Thank Goodness You're Here!
Le jeu le plus British de 2024
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Le jeune studio Coal Supper vous invite à découvrir une ancienne ville minière du nord de l'Angleterre grâce à Thank Goodness You're Here! (« Dieu merci, vous êtes là ! »), un jeu où l'humour absurde joue le rôle principal.
Dans Thank Goodness You're Here!, vous incarnez un commercial de couleur jaune, haut comme trois pommes avec la calvasse bien entamée. Lors d’un entretien avec son patron, il reçoit pour mission de négocier avec le maire de la ville fictive de Barnsworth. Tandis qu’il patiente dans le couloir de la mairie, la secrétaire le remballe : « Désolé mon chou, monsieur le maire en a encore pour quelques heures de réunion. Je vous préviendrai quand il sera disponible. Pourquoi ne pas en profiter pour visiter notre petite ville ? » Voilà un excellent prétexte pour explorer la région. C’est ainsi que notre VRP jaune s’en va à la rencontre des citoyens bigarrés et angliches.
Premier élément frappant : la direction artistique qui use d’art naïf. Avec son aspect dessiné, le jeu parvient déjà à se démarquer. La promesse tient de bout en bout et les développeurs réussissent l’illusion de nous faire jouer à un dessin animé. Les personnages aux designs parfaitement grotesques bougent bien. C’est rigolo et juicy à souhait.
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La gifle : la solution à tous vos problèmes
Durant ce city trip inattendu, les habitants quémanderont les services de ce héro jaune converti en « homme à tout faire ». Au travers de mini-quêtes au gameplay simpliste, vous aiderez cette populace inepte qui respecte religieusement le ton ridicule de l’expérience. En accomplissant leurs missions, vous serez récompensés d’un beau « Dieu merci, vous êtes là ! ». Un gimmick qui servira de titre.
Le jeu se présente officiellement comme un « slapformer ». Un néologisme ironique né de la contraction des mots « slap » (la gifle), ce qu’on passe notre temps à distribuer aux habitants, et de « platformer », désignant le genre. Ici, c’est de la plateforme comme dans un Super Mario. Gifler, sauter : voici tous les mouvements que le joueur peut exécuter dans ce monde. Notre unique moyen d’interaction avec le jeu, c’est de taper sur des trucs. Cela permet de faire réagir les personnages à notre présence et d’interagir avec les objets de manière à résoudre quelques énigmes, souvent simples mais surtout absurdes.
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C’est peut-être le petit problème du jeu. Je me suis parfois senti perdu dans la bourgade. Je tournais en rond, ne sachant pas exactement quoi ou qui gifler pour faire avancer l’intrigue. Car les développeurs n’appellent pas toujours à la logique, tant tout se doit d’être comique. Résoudre une énigme ou une situation demande souvent de s’extraire du monde cartésien et d’accepter l’inattendu. Cela a pour conséquence de nous voir taper sur tout ce qu’il est possible de taper, pour voir « ce que ça fait » dans l’optique de faire évoluer les histoires des habitants.
J’ai cependant compris que ce sentiment de déstabilisation et de perte de repères logique était entièrement voulu. On accepte l’absurde, prévenus d'en avoir à foison. Et puis on ne reste jamais coincé trop longtemps et il se passe suffisamment d’évènements à la minute pour garder le joueur alerte et actif. Les décors sont d’ailleurs entièrement pensés pour ça en captivant le regard. Ils croulent de détails, de références et de blagues en tout genre. En plus d’être beaux, ils se paient le luxe d’être drôles.
La trompette et la guitare de James Carbutt forgent, avec le sound design, un univers sonore léger qui chatouille les oreilles. Tout comme les doublages aux accents anglais dont la démesure m’a forcé à jouer avec des sous-titres, pas toujours biens synchronisés. Je note une localisation réussie, adaptant toutes les blagues à la langue de « Molaire ».
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Un jeu full of beans
Cela dit, il faut adhérer à l’humour anglais pour aimer Thank Goodness You're Here!. À titre personnel, cet humour surréaliste n’est pas celui qui me tord de rire. Je n’ai jamais ri aux éclats face à cette avalanche de blagues, mais j’ai esquissé un franc sourire durant les deux heures qu’il m’a fallu pour atteindre les crédits de fin. Ces deux heures suffisent d’ailleurs, il n’en fallait pas plus à mon sens. Le jeu respecte le temps du joueur et sait s’arrêter à temps, juste avant de s’essouffler.
Et puis, il y a dans ce jeu quelque chose qu’il faut, à mon sens, encourager dans un monde du jeu vidéo qui n’a jamais été aussi globalisé : la mise en avant d’une culture locale. Les développements étant toujours plus ambitieux et coûteux, de nombreuses productions visent un public large pour être rentables. Cela peut avoir pour effet déplorable une uniformisation des œuvres adressées au grand public. Le studio indépendant Coal Supper, originaire du nord de l’Angleterre, prend le contre-pied de cette tendance en dépeignant un univers qu’ils ont toujours connu en le caricaturant avec tendresse.
Thank Goodness You're Here! vous dessine un gros sourire sur le visage pendant deux belles heures. Il met en scène l’humour anglais aussi bien dans son univers que dans son gameplay avec énergie et fraîcheur. Je ne peux que vous le recommander, surtout si les Monty Python sont votre cup of tea.