La cinéthèque idéale de Karoo, rythmée par l'érudition de Ciné-Phil RW et contrepointée par Daniel Mangano, Krisztina Kovacs et Thierry Defize, ce sont cent films de l'histoire du cinéma à voir absolument. Chapitre 6 : les années 1960.

Un top 10 de la décennie (dans le désordre)

 

La Dolce Vita (Federico Fellini, Italie, 60). C’est une œuvre phare du cinéma européen, comme Otto e mezzo (62), mais surtout l’un des films qui m’interpellent/m’émeuvent le plus. Parce qu’il est question de Rome, du sens de la vie, de la difficulté de se mouvoir entre les récifs de l’amour et de la réussite ? Ou, tout simplement, parce que les actrices sont magnifiques, les images sublimes, Mastroianni au sommet de son art ?

Krisztina : « Probablement dans mon top 5. Le visage de Mastroianni est absolument émouvant dans la scène finale sur la plage, dévoilant à quel point cette fête constante et cette joie forcée l’ont emmené au-delà de toute communication. La scène d’ouverture avec le Christ transporté en hélicoptère reste immensément moderne et épique, presque soixante ans après. »

 

Lawrence d’Arabie (David Lean, G.-B./É.-U., 62). Là aussi, l’une des œuvres qui m’envolent et métaphorisent des aspirations/interrogations intimes. la Dolce Vita et Lawrence appartiennent sans doute à mon Top 5 absolu de tous les temps. Je ne m’en lasse pas. Si j’avais été cinéaste, j’aurais voulu être Hitchcock, Lang ou Lean, malgré mon affection/estime pour Lubitsch, Capra, Bergman, Fellini, Antonioni… Lean, c’est la perfection, le mélange classieux du grandiose et de l’intime. La fresque magistrale et la subtilité psychologique, la musique de Maurice Jarre, les images du désert, le si beau et si torturé Peter O’Toole, les dialogues teintés d’ironie, les scènes inoubliables. Et des seconds rôles bouleversants : Quayle, Rains, Sharif, Guinness, Hawkins, Kennedy, Quinn… Loin devant le Docteur Jivago (65), une autre  fresque somptueuse, qui propose Julie Christie et Omar Sharif, bouleversants, la Chanson de Lara, l’Histoire conjuguée à une belle histoire, des paysages sibériens enneigés sublimes.

 

Les Damnés (Luchino Visconti, Italie, 69). Un film ample mais glauque, déstabilisant, qui approfondit les failles et les dérives de l’Histoire et de la nature humaine en retraçant la déglingue d’une famille de la haute bourgeoisie d’affaires allemande lors de la montée du nazisme. Dirk Bogarde y est prodigieux face au vénéneux Helmut Berger. Je l’élis de préférence à l’émouvant Rocco et ses frères (60) et, avec blood, sweat and tears,  malgré le Guépard (62), fresque quasi définitive, deux pics artistiques où Visconti piédestalise Delon.

Les Damnés</> de Luchino Visconti

 

2001, l'Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, G.-B./É.-U., 68). C’est un chef-d’œuvre absolu, résumé par la perfection artistique du ballet spatial au rythme de la musique de Strauss (Krisztina : « Sans oublier celle de Ligeti ! Lux Aeterna et ses Atmosphères aident à parfaire ce voyage de tous les sens ! »). Kubrick brille encore avec Docteur Folamour (64), une fantaisie débridée sur les folies militaire et nucléaire, Spartacus (60), un péplum transcendé, ou même Lolita (62), sa version édulcorée du brûlot de Nabokov. Ma réticence à l’égard du génie, de manière plus globale, tient à une certaine froideur dans l’expression, le spectateur se projette difficilement dans un personnage, le cinéma de Kubrick a un cachet marmoréen.

