une certaine échelle bien évidemment. La beauté est subjective et le plus important est de se plaire à soi même en premier lieu. 

je suis là

Organisé par ULB culture
Espace Vanderborght
du 03 avril au 31 mai 2026

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