critique &
création culturelle

Promenade dans les Marolles avec Rostenne

par Clarisse et Charly Michaux

Lauréat·es de la Bourse Podcast Karoo 2023 autour du thème « Anniversaire », Clarisse et Charly Michaux dressent le portrait d'une célèbre figure des Marolles : Jean-Pierre Rostenne, en se consacrant à son œuvre à travers le prisme de l'anthropologie de Tim Ingold.

Il y a les accumulations d’Arman et puis il y a les cannes de Rostenne. Sur ses cannes, Jean-Pierre Rostenne étage des objets de prime abord sans lien les uns avec les autres. Des poupées, des cartes postales, des cannettes en aluminium, des morceaux de feutre ou de tissu à paillettes. Un tas de déchets choisis avec soin mais selon une logique qui nous échappe, et qui alourdissent leur support à mesure qu’ils sont fixés sur la canne. À l’examen, une canne « achevée » est une canne tellement encombrée qu’il est devenu impossible de prendre appui sur elle. Plutôt qu’un outil de marche, la canne, sous le geste de Jean-Pierre, est presque devenue un obstacle au déplacement. Si le·a promeneur·se décide de l’emmener sur sa route, il·elle sera contraint·e de la trainer au sol : au point que les rapports de force entre le·a promeneur·se et sa canne s’inversent. Le·a promeneur·se vient en aide à la canne plutôt que la canne aux promeneur·ses. Il s’en produit une accentuation de l’acte de marcher lui-même ainsi qu’une plus grande conscience de l’espace dans lequel la marche s’inscrit. En l’occurrence : les Marolles.

D’un certain point de vue, on peut dire que Rostenne réalisait en acte ce que l’anthropologue Tim Ingold théorisait dans sa Brève histoire des lignes. Selon ce dernier, « tout est fait de lignes dans l’activité humaine ». Or nos manières de faire des lignes dans l’espace méritent de s’y attarder car elles disent beaucoup de nos manières de vivre. En insistant sensiblement sur la ligne que l’on trace en marchant, et en faisant de la canne, par le biais de la lenteur, une manière relever le caractère situé de ses déplacements, Rostenne pose une question philosophique qui devrait nous mettre au travail. Quels types de lignes traçons-nous dans les environnements que nous habitons ? Ce podcast choisit d’esquisser une telle réflexion en rencontrant des interlocuteur·ice·s ayant connu l’artiste, et en plaçant en regard leur témoignage avec certains extraits de Tim Ingold.

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Un podcast réalisation par Charly et Clarisse Michaux.
Avec les voix et la participation de : Sarah Kokot et Toine Thys
Illustration : ©Frédéric Oszczak/Art et marges musée

Ce podcast a été rendu possible grâce au soutien de la Bourse Podcast Karoo 2023

Même rédacteur·ice :

Sources citées ou mobilisées dans le podcast :

  • Tim Ingold, Une brève histoire des lignes (trad. fr.  Sophie Renaut), Bruxelles, Zones Sensibles, 2013
  • Tout va bien sauf ce qui ne va pas, ouvrage d’hommage à Jean-Pierre Rostenne coordonné et édité par les Amis de Jean-Pierre Rostenne et Art et marges musée, 2019