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Malgré l’énorme succès de Driver’s Seat, aucune trace de Sniff ‘n’ the Tears dans certains dictionnaires du rock ayant pignon sur page. Pour beaucoup, ce groupe britannique semble l’exemple-type du « one-hit wonder ». Notons au passage qu’au lieu d’adopter vis-à-vis de ce phénomène l’attitude condescendante qu’affichent souvent les médias, on devrait savoir gré à ces groupes et artistes d’avoir joué les étoiles filantes plutôt que de prolonger fastidieusement une carrière poussive.

Mais à y regarder de plus près, Sniff ’n’ the Tears, c’est bien autre chose et d’abord, plusieurs albums pas inintéressants. Et c’est surtout Paul Roberts, peintre hyperréaliste au physique tourmenté dont les œuvres obsessionnelles ornent les pochettes des albums du groupe (pour avoir une idée de sa production picturale, voir http://www.paulrobertspaintings.co.uk). Sniff ‘n’ the Tears avait tout pour réussir : un line-up impeccable, une cohésion rare, une maîtrise instrumentale indéniable et un sens des arrangements, autant de qualités qui auraient dû en faire, à la fin des années 1970, une des têtes de gondole de la New Wave. Victime d’un certain amateurisme managérial, en butte aux aléas du showbiz et de la crise, jouant de déveine, le groupe ne s’imposera jamais dans son propre pays où même Driver’s Seat passera plutôt inaperçu, mais le titre grimpera paradoxalement très haut dans les charts américains et fera une belle carrière dans le reste de l’Europe.

Le hit est extrait de l’album Fickle Heart (« cœur volage ») : la pochette intrigante présente une femme, dont on ne voit pratiquement que les jambes nues musclées et les hauts talons, pointant un révolver sur un chat noir hérissé alors que le cadavre encore chaud d’un homme élégant gît sur le sol. Un instantané, une tranche de vie qui s’achève. Comme dans la chanson-phare de l’album.

Driver’s Seat, avec ses riff imparables, parle de la fin d’une liaison, la personne au volant glisse dans la nuit et se remémore comme des flashes les petits riens qui faisaient le charme d’un amour perdu, au rythme de la route qui défile (« Jenny was sweet/She had another way of looking at life »),… avant que tout ne s’efface (« I’ll never remember my time with you »). Même les plus chouettes souvenirs, ça t’a une de ces gueules, disait Ferré.

L’arrangement musical énergique et contrasté reflète à merveille le chaos des émotions qui se bousculent à l’intérieur immédiatement après une rupture : on ne peut se résoudre à l’absence définitive de l’être qu’on quitte, rappelle la ligne de basse obsessionnelle ; mais la boucle musicale et celle de l’existence tournent sans fin, il faut aller de l’avant et on se retrouve une fois de plus seul à piloter sa propre vie alors qu’au sommet de son amour, on se croyait exceptionnel :

There is no elite/just take your place in the driver’s seat.