Le Mystère Lucy Lost
La témérité d’un enfant sage

Les films d'animation ont souvent eu comme vocation de transmettre des valeurs et des morales positives. Le Mystère Lucy Lost ne déroge pas à la règle. En cette période de crise, Olivier Clert suit la tendance cinématographique de mettre en scène la guerre, en y apportant néanmoins des images colorées et une histoire placée sous le signe de l’acceptation. Bien reçu à Cannes ainsi qu'à Annecy, le film promet d’étendre l’enthousiasme qu’il suscite dans nos cinémas.
1915, en pleine Première Guerre mondiale, une famille traverse cette période d’incertitude coupée du monde sur une des îles Scilly au sud-ouest de l’Angleterre. Une famille somme toute assez banale, à la différence de Lucy, la petite dernière aux cheveux blancs et aux visions incontrôlables. À cause de ses traits et aptitudes hors normes, la jeune fille ne peut pas aller à l’école et il lui est déconseillé de parler aux inconnus. Pourtant, des inconnus, elle a l’habitude d’en rencontrer, et c’est bien ce qui fait sa singularité: ils apparaissent sans crier gare et repartent tout aussi vite. Ces visions fugaces lui paraissent si réalistes que Lucy a tendance à perdre pied avec la réalité. Raison pour laquelle son père ne veut pas qu’elle quitte la maison, point.
La jeune fille connaît ses visions, et les personnes qui viennent lui rendre visite, elle les dessine. Ils ne parlent jamais et semblent seulement vouloir qu’elle les voie. Dans ce tumulte modéré et organisé par des règles assez strictes, Lucy passe des journées monotones, à attendre que son frère rentre de l’école pour avoir enfin un compagnon. Toutefois un jour, une apparition se fait particulièrement bruyante et même un peu encombrante : voici Milly. Jeune fille de son âge, à la longue chevelure noire parée d’un gros nœud rouge, la visiteuse est l’opposé même de notre héroïne. Grâce à Milly, Lucy va découvrir la force de l’amitié et le courage d’aller au-delà de ses propres limites car Milly apparaît pour tout chambouler !
Dès le début du film, Lucy attire la suspicion des autres habitants de l'île. Ces quelques mauvais regards et rumeurs s’intensifient alors que la jeune fille tente de reconstituer son histoire. La différence a toujours inspiré le rejet, mais en période de guerre elle peut se muer en haine meurtrière. Entre découvertes, mensonges et une belle dose de magie, la jeune fille s’éloigne de plus en plus de sa famille pour rencontrer son passé violemment oublié, et retrouver qui elle est. Cette quête identitaire de son histoire personnelle promet aux spectateurs quelques rebondissements.

Ce film aux accents fantaisistes s’implante dans une réalité historique tangible. La Première Guerre mondiale est présentée ici comme moteur d’une haine sourde de l’autre, avec pour origine une douleur immense de voir ses proches, ses enfants être envoyés sur le champ de bataille. D’autres éléments historiques donnent corps au récit comme le drame du naufrage du Lusitania en 1915. Passage du film qui glisse un clin d'œil à notre romance préférée sur le fameux Titanic.
Les personnages sont curieux, téméraires et attachants. En particulier le rôle du grand frère de Lucy, de nature douce et protectrice : il risque d’embuer les yeux même des spectateurs les moins émotifs. Doublés par des enfants, ses jeunes protagonistes semblent le plus réaliste possible, selon le souhait de Olivier Clert. Le pari est réussi.
Ce long métrage aborde des thématiques variées telles que le rôle de la famille, la différence qui dérange, et surtout la recherche identitaire. Il parvient à présenter ses sujets avec une émotion juste et quelques notes d’humour bienvenues.
Les animations de ce film sont douces et dynamiques. L'île sur laquelle se déroule ces aventures ‒ et mésaventures ‒ est éclatante et donne envie de s’y installer tellement les dessins sont lumineux. Quant aux personnages, les animations sont joyeuses, colorées et font écho au style Ghibli qu’on aime tant.
Le Mystère Lucy Lost est un film d’animation à regarder en famille, pour s’amuser et s’émouvoir ainsi que pour comprendre qu’il faut quelques fois écouter plus les enfants et leur faire confiance.