Melody, c’est un peu comme si les Dardenne rencontraient Gus Van Sant: un drame social filmé caméra à l’épaule racontant le parcours du combattant d’une jeune femme à qui la vie n’a fait aucun cadeau et qui doit se battre pour accomplir ses rêves.

Le prix des Lycéens du cinéma
Le prix des Lycéens du cinéma est une récompense remise chaque année par un jury composé exclusivement d’élèves du secondaire. Cette année, ce jury bat le record : 7 000 élèves participent à l’élection du lauréat. Ceux-ci devront donc choisir, d'ici la fin de l'année scolaire 2015-2016, une œuvre parmi les cinq productions retenues pour le concours. Un bon moyen pour eux de découvrir un cinéma belge francophone. Retrouvez la critique de ces cinq films dans notre dossier « Prix des Lycéens du cinéma 2016 » sur Karoo.

"Il évite tous les écueils du film « qui questionne » et, contre toute attente, dérive vers le romanesque (...)",selon Telerama.
"Il évite tous les écueils du film « qui questionne » et,
contre toute attente, dérive vers le romanesque (...)",
selon Telerama.

Ici, c’est plutôt son rêve : ouvrir un salon de coiffure. Pas facile quand on est SDF et qu’on gagne un maigre revenu en coiffant quelques personnes à domicile. C’est pourquoi Melody décide de prendre le taureau par les cornes et s’inscrit sur un site de mère porteuse en falsifiant son profil. C’est par ce biais qu’elle rencontrera Emily et qu’elle acceptera de porter l’enfant de celle-ci contre une somme sonnante et trébuchante. Évidemment, la situation précaire de Melody ne restera pas secrète bien longtemps, forçant Emily à l’accueillir sous son toit.

Comme pour les autres films sélectionné pour le prix des Lycéens, ce film raconte l’histoire d’une relation complexe entre deux personnages. Cependant, dans Melody, il y a une nuance : la relation présentée n’est pas consentante mais forcée par un troisième protagoniste presque invisible, l’enfant que porte Melody pour Emily. On assiste ici à un clash des classes sociales, et plus précisément de deux personnages abîmés l’un et l’autre par leurs origines, et ne rêvant que de la simplicité apparente de la vie de l’autre. De ce postulat va naître une guerre tacite entre les deux femmes forcées de vivre ensemble, le tout dans une tension extrême.

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Rachael Blake et Lucie Debay.

C’est d’ailleurs cette maîtrise de la tension par le réalisateur Bernard Bellefroid qui fait de Melody un film remarquable. Celle-ci est parfaitement distillée à travers les scènes au point qu’on a parfois l’impression d’assister à un thriller plus qu’à un drame psychologique. On est très vite happé, constamment sur la sellette, à se demander quel rebondissement va survenir ensuite dans ce huis clos psychologique. Un comble pour un drame qui est en réalité assez lent dans son développement. Reste que sans un casting efficace, cette tension serait très vite retombée à plat.

Heureusement, les deux actrices principales, Rachael Blake et Lucie Debay, portent le film comme jamais. Leurs scènes de dialogue sont toujours riches en émotion et les voir construire petit à petit une relation atypique autour d’un objectif commun (l’enfant, synonyme de leur salut à toutes les deux) est passionnant. Usant d’une caméra toujours neutre et objective, Bellefroid ne juge jamais, il ne fait que présenter les faits sans prendre parti en laissant le soin au spectateur de se forger un avis à la fois sur les personnages et la situation pour le moins délicate.

Le tableau serait parfait si le côté mélodramatique ne reprenait pas le dessus dans les vingt dernières minutes, laissant un sentiment de facilité. Léger bémol qui n’enlève rien à la cohérence générale du film considéré dans son ensemble.. Et lorsqu’arrive la dernière scène, époustouflante de justesse, on ne peut qu’être déçu de ne pas avoir de suite.

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Melody Réalisé par Bernard Bellefroid Belgique, 2014 Avec Rachael Blake, Lucie Debay, Don Gallagher 90 minutes