 

La Grande Vadrouille (Gérard Oury, France, 66). Un film franchouillard, commercial ? On s’en contrefiche. Il y a tant de talents et de réussites dans cette comédie désopilante, que j’ai vue et revue une quinzaine de fois ! Comme le Corniaud (65), d’ailleurs. Des films qui juxtaposent les gags et un récit aventureux, un road movie, tout en infiltrant des notations sociologiques, une critique du Français moyen, voire une mise en abyme de tares humaines trop partagées, le tout dans des décors fort soignés. Avec un bonus pour LGV, le background historique, la capacité de faire rire autour d’une période dramatique (mérite d’autant plus… immense qu’Oury est juif).

Daniel : De Funès triomphe. Les succès, de qualité inégale, s’enchaînent. Mes préférés ? Oscar, le Grand Restaurant et les trois Fantômas.

 

Psychose (Alfred Hitchcock, G.-B./É.-U., 60). Ce thriller a tout simplement explosé les codes (l’héroïne qui disparaît à la moitié du film, scène d’une violence exceptionnelle, mise à nu de la névrose œdipienne… ou de la sublime Janet Leigh) et reconfiguré notre imaginaire. J’ai beaucoup aimé aussi Les Oiseaux (63), malgré des héros un peu fades (Rod Taylor et Tippy Hedren, à mille lieues des Cary Grant et James Stewart, Ingrid Bergman et Grace Kelly, etc.), qui participe aussi d’une redéfinition de nos fantasmes. Cette période est en quelque sorte le point d’acmé d’une carrière qui décline ensuite, Pas de printemps pour Marnie (64), le Rideau déchiré (66) et l’Étau (69) faisant très pâle figure à côté des deux précités, malgré quelques morceaux de bravoure.

 

The Party (Blake Edwards, É.-U., 68). Une comédie loufoque irrésistible, boostée par un Peter Sellers fabuleux (Krisztina : « Un personnage presque tati-esque, hilarant et à la fois critique de la superficialité d’Hollywood, qu’il désarçonne par sa simplicité et par son sourire. »). On rit, on rit, on rit ! Edwards nous offrira d’autres  bijoux désopilants : la Panthère rose (63), l’Inspecteur s’emmêle (64) ou la Grande Course autour du monde (65).

 

L’Avventura (Antonioni, Italie, 60). Devant la Notte (61) et Blow Up (66), deux autres perles. J’ai adoooré Monica Vitti ! Qui intègre mon Top 3 des actrices de tous les temps avec Ingrid Bergman et Louise Brooks (et malgré Audrey Hepburn). Antonioni offre de nouveaux rapports au temps, à l’image, à la narration. C’est… de l’Art !

 

Le Fanfaron (Dino Risi, Italie, 62) Magistral road movie avec Vittorio Gassman, Jean-Louis Trintignant et Catherine Spaak (craquante et trop oubliée !). Une histoire de flambeur emmenant dans sa virée un étudiant trop sage. Ce film, peu rediffusé, a inspiré le chef-d’œuvre du genre… Easy Rider !

 

Easy Rider (Denis Hopper, É.-U., 69). Film culte de la Jeunesse marginale (ou marginalisée ?) et, pourtant, académisé par l’AFI, qui le pointe 88e. Je l’ai zappé au bon âge, redécouvert sur le tard. Oui, je le confesse, je n’avais pas un souvenir impérissable de la première vision. Evidemment, les œuvres artistiques du passé demandent un effort de perspective, un sas d’accommodation. Moyennant cela ? Hum. Il y a un décousu et un manque de finition, un côté amateur qui ne me bottent guère. Mais. La bande sonore est géniale. Les paysages de l’Amérique grandioses. Et l’impression de liberté et de (saine) révolte finit par l’emporter. J’ai retrouvé un bout de ma jeunesse, regretté n’avoir pas enfourché quelque engin pour traverser le monde et partager mille aventures, mille rencontres. Ça reste un film-passerelle, éternellement jeune. Qui fait penser. Alerte. Contre le racisme, l’intolérance. La violence abjecte, qui se trouve… chez les formatés de notre monde bourgeois. On se dit que la société a tout de même fort évolué en bien. Ou que l’Amérique profonde, loin des mythes, est à pleurer. En tous les cas, les images de Peter Fonda, Denis Hopper et Jack Nicholson me restent en tête. Marquantes. Comme leurs motos, leur sillage.

