Dans sa septième et avant-dernière saison, la série gagne en vitesse et en spectacle ce qu'elle perd en cohérence et en surprise.

 

 

   Spoilers  ⛔

 

Elles sont rares les séries qui s’achèvent en leurs propres termes, et encore moins nombreuses à pouvoir préparer leur conclusion une saison à l’avance. 

Mais si l’on en croit la dernière brochette d’épisodes de Game of Thrones à avoir gracié nos écrans, ce club exclusif est sur le point d’ajouter un nouveau membre. Avec sa septième et pénultième saison, la série phare d’HBO a en effet très clairement mis le cap vers ses objectifs finaux : les arcs narratifs de chacun prennent fin, les alliances tant attendues se forment, et les derniers mystères de la série se révèlent. Bref, toutes les pièces se mettent en place pour que la saga-phénomène se termine en apothéose.

Certaines de ses rencontres se révèlent particulièrement drôles, la série s’amusant souvent à se faire côtoyer des personnages autrefois situés à des côtés opposés du champ de bataille. Elle dévoile ainsi un peu plus son potentiel humoristique, qui joue beaucoup sur notre familiarité et notre affection pour ses riches personnalités. On regretta cependant qu’elle abuse aussi souvent de ces rencontres fortuites. Difficile en effet de croire qu’autant de personnages ayant réussi à passer des années, voire leur vie entière, sans jamais se croiser aboutissent désormais dans de mêmes lieux. Un certain nombre d’entre elles font bien sûr sens, mais la série prend trop souvent des libertés en la matière, de toute évidence anxieuse de mettre en place ses éléments importants en vue de sa dernière saison.

 

Une des scènes phares de la saison.

De manière générale, il semblerait que les règles mêmes de l’univers de Game of Thrones aient été oubliées cette saison : non seulement les dragons parcourent d’immenses espaces en des temps records (ce qui est relativement raisonnable), mais il en va de même pour les corbeaux messagers, et pour à peu près n’importe quel personnage en bonne condition physique. Et lorsque les distances ne sont pas littéralement diminuées, elles sont effacées dans la narration : une simple ellipse suffit à faire passer Jaime Lannister d’un champ de bataille à la capitale. Pour une série qui prenait parfois une saison entière pour faire traverser une région à un personnage, ces sauts dans la carte de Westeros sont pour le moins déconcertants.

Indéniablement, les auteurs de Game of Thrones prennent un certain plaisir dans la transition. Cette saison leur offre la possibilité de donner fruit à des éléments préparés depuis longtemps, et ils la saisissent pleinement (Bonjour Gendry ! Bonjour Aegon !). Ils profitent également de cette saison pour amener des confrontations et rencontres très attendues. On pourra citer celle de Jon et Daenerys, celle de Daenerys et Cersei, celle de Jorah et Clegane... mais elles sont probablement trop nombreuses pour être toutes énumérées dans un seul article. La convergence de personnages est telle qu’on en viendrait presque à oublier les retrouvailles des enfants Stark, si longtemps désirées qu’on ne les attendait plus.

On pourrait voir là une réponse à une critique régulièrement adressée à Game of Thrones —  son manque de dynamisme —, mais on sent également qu’il y a une volonté de nous amener aussi vite que possible à la destination finale du récit, quels que soient les raccourcis, improbabilités et ellipses nécessaires. Même dans un épisode plus long et plus lent comme le dernier de la saison, l’empressement semble être le maître-mot. La relation naissante entre Jon et Daenerys est la victime principale de cette approche. En plus d’être précipitée, elle est ostensiblement peu convaincante, répondant plus à une nécessité scénaristique qu’à un choix naturel et psychologiquement cohérent pour ses personnages.

Maintenant que nos personnages favoris se retrouvent confrontés les uns aux autres, notre cœur balance, et la série n’en est que plus passionnante.

Autre changement majeur dans cette saison : son usage outrancier de la nudité et de la sexualité, qui a pratiquement disparu. Souvent gratuit, et parfois franchement problématique, il se fait nettement plus rare. C’est peut-être la marque d’une série qui n’a plus besoin d’avoir recours à des procédés racoleurs pour capter l’attention du spectateur.

Elle n’a en tout cas pas perdu son goût pour les batailles. Exploitant plus que jamais son budget et sa fascinante imagerie, elle multiple les séquences épiques, et montrant toute l’inventivité visuelle et dramatique de ses auteurs. Certaines batailles bénéficient aussi d’une plus grande ambiguïté morale qu’auparavant : il est désormais difficile de décider vers qui va notre allégeance. Le Lannister, qui charge en désespoir de cause, ou la Targaryen, fière sur son dragon ? Maintenant que nos personnages favoris se retrouvent confrontés les uns aux autres, notre cœur balance, et la série n’en est que plus passionnante.

Compte tenu de cet intérêt de plus en plus prononcé pour la guerre, on aurait pu s’attendre à ce que le nombre de personnages principaux à passer l’arme à gauche augmente drastiquement. Curieusement, il n’en est rien. Un Littlefinger (voire une Olanna) mis à part, la série semble réticente à éliminer ses figures majeures, préférant vraisemblablement les préserver pour la suite des événements. Le sixième épisode de la saison est particulièrement symptomatique de cette tendance : alors que les dangers mortels qui planent sur les personnages principaux devraient logiquement avoir raison de la vie de l’un ou l’autre, seuls les seconds rôles et silhouettes succombent aux attaques. Peut-on encore s’inquiéter pour la santé de Daenerys, de Jon ou de Cersei, sachant que leur survie est nécessaire à la conclusion de la série ? Il apparaît de plus en plus que le « Tout le monde peut mourir » qui a fait la réputation de Game of Thrones a été remplacé par un « Certains personnages importants survivront coûte que coûte », et on ne peut que regretter l’époque où la série, imprévisible, semblait capable de tout.

Les Stark à la maison.

À ce niveau-là, elle est aussi victime de son succès, et de l’existence des romans de George R.R. Martin. Il y a en effet bien longtemps que ses révélations principales, comme la parenté royale de Jon, ont été devinées par les fans les plus acharnés, et à moins d’être parvenus à éviter les très populaires et très convaincantes théories qui circulent sur le web, un bon nombre de ses retournements de situation manquent cruellement d’impact.

Il est tout à fait possible que la série ait encore la capacité de nous surprendre dans son ultime chapitre, mais au vu de cette saison, qui s’est en grande partie consacrée à préparer la suite attendue des événements, cela semble relativement improbable. Les dominos sont désormais installés et il ne reste plus à Game of Thrones qu’à les faire tomber. De manière prévisible, peut-être. Spectaculairement, sans aucun doute.

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Game of Thrones

Adapté des romans de George R. R. Martin
Réalisé par David Benioff et D. B. Weiss
Avec Peter Dinklage, Kit Harington, Emilia Clarke, Lena Headey, Nikolaj Coster-Waldau.
États-Unis, 2011.
7 saisons, 67 épisodes.