Avec « Strangers by Nature », titre en pôle position de la tracklist de son dernier-né 30, la chanteuse britannique Adele chante regrets et désir de résilience, inspirée par son récent divorce.

 

 

I'll be taking flowers to the cemetery of my heart
For all of my lovers in the present and in the dark
Every anniversary I'll pay respects and say I'm sorry
For they never stood a chance as if they could

Le premier couplet bat d’un cœur meurtri. La voix d’Adele, en proie à l’insurmontable deuil du couple qu’elle a formé avec le père de son fils, se recueille sur la tombe de romances perdues d’avance. Idylles vouées à l’échec, rien ne semble pouvoir égaler un « nous » unique, précieux mais révolu. 

When no one knows what it's like to be us

La nostalgie de la mélodie et l’ensemble d’instruments à cordes évoquent les souvenirs sucrés laissés par les classiques de Walt Disney, La Belle au Bois Dormant (1959) et Cendrillon (1950). Mais si les paroles de « Once Upon a Dream », dans La Belle au Bois Dormant promettent l’amour éternel, le couple de « Strangers by Nature » sera piégé dans un autre scénario : les deux êtres qui s’étaient promis fidélité s’avèrent plus différents qu’il n’y paraissait, et le rêve du conte de fées s’éloigne pour se briser. Y aurait-il eu méprise avec la pantoufle de vair ?

Will I ever get there?
Oh, I hope that someday I'll learn
To nurture what I've done

« Strangers by Nature » pourrait être une berceuse à l’enfant intérieur, esseulé et incompris, un hymne à la consolation d’une mère redevenue célibataire. Portées par un réconfortant hommage orchestral à la comédie musicale et à ses hymnes au pouvoir de l’imagination comme « Pure Imagination », chanté par Gene Wilder dans Willy Wonka & the Chocolate Factory (1971) et « Somewhere Over the Rainbow », interprété par Judy Garland dans Le Magicien d’Oz (1939), les paroles autobiographiques résonnent avec l’espoir de résilience de la chanteuse.

Si le cœur plie ici sous la culpabilité d’avoir heurté d’autres cœurs, il fait également le vœu d’un avenir plus doux. Cendrillon, déjà, le chante si justement en 1950 : 

No matter how your heart is grieving
If you keep on believing
The dream that you wish will come true1

Les quelques mots murmurés avant la fin de la piste annoncent la couleur du nouveau chapitre du journal intime musical de la chanteuse : « Strangers by Nature » sera le prélude d’un nouvel ascenseur émotionnel dont Adele a le secret.

Alright then, I'm ready

Nous aussi, Adele, nous aussi...

 


  1. A dream is a wish your heart makes”, Cendrillon, Walt Disney, 1950, composé par Mack David, Al Hoffman & Jerry Livingston