Dernier film de la sélection du prix des Lycéens, la Tierra roja de Diego Martínez Vignatti nous emmène en Amérique du Sud afin de nous parler d’une réalité qu’on ne connaît pas assez : la déforestation massive par les producteurs de papier.

Le prix des Lycéens du cinéma
Le prix des Lycéens du cinéma est une récompense remise chaque année par un jury composé exclusivement d’élèves du secondaire. Cette année, ce jury bat le record : 7 000 élèves participent à l’élection du lauréat. Ceux-ci devront donc choisir, d'ici la fin de l'année scolaire 2015-2016, une œuvre parmi les cinq productions retenues pour le concours. Un bon moyen pour eux de découvrir un cinéma belge francophone. Retrouvez la critique de ces cinq films dans notre dossier « Prix des Lycéens du cinéma 2016 » sur Karoo.

"La métaphore du sport d’équipe, qui annonce le combat syndicalà venir des paysans, fonctionne plutôt bien.", selon La Libre.
"La métaphore du sport d’équipe,
qui annonce le combat syndical à venir des paysans,
fonctionne plutôt bien.", selon La Libre.

Dans chaque sélection, il y a souvent un OVNI, un film dont on questionne la présence. Par exemple, qui peut croire sérieusement que l’excellent Mad Max Fury Road a une chance de gagner l’Oscar du meilleur film cette année ? Pour le prix des Lycéens, c’est un peu pareil et c’est La Tierra roja qui joue le rôle d’électron libre. Non pas qu’il manque de légitimité, c’est juste que sa présence détone au sein d’une sélection par ailleurs très homogène.

Docu-fiction ? Basé sur des fais réels ? Difficile de vraiment savoir ce qu’est réellement La Tierra roja. Aucune piste ne nous est réellement donnée quant à la véracité des faits présentés. Ce qui est sûr, c’est que ce film belgo-argentin dépeint, si pas la réalité, une réalité : celle des producteurs de papier en Amérique du Sud et des agents toxiques utilisés dans le processus de fabrication.

Le film suit un contremaître belge, Pierre, immigré en Argentine pour diriger une unité de production. Contrairement à certains de ses collègues, il traite ses ouvriers correctement et fait exactement le même travail qu’il leur impose. Malgré cela, il se voile la face sur l’utilisation massive des agents agro-toxiques employés pour faciliter la fabrication du papier. Jusqu’au jour où leur dangerosité est démontrée et où lui-même tombe malade. Pierre va alors se joindre à ses ouvriers afin de faire changer les choses.

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Eugenia Ramírez et Geert Van Rampelberg.

Les patrons, de leur côté, ne l’entendent pas de cette oreille et objectent qu’à eux seuls, ils font vivre toute l’économie de la région. La situation s’envenime encore lorsque les forces de l’ordre interviennent. Et c’est de là que provient la difficulté de classer La Tierra roja : il n’y a pas à douter de la réalité des choses montrées à l’écran, il est évident qu’elles se passent tous les jours. Par contre, rien n’est là pour nous indiquer si cette fiction (car c’en est une) a été inspirée par quelques faits réels ou si des révoltes sont effectivement en marche.

Par ailleurs, le réalisateur Diego Martínez Vignatti semble hésiter quant à la nature de son film. Tantôt, sa mise en scène se veut très objective en privilégiant des plans larges et englobants, à la manière d’un documentaire. Tantôt, dès que l’action devient plus intense, le cinéaste adopte une réalisation subjective, multipliant les gros plans et prenant clairement parti pour l’un des deux camps en présence. Ajoutons à cela des ellipses parfois maladroites et l’on peut comprendre que le public s’égare de temps à autre et ce, malgré la clarté de la situation initiale.

Malgré quoi, La Tierra roja reste un film à voir et dont il faut parler. La beauté des paysages argentins est à couper le souffle et contraste avec les horreurs montrées sur cette terre rouge afin de bien montrer qui est responsable de cette couleur ocre : l’homme. Alors, à défaut de pouvoir faire quelque chose, on peut s’insurger. Et voir ce film est une bonne manière de commencer.

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La Tierra roja Réalisé par Diego Martínez Vignatti Belgique, 2015 Avec Geert Van Rampelberg, Alexandros Potamianos, Eugenia Ramírez... 104 minutes