Krisztina : « La beauté de ces images, comme autant de clichés d’une Amérique pas si lisse, et une bande originale sauvage, composée de morceaux de Steppenwolf, Hendrix, the Byrds (entre autres), m’ont longtemps fascinée adolescente et fait découvrir toute une époque. »

Daniel : « Dans mon panthéon émotionnel, avec Blow Up et le Lauréat*. Ceci posé, les années 1960 marquent le basculement dans la modernité : mort annoncée d’un monde, naissance d’un autre, plus assoiffé de découverte, de liberté. »

 

D’autres grands films à découvrir

Le cinéma américain est omniprésent et brille dans tous les registres.

 

Le western : le Sergent noir (Ford, 60) et son plaidoyer antiraciste ; Coups de feu dans la Sierra (Peckinpah, 62), crépusculaire et désabusé ; le Vent de la plaine (Huston, 60) et l’Homme sauvage (Mulligan, 68), très troublants, ambigus, figurant une sorte d’entre-deux du rapport à l’étrange, l’étranger ; l’Homme qui tua Liberty Valance (Ford, 62), émouvant, subtil, complexe, où le passé et le futur de l’Ouest s’affrontent ; Butch Cassidy et le Kid (George Roy Hill, 69) ou la Horde sauvage (Peckinpah, 69), ou l’irruption de la modernité.

DANIEL :

Une certaine idée du western trépasse. En guise de faire-part, Coups de feu dans la Sierra et ses deux vieux briscards, Joël Mc Crea et Randolph Scott, allant à la mort côte à côte comme iront plus tard, toujours chez Peckinpah, William Holden et sa Horde sauvage. Entre les deux films, le western italien aura tout dynamité. La disparition des cow-boys est encore au cœur de deux œuvres majeures : Seuls sont les Indomptés, et Kirk Douglas, rétif au progrès, à cheval parmi les voitures sur fond d’hélicoptères ; les Désaxés, échec commercial avec son trio de stars proches de la fin (Gable/Marilyn/Montgomery Clift). Émerge un sentiment amer de déréliction : les Sept Mercenaires ; l’Homme qui tua Liberty Valance, où l’enterrement de John Wayne pourrait être celui du western classique.

 

Le film de guerre : la Grande Évasion (Sturges, 63) ; Les maraudeurs attaquent (Samuel Fuller, 62) avec l’oublié Jeff Chandler et ses cheveux blancs, qui meurt à la sortie, à quarante-deux ans.

 

La comédie musicale : West Side Story (61) et la Mélodie du Bonheur (65) de Robert Wise ; My Fair Lady (Cukor, 64).

 

Le film sociologique : Midnight Cowboy (Schlesinger, un Britannique émigré, 69) ; la Garçonnière/The Appartment (Billy Wilder, 60) avec Jack Lemmon, sans doute l’influence majeure de la série Mad men ; Devine qui vient dîner ? (Stanley Kramer, 67) avec Spencer Tracy, Katherine Hepburn et Sidney Poitier, ou comment des progressistes affrontent leurs préjugés ; la Fièvre dans le sang (Kazan, 61) ; Bonnie and Clyde (Arthur Penn, 67), Du Silence et des ombres/To Kill a Mockingbird (Robert Mulligan, 62) ; Propriété interdite (Sidney Pollak, 67) avec Robert Redford et la sublime Natalie Wood ; What Ever Happened to Baby Jane ? (Robert Aldrich, 62) avec Bette Davies et Joan Crawford - Caïn et Abel au féminin ? -, profondément glauque, dérangeant ; Qui a peur de Virginia Woolf (66) et le Lauréat (67) de Mike Nichols.

