En 1989, les Pixies sortent Doolittle, leur deuxième album. La plage 2 est l’une des plus courtes et des plus saisissantes. Le titre — hurlé et répété — est le seul mot du refrain : Tame !

 

Une Cendrillon aussi charmante et douce que vaine et honteuse se trémousse,  finit par s’écraser, visage contre terre.  

La caisse claire claque, la basse suit. La voix de Black est un puissant chuchotement lourd de menaces, basculant dans la vocifération terrible du refrain, minimaliste et maximaliste à la fois, qui rageusement révèle ce qu’est, en profondeur, le personnage de la chanson : une fille fade, insipide et domestiquée. Inutile d’écrire qu’il révèle par la même occasion l’animalité brute de l’homme qui l’observe.

Les guitares s’emballent métalliquement.

Retour au couplet, et nouveau déchaînement du refrain — plus long, plus intense —, laissant place à des ahanements/gémissements masculins et féminins.

Refrain sur fond de halètements/gémissements. Tout s’exaspère et s’accélère — jusqu’au viscéral.

Fin brutale du morceau qui, consciencieusement écouté à plein volume, doit nous laisser éreintés.

Exemple parfait de la recette éprouvée des Pixies — la « dynamique ralenti/explosion » —, Tame nous montre ce que peut le rock lorsqu’il explore le cri primal, nous agrippe aux tripes. Creuse profond en nous.

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Tame

The Pixies

sur l’album Doolittle

4AD, 1989