critique &
création culturelle

Le Gâteau du président

L’absurdité d’un chef d’État

Le Gâteau du Président, premier film du réalisateur irakien Hasan Hadi, décrit un bout volé de l’enfance d’une jeune fille contrainte de servir les aspirations rocambolesques de son président. Récompensée d’une Caméra d’or lors du festival de Cannes, l’œuvre politique, menée avec justesse, nous ouvre les portes d’un pays dont l’histoire est encore trop peu présente à l’écran.

Irak 1991, Saddam Hussein, alors au pouvoir, ordonne que dans chaque classe, un enfant soit tiré au sort pour confectionner un gâteau en son honneur, afin de célébrer son anniversaire. Cette tradition est une peine que Lamia et sa grand-mère essaient d’éviter en vain car les ressources sont chères et difficiles à se procurer. La jeune fille et sa grand-mère partent alors pour la grande ville dans l'espoir d’obtenir les ingrédients nécessaires. Mais Bagdad, animée et bruyante, réserve à la fillette d'autres surprises et Lamia se retrouve seule jusqu’à ce qu’elle croise la route d’un copain de classe, Saeed, qui va la suivre et l’aider dans sa quête.

Ce premier film du réalisateur irakien Hasan Hadi,vivement salué par la critique, remporte le Prix du public ainsi que la Caméra d’Or à Cannes 2025. Cette réussite est peut être la récompense d’une démarche peu conventionnelle. Celle de caster des acteurs non-professionnels ; Baneen Ahmad Nayyef qui interprète Lamia, Sajad Mohamad Qasem comme Saeed et Waheed Thabet Khreibat qui joue Bibi, la grand-mère. Ce choix honorable répond au besoin d’authenticité de ces personnages qui se confondent avec les acteurs eux-mêmes.

Le Gâteau du Président nous plonge dans le conflit précédant la guerre avec les États-Unis comme toile de fond. Ce que Hasan Hadi, le réalisateur, parvient à nous faire ressentir est la pression qui s’abat sur le pays sans toutefois la filmer frontalement. On traverse le conflit dans ce qu’il a de plus quotidien, dans la vie des civils, le manque de ressources, les slogans scandés ou encore les affiches à la gloire du dictateur. Hadi nous représente l’Irak de la même manière, de façon presque détournée, afin que l’on se plonge dans cette culture. Il cherche à nous faire sentir et goûter son pays d’enfance à travers les aliments, les marchés animés et pas uniquement à le visionner passivement.

Ce long-métrage porte sur le vol de l’enfance, sur le passage prématuré aux problématiques adultes. Lamia est très attachée à son coq Hindi, vestige de sa vie d’avant, symbole de normalité. Comme avec un doudou, elle le garde tout contre son cœur. La ténacité et la persévérance de la fillette dans sa quête sont les symboles de sa volonté de revenir vers ses habitudes. Elle pense que si elle arrive à obtenir ce qu’il faut pour confectionner ce gâteau, elle pourrait inverser la situation pour elle et sa Bibi. Que remplir ce souhait absurde pour une population qui n’a pas mangé de desserts depuis des années les sauverait de cette pauvreté qui ne cesse de se rapprocher.

Le Gâteau du Président témoigne de l’absurdité d’un dictateur qui a perdu toute notion de réalité, de l’énorme fossé qui se creuse entre une population et son dirigeant. Ce film fait écho à l’enfance du réalisateur qui a lui-même grandi sous le régime de Hussein et connu les traditions et inepties de ce dernier.

Ce premier film de Hasan Hadi est à visionner absolument, il fait partie des rares témoignages de cette période en Irak. La scène de fin est tellement parlante, toujours de manière simple grâce à une sublime mise en scène. On espère pour la suite voir évoluer encore plus ce réalisateur et se plonger dans son monde encore et encore.

Le Gâteau du Président

Réalisé par Hasan Hadi

Scénario de Hasan Hadi

Avec Baneen Ahmad Nayyef, Sajad Mohamad Qasem, Waheed Thabet Khreibat

Irak, 2025

102 minutes

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