DANIEL : L’American Way of Life est dénoncé : Propriété interdite ou On achève bien les chevaux, deux Sidney Pollack ; The Chase/la Poursuite impitoyable (Arthur Penn, 66, avec Brando, Jane Fonda, Redford), portrait au vitriol d’une petite ville ivre de préjugés et de bêtise ; l’ovni The Swimmer/le Plongeon, avec un formidable Burt Lancaster remontant de piscine en piscine une rivière imaginaire pour rentrer chez lui, un chef-d’œuvre incompris de Frank Perry, que je place au pinacle ; un cauchemar glaçant, Seconds/l’Opération diabolique (J. Frankenheimer), ou de l’impossibilité de refaire sa vie.

L’utopie libertaire culmine dans le film hippie : Easy Rider mais aussi Alice’s Restaurant ou Woodstock (et sa maîtrise du Split Screening, mettant rock stars et spectateurs sur un pied d’égalité). Cette liberté nouvelle, la bourgeoisie tente d’y goûter : les Folies d’avril/The April Fools (Stuart Rosenberg, 69, avec Deneuve et Lemmon ; Bob&Carol&Ted&Alice (Paul Mazursky, 69, où se révèle Eliott Gould).

 

Dans la Chaleur de la nuit de Norman Jewison

Le péplum : Cléopâtre (Mankiewicz, 63).

Le film policier : Dans la chaleur de la nuit (Norman Jewison, 67).

Le film d’espionnage : The Manchurian Candidate/Un Crime dans la tête (Frankenheimer, 62).  

 

P.-S. (DANIEL) : + l’inclassable et dérangeant The Incident (Larry Peerce, 67), huis clos insoutenable.

 

Des films français : Léon Morin prêtre (61), le Doulos (62) et le Deuxième Souffle (66), trois Melville, le dernier avec une extraordinaire tirade de Paul Meurisse ; Que la bête meure (Chabrol, 69) ; les Demoiselles de Rochefort (Demy, 67) avec les inoubliables sœurs Deneuve/Dorléac ;  À bout de souffle (Godart, 60) avec une Jean Seberg renversante de fraîcheur, de beauté ; Jules et Jim (Truffaut, 62) et son atmosphère unique ; Belle de jour (66) et Tristana (69) de… l’Espagnol Luis Buñuel.

DANIEL : Certains réalisateurs vilipendés par la critique livrent des œuvres qui résistent : Joffé et Fortunat (avec un Bourvil bouleversant) ; Verneuil et Un singe en hiver, Week-end à Zuydcoote ou le désopilant 100 000 dollars au soleil… et leurs castings de rêve ; Lautner avec un film-charnière entre deux générations, la Grande Sauterelle, qui commence comme un film de braquage pour se  muer en envol poético-beatnik (le couple improbable Mireille Darc/Hardy Krüger !). Derrière tout ça, la gouaille d’Audiard ! Le polar français se porte bien aussi : non seulement Melville mais aussi Classe tous risques de Sautet et Compartiment tueurs de Costa-Gavras. Au sein de la Nouvelle Vague, deux superbes Rohmer : Ma nuit chez Maud et le Genou de Claire... où le bavardage confine à l’art. Enfin, un film d’aventures en état de grâce : l’Homme de Rio, beaucoup plus proche de l’univers de Tintin que la lourde machinerie sans âme de Spielberg (Phil : « Ce dernier déclare d’ailleurs y avoir puisé l’inspiration de ses Indiana Jones. »).  

THIERRY : En 1963, l’immense Robert Bresson réalise Pickpocket, admirable film d’amour et de rédemption. Voici, pour l’illustrer, trois lumineuses citations : « Les pieds et les mains ont une volonté. » (Robert Bresson) ; « La main prend dans l’image un rôle qui déborde infiniment les exigences sensori-motrices de l’action, qui se substitue même au visage du point de vue des affections, et qui, du point de vue de la perception, devient le mode de construction d’un espace adéquat aux décisions de l’esprit. » (Gilles Deleuze) ; « (…) cette apparente légèreté par l’entremise de laquelle s’expriment les âmes simples et profondes. (…) Robert Bresson nous montre sans le moindre artifice d’intrigue ce vertige qui pousse le voleur dans la gueule du loup et les forces d’amour qui l’en sortent malgré les barreaux de sa cellule. » (Jean Cocteau).

