Si le premier et unique mot qui vous vient à l’esprit lorsqu'est évoquée dans une soirée mondaine la littérature nordique est « polar », vous ne devrez plus longtemps courir vous réfugier parmi les petits fours, car en dévorant l’Été de mes quinze ans vous risquerez bien d’élargir vos horizons, ainsi que ceux de votre cénacle. Le roman (le neuvième de l’auteur, mais le premier à être traduit en français !) de la Norvégienne Tania Kjeldset, dont le nom est plus facile à écrire qu’à prononcer, prouve que le grand Nord joue aussi dans la cour des grands dans le domaine de littérature jeunesse.

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C’est presque un soulagement que les vacances touchent à leur fin. Encore quelques jours et Elin sera à la maison. Elle entrera en troisième et elle oubliera vite ce qu’on éprouve à quatorze ans. Elle a hâte d’être dans la voiture, de monter sur le vieux ferry ; elle et son frère Tobias se disputeront, comme toujours, pendant le trajet. Dans un an, elle reviendra et alors, elle sera différente. Pas intérieurement, mais son corps, lui, aura changé.

L’Été de mes quinze ans, c’est l’histoire d’un rendez-vous : celui auquel Elin se rend chaque été dans la maison de sa grand-mère, sur une petite île norvégienne. Chaque année, elle y retrouve Sara et sa bande de copains pour la première partie de l’été. Bouquins, flirts, fêtes sur la plage… Tous les ingrédients sont réunis pour passer à nouveau un été inoubliable, mais cette fois-ci, tout se passe différemment. Dans le car qui la conduit à destination, un inconnu prend place à ses côtés : un jeune garçon aux cheveux sombres et aux yeux bleus, avec pour seul bagage un carnet et des crayons. Un jeune garçon bien différent de ceux qu’elle a rencontrés jusque-là…

L’Été de mes quinze ans, c’est aussi une mosaïque de personnages : Sara, la bombe prête à tout pour séduire le garçon de ses rêves, Mikkel, le beau gosse sûr de lui, Anton, son copain un peu lourd et gauche, Anne, la bonne copine qui accomplira de grandes choses, même si l'on ne sait pas encore dans quel domaine, Carl, persuadé qu’il y a trois choses qu’il sait faire : « Je sais ramer, je sais dessiner et je suis assez doué pour m’occuper des gens à l’esprit un peu dérangé. » Des amitiés qu’on ravive volontiers, même si l'on sait qu’elles ne supporteraient pas de changement de décor. Dans ce récit d’apprentissage moderne, les personnages voient leur enfance s’éteindre, leurs illusions se briser et le désir de plaire naître. Les fantômes sortent du placard. Des souvenirs enfouis ressurgissent pour les hanter. Des mensonges sont dévoilés pour leur permettre d’avancer. Des amitiés se nouent quand d’autres se brisent. Une seule chose est certaine : cet été n’imprimera pas uniquement sa marque sur papier glacé.

L’Été de mes quinze ans, c’est enfin un récit incisif. Sans concession, Tanja Kjeldset met à nu les craintes et les désirs juvéniles. Elle nous présente une succession de tableaux, tantôt comiques, tantôt dramatiques : de la découverte des « lendemains de veille » aux répercussions de l’usage abusif et quotidien d’alcool. Avec pudeur, l’auteure norvégienne nous invite à pénétrer l’esprit de jeunes gens qui, en recherche de leur identité, se heurtent de plein fouet à la réalité du monde dans lequel ils évoluent.

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Tanja Kjeldset
L’Été de mes quinze ans
Bayard Jeunesse, 2014
280 pages