L’adaptation du roman graphique éponyme de Raymond Briggs, Ethel et Ernest, est un film d’animation émouvant, mais au charme suranné.

Ethel et Ernest, les deux personnages au centre du film d’animation réalisé par Roger Mainwood, sont un couple peu remarquable. Ils se rencontrent en 1928 ; il est livreur de lait, elle est gouvernante et entre eux, le charme opère. Rien ne s’opposant à leur union, les voilà mariés, puis propriétaires d’une maison et enfin parents ; embarqués dans une vie qu’il ne serait pas exagéré de qualifier de banale, auquel le long métrage consacre pourtant ses 94 minutes. L’enjeu narratif, fort ambitieux, est clair : capturer les formes que prend la vie tranquille de ce couple « comme tout le monde » et en saisir l’émotion.

Cette ambition, les auteurs l’accomplissent avec un succès très relatif : dans sa représentation de l’anodin, Ethel et Ernest s’égare dans des séquences répétitives et lasse. Ses personnages sont suffisamment attachants pour qu’on s’attriste lorsqu’il leur arrive malheur, mais pas assez pour qu’on se passionne pour leur vie quotidienne.

Sans surprise, le film gagne en intérêt et en émotion lorsque la petite histoire de ses personnages rejoint l’Histoire avec un grand H – en l’occurrence la Deuxième Guerre mondiale. S’immisçant d’abord dans leur vie par l’intermédiaire de la radio, le conflit vient finalement bouleverser leur quotidien : les bombes et les avions allemands volent au-dessus de leur petite maison londonienne, dans laquelle ils ont passé tant de journées paisibles. L’idée est simple, mais puissante : la guerre arrive surtout à des gens ordinaires.

L’équipe des doubleurs.

Au-delà de ce chapitre guerrier, le récit d’Ethel et Ernest est avant tout celui d’une époque différente de la nôtre, dans laquelle évoluent des personnages qui ne possèdent pas notre savoir actuel. Ce point, le film nous le rappelle régulièrement, au risque de provoquer notre agacement. On ne compte ainsi plus les scènes dans lesquelles les deux protagonistes expriment leur perplexité face à l’arrivée des nouvelles technologies, ou aux divers changements que traverse leur époque. Si l’œuvre a indéniablement de l’affection pour ses personnages, on ne peut s’empêcher de voir dans ces gags sur leur ignorance ou leur manque d’éducation une certaine forme de condescendance.

Les auteurs du long métrage se montrent également incapables d’envisager Ethel et Ernest comme autre chose que des personnes d’un âge avancé. Ils ne sont pourtant pas vieux lorsqu’on fait leur rencontre (la trentaine), mais leurs actions et leurs paroles ressemblent à celles de vieillards avant l’heure. Le casting est partiellement responsable de cet état de fait – les deux acteurs qui prêtent leur voix aux personnages, Jim Broadbent et Brenda Blethyn, ont largement dépassé la soixantaine – mais les personnalités attribuées à Ethel et Ernest portent la majorité du blâme. Leurs identités et leurs mœurs ne sont pas juste définies par leur époque, elles semblent figées dans le temps et on peine à croire que le seul changement observable chez ces personnages, dans les quelque quarante années que retrace le film, soit physique.

Plus dérangeante encore est la manière dont le long métrage s’obstine à représenter Ernest et Ethel comme des personnes inoffensives. Leurs opinions réactionnaires (quoiqu’un peu plus progressiste du côté d’Ernest que d’Ethel) sont systématiquement envisagées avec un regard attendri et indulgent, comme si leur racisme, leur sexisme ou leur étroitesse d’esprit étaient des phénomènes charmants plutôt qu’une regrettable conséquence du contexte socio-historique dans lequel ils évoluent.

Cette complaisance est d’autant plus décevante qu’Ethel et Ernest possède un remarquable sens de l’observation. Sa reconstitution de Londres à travers plusieurs époques est superbe, et son style d’animation, qui rappelle parfois les livres pop-up par le relief des plans, sied parfaitement aux images d’Épinal que ses auteurs cherchent à projeter. L’ensemble fourmille d’une multitude de détails qu’on aurait aimé voir approchés avec moins de nostalgie et plus de lucidité.

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Ethel et Ernest
Réalisé par Roger Mainwood
Avec les voix de Jim Broadbent, Pam Ferris, Brenda Blethyn, Luke Treadaway
Grande-Bretagne, 2016
94 minutes