Une troisième saison en demi-teintes pour la série anglaise, mais non dépourvue d’espoirs.

 

Si vous avez déjà vu un épisode de Black Mirror, vous avez probablement vécu une de ces crises existentielles que la série d’anticipation se fait fort de provoquer. Imaginant dans chaque épisode une dérive que pourrait prendre une de nos technologies actuelles, la série a acquis la réputation de feel-bad TV pour ses récits souvent cauchemardesques qui questionnent notre rapport aux technologies, aux médias et à la société. En l’espace de deux saisons remarquablement écrites, elle s’est imposée comme une des meilleures séries d’anthologie qui soient ; un Twilight Zone pour le XXIe siècle.

Les attentes à l’endroit cette troisième saison produite par Netflix étaient donc assez élevées. La transition vers la plateforme de streaming allait-elle altérer l’identité de la série ? En surface, elle n’a pas beaucoup changé. Le jeu d’acteurs, la mise en scène ou encore la photographie atteignent les mêmes standards d’excellence fixés depuis son tout premier épisode. Plus important encore, Black Mirror n’a pas perdu sa capacité à susciter l’empathie. C’est le beau paradoxe de cette série misanthrope : aussi négative soit son opinion de l’humanité, aussi moralement douteux soient ses personnages (et ils le sont souvent), elle parvient toujours à les envisager dans toute leur humanité, à nous faire partager leurs souffrances avec une acuité effrayante.

La force de Black Mirror ne réside pas uniquement dans sa capacité à être émotionnellement éprouvante. C’est aussi une série intellectuellement stimulante. Et c’est là que le bât blesse : son discours s’est considérablement appauvri dans cette troisième saison, s’abîmant dans des satires simplistes et des récits d’horreur un peu creux.

Le problème est particulièrement apparent dans le troisième épisode de la saison, Shut Up And Dance. Fort d’un postulat hautement dramatique (un adolescent se plie aux ordres d’un maître chanteur pour éviter qu’une vidéo compromettante se propage sur la toile), il constitue une des heures les plus viscéralement captivantes de toute la série, mais aussi une de ses plus vaines. À travers les tribulations du protagoniste, des thèmes passionnants comme la responsabilité morale et la vie privée à l’ère d’internet sont effleurés, mais une réflexion digne de ce nom n’est jamais formulée. Si sens il y a, il est vite oublié. Seule l’angoisse subsiste.

Dubitative à l’égard des technologies, Black Mirror l’a toujours été mais, dans la majorité des épisodes de cette saison, le danger qu’elles représentent semble être avant tout un prétexte à des histoires effrayantes. Playtest imagine un récit cauchemardesque autour d’un jeu vidéo, mais on sera bien en peine d’en identifier le propos. Hated in the Nation critique notre relation aux médias sociaux, mais pousse plus le spectateur à craindre pour son futur qu’à opérer une véritable introspection de ses mauvaises habitudes. Et comme la plupart des nouveaux épisodes, une durée plus courte aurait probablement eu un effet positif sur l’efficacité narrative et thématique du récit1.

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Image de l’épisode « Shut up and dance ». Fort d’un postulat hautement dramatique, il constitue une des heures les plus viscéralement captivantes de toute la série, mais aussi une de ses plus vaines.

Si la force du propos semble s’être diluée dans des histoires à rallonge, le nombre plus important d’épisodes commandés par Netflix (six pour être exact) a permis aux auteurs de s’essayer à un assortiment de genres plus varié. Ils utilisent pleinement cette opportunité pour s’ouvrir à d’autres horizons, comme dans Nosedive, une satire du culte des apparences qui contient une dose inattendue de comédie.

Mais la plus grande surprise de cette saison est indéniablement San Junipero, un épisode qui évite non seulement les écueils que nous venons d’évoquer, mais semble aller à contre-courant de ce qu’est la série. Il est empreint de quelque chose qui était jusqu’alors absent : l’optimisme. Faisant le récit d’une rencontre amoureuse enveloppée de mystère, il représente un interlude bienvenu dans l’univers cruel de Black Mirror. La réussite de l’épisode tient avant tout à son sens des nuances et à sa justesse narrative, faisant résonner à travers les choix de ses personnages de multiples thèmes : l’évasion de la réalité, la seconde chance et le sacrifice au nom de l’autre.

Au-delà de son optimisme, San Junipero montre que la capacité de Black Mirror à envisager ses personnages avec empathie n’est jamais mieux employée que lorsque la série apporte matière à réflexion, plutôt que de se reposer sur un point de vue cynique et souvent simpliste. Espérons que la suite nous réserve encore plus d’épisodes comme celui-là.

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Black Mirror, saison 3 Créée par Charlie Brooker Avec Bryce Dallas Howard, Wyatt Russell, Alex Lawther, Gugu Mbatha-Raw, Mackenzie Davis, Malachi Kirby, Kelly Macdonald Grande-Bretagne, 2016 Six épisodes de 55 à 90 minutes

  1. Avec une durée de 90 minutes, Hated in the Nation est de loin le plus long épisode de la série.