Décrire une scène culte sans la vidéo mais avec les mots, c’est possible ! Gaspard Breny y parvient à propos de Carlito’s Way de Brian De Palma, sorti en 1993.

Carlito Brigante (Al Pacino) court pour sa vie, pour son avenir, pour son amour. Derrière lui, un gang d’Italiens souhaite lui faire payer la mort de leur boss. Pourtant Carlito avait décidé de changer de vie. Plus de trafics, plus de meurtres. Seulement un rêve : accumuler assez d’argent pour partir et fonder son paradis en Floride avec l’amour de sa vie, Gail.

Mais voilà, Brigante a aussi des principes, dont celui de ne jamais laisser tomber ses amis, comme son avocat, David Kleinfeld (Sean Pean). Or, David a changé lui aussi : plus véreux que jamais, il s’est mis dans de sales draps. Et, par principe, Carlito a dû nettoyer. À présent, le repenti court pour rejoindre son amour, pour échapper à la mort.

Carlito saute dans le métro, les Italiens à ses trousses. Les portes se ferment. Mais non, des petits malins les bloquent. Alors, les poursuivants entrent. La rame de métro devient le terrain d’un jeu mortel entre le Portoricain et les Italiens. La musique haletante tambourine autour des personnages alors que poursuivants et poursuivis s’observent dans la rame bondée, guettent la moindre occasion. Les regards, soulignés par les gros plans, se font de plus en plus durs et assassins. Pendant ce temps, à Grand Central, Gail attend, dans le silence.

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Carlito entre dans la gare, bondée. La caméra virevolte entre les usagers, figurant la fuite désespérée du repenti. Les Italiens perdent sa trace. Brigante se croit sauvé, il se couche dans l’escalator pour leur échapper. Le public retient son souffle, le gang passe dans un sens, le Portoricain dans l’autre. La ruse semble marcher. Et puis non. La fusillade éclate. Miraculeusement, Carlito s’en sort. Il court vers les quais.

Le train est là, Gail aussi. Carlito court pour échapper à l’impasse de son passé, pour son avenir avec Gail, pour la fondation de son paradis. Aux lignes brisées et tortueuses de la poursuite succède la longue ligne droite finale. Carlito retrouve Gail. Mais elle n’est pas seule. Benny Blanco, l’homme du Bronx (John Leguizamo), est là lui aussi. Celui que Carlito avait refusé de tuer, par principe. Celui que Carlito ne voulait plus être. Benny ne voulait pas rater cette occasion de se venger.

Le repenti chute, trois balles dans la poitrine.

La musique se fait sourde, le filtre de l’image, bleuté, alors que la caméra s’approche du visage du mourant. Pourtant, Carlito est serein. Son regard se porte sur une affiche publicitaire pour la Floride. « Escape to Paradise ». Les silhouettes s’animent, dansent. Les yeux de Carlito se ferment alors que Joe Cocker entonne You Are so Beautiful. Carlito est mort selon ses principes, The Carlito’s Way.

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Carlito’s Way
Réalisé par Brian de Palma
Avec Al Pacino, Sean Penn, Penelope Ann Miller John Leguizamo…
États-Unis, 1993
144 minutes