Du même Bresson, Au hasard Balthazar, que j’ai naguère considéré comme le plus beau film de tous les temps, l’intégrant dans un feuilleton sur les scènes cultes.

 

Le cinéma italien : Sergio Leone invente le western spaghetti, un sillon qui aboutit au formidable Il était une fois dans l’Ouest (68, É.-U./Italie) ; Pasolini fait du Pasolini ; Fellini, Antonioni, Visconti émerveillent.

KRISZTINA : Pasolini ! En effet, Pasolini fait du Pasolini… Et il n’aurait pas pu faire autrement ! Un esprit exceptionnel, à la fois écrivain, cinéaste, dramaturge, poète et j’en passe, une conscience nourrie de philosophie, avide de combat idéologique et fascinée par les croyances. Pasolini nous offre le très particulier Théorème (68). Une parabole étrange et poétique (d’autres diront religieuse) de la vie moderne. L’histoire d’une famille de riches industriels confrontée à ses tares par la venue d’un jeune étranger. Un film sobre, énigmatique et quasi silencieux qui inspirera sans doute le Dogme 95 et une bonne partie de l’œuvre incendiaire de Von Trier qui reprendra ce trope de l’étranger/voyageur innocent/éthéré qui excite les pires pulsions chez ses hôtes. Mais, pour moi, le film pasolinien phare des Sixties reste Mamma Roma (62), film-ode à Rome et à la figure féminine (une grande Anna Magnani !), mais aussi plaidoyer contre l’intolérance et le mépris des classes dans une Italie qui essaie difficilement et dignement de se remettre de la Seconde Guerre mondiale.

DANIEL : De l’Italie, en-dehors des grands maîtres, je retiendrai les  magnifiques comédies douces-amères de Pietro Germi : Divorce à l’Italienne ou Séduite et abandonnée, fustigeant avec drôlerie l’archaïsme moral d’une société rétrograde.

 

Des films britanniques.

Le Free Cinema prolonge la vague des Angry Young Men des fifties : la Solitude du coureur de fond (62), avec Tom Courtenay, et Tom Jones (63), avec Albert Finney, deux films de Tony Richardson ; Loin de la foule déchaînée (John Schlesinger, 67) avec Alan Bates et Julie Christie, de sublimes paysages, une fresque à l’arrière-goût leanien ; Samedi soir, dimanche matin (Karel Reisz, 60) avec Albert Finney, un cinéma prolétarien déjà, bien avant Leigh ou Loach ; If (Lindsay Anderson, 68) avec Malcolm Mac Dowell ; The Servant (de… l’Américain exilé Joseph Losey, 62) avec James Fox, Dirk Bogarde et Sarah Miles.

DANIEL : J’acquiesce pour Loin de la foule déchaînée, où Schlesinger ose le lyrisme dans une magnifique adaptation, ou If, sa révolte poétique et sa dénonciation de la machine éducative (façon The Wall). J’ajouterai l’inclassable Morgan : A Suitable Case for Treatment (Karel Reisz, 66) et The Penthouse/la Nuit des Alligators (Peter Collinson, 67), un huis clos asphyxiant.

Persona d'Ingmar Bergman

Ingmar Bergman (Suède), un genre ou un pays à lui tout seul : A travers le miroir (61), les Communiants (63), Persona (66).

 

Le World Cinema. Car d’immenses cinéastes poursuivent leur œuvre : le Bengali Satyajit Ray (Charulata/l’Épouse délaissée en 64), le Japonais Ozu (Fin d’automne en 60)… L’Espagnol Luis Bunuel tourne aussi au Mexique (le beau Viridiana, 61).

