Dans l’art délicat de terminer un film, Carol, le dernier long métrage de Todd Haynes, excelle, trouvant l’émotion dans la subtilité et la nuance.

 

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Cette courte scène sans dialogue conclut le film avec une certaine simplicité : Therese (Rooney Mara), la jeune femme au centre du film, retrouve dans un restaurant l’objet de son affection, Carol (Cate Blanchett), qui accueille son arrivée avec un sourire bienveillant.

Si la séquence semble assez simple, son implication émotionnelle et thématique est forte, puisqu’elle marque la décision mutuelle de ces deux personnages de vivre ensemble, malgré les contraintes sociales de l’époque (le film prend place dans l’Amérique des années 1950) et les multiples épreuves qui semblaient condamner leur relation à une fin tragique. Bien que les événements traversés par ces deux femmes relèvent presque du mélodrame (trahisons, pressions familiales et disputes se succèdent), le film se démarque par sa sobriété, mettant en scène leur passion avec beaucoup de retenue. Par de subtiles et savantes touches – une musique, un regard, un mouvement de la main –, Carol révèle le sentiment amoureux, la douleur du désir et l’incertitude de ses personnages.

 

Ce sont toutes ces subtilités qui guident sa superbe scène finale. Alors que Therese s’approche de la table de Carol, qui n’a pas remarqué sa présence, la caméra devient plus instable, reflétant la fébrilité de la jeune femme. Les bruits ambiants s’effacent progressivement pour laisser place à la mémorable musique de Carter Burwell. Le monde qui entoure Therese perd son importance. Le regard de Carol croise finalement le sien, évoquant par la même occasion leur première rencontre. À sa vue, un sourire se dessine sur le visage de Carol. Dans son expression, que l’interprétation de Cate Blanchett enrichit de sens, se lisent l’admiration et l’empathie, le bonheur du présent et l’appréhension de l’avenir.

La musique s’arrête. Fondu au noir. Le générique de fin commence.

Il n’en fallait pas plus.