DANIEL : En 1960, l’une de mes plus belles émotions fut l’Île nue, film sans paroles du Japonais Kaneto Shindô, en noir et blanc, qui décrivait les pénibles conditions de vie d’une famille sur un îlot. Rythme lent, musique lancinante. Jamais cinéaste ne se montra plus discret, jamais images ne furent plus poignantes.

 

P.-S. Regrets ! Je n’ai jamais vu l’Amour fou de Jacques Rivette (France, 68), ni le Gertrud de Dreyer (Dannemark, 64) ou l’Andrei Roublev de Tarkovki (Russie, 66).  Lacunes à combler !

Coups de cœur personnels

 

Diamants sur canapé (Blake Edwards, É.-U., 61) enchevêtre rires, sourires et déchirements, désespoir. Audrey Hepburn est inoubliable, bouleversante, et George Peppard trouve son meilleur rôle. Et cette musique (Henri Mancini), la chanson d’Audrey ! Dès que j’entends deux notes de Moon River, je tombe… en pamoison.

Les Grandes Vacances (Jean Girault, France, 67). Si ! Kitsch ? Assurément. Mais j’ai une prédilection immodérée pour ce road movie qui accumule les gags et les impulsions à courir vers le grand large.

Le Village des damnés (60, Allemagne/G.-B., Wolf Rilla). Un OVNI ! Avec peu de moyens, sorti dont ne sait où, ce metteur en scène nous pond un thriller fantastique parfaitement calibré et glaçant. Un village coupé du monde par une anomalie (le temps s’arrête et tous les habitants tombent inanimés), des femmes toutes enceintes en même temps, des enfants (cheveux blonds et regards perforants) d’origine extraterrestre prêts à tout pour coloniser la Terre. Une métaphore du nazisme et des Jeunesses hitlériennes ?

A Hard Day’s Night/Quatre garçons dans le vent (Richard Lester, G.-B., 64). Je suis passé par une passion pour les Beatles et ce film évoque remarquablement la Beatlemania, avec ce zeste de dérision dont les British ont le secret.

 

Who knows ?

 

DANIEL :

Parmi les acteurs, des étoiles montantes aux destinées divergentes ! Certains cassent leur image d’un rôle à l’autre : Dustin  Hoffman, adolescent mal dans sa peau dans Le Lauréat* et minable escroc rital souffreteux dans Macadam Cow-boy ; Pierre Clémenti, puceau naïf initié au libertinage dans Benjamin (de Michel Deville, 67) et voyou aux allures de dandy dans le sublime Belle de jour. Ajoutons-y Sean Connery, James Bond stylé et flegmatique (NDA : Ah, l’insurpassable Goldfinger !) mais terriblement humain dans The Hill/la Colline des hommes perdus (Sidney Lumet, 65), drame antimilitariste. D’autres éblouissent dès le premier film mais ne transforment guère l’essai : David Hemmings (Blow Up) ou Peter McEnery (la Curée, un excellent Vadim).

KRISZTINA :

Roman Polanski ! Après avoir commencé par d’excellents films noirs en Pologne (Phil : « Le Couteau dans l’eau, en 62, me laisse un bon souvenir ! »), il poursuit  dans les mondes francophone puis anglo-saxon,  s’essaie brillamment à des genres nouveaux. La parodie d’horreur avec l’absurde Bal des vampires (67). Le film d’horreur psychologique, sommet ultime de l’épouvante, intériorisée et irrépressible, dans deux œuvres brillamment filmées (et jouées !) : Répulsion (65), avec Catherine Deneuve, et bien sûr Rosemary’s Baby (68), avec Mia Farrow, où Polanski privilégie la perspective du personnage principal, le spectateur sombrant dans la terreur avec l’actrice, et ne sachant progressivement plus distinguer la réalité d’une paranoïa envahissante et dévastatrice.

Ciné-Phil RW and friends Daniel Mangano, Krisztina Kovacs et Thierry Defize.