Avec Raoul, James Thiérrée nous propose de découvrir la folie corporelle d’un personnage et l’univers féérique avec lequel celui-ci tente de cohabiter. Une rencontre étonnante, intrigante et merveilleuse.

En s’installant dans son siège, le spectateur peut voir, sur la scène aux rideaux ouverts, des voiles de bateau, hautes, basses ou affalées, et qui, avant même le commencement du spectacle, invitent au voyage. Alors les lumières du théâtre s’atténuent, s’éteignent, et d’un coup, les grands draps blancs se déploient, s’écartent, pour nous inviter dans un monde onirique. Le décor paraît simple au premier regard : une cabane de tubes de métal, tout droit sortie d’un songe, perdue au milieu de la scène, mais qui au fur et à mesure se dévoile, se met à nu. Personnage à part entière, cette demeure de fortune bouge, s’ébranle, perd des morceaux et s’exprime au travers de nombreuses vibrations. Raoul, qui y habite et n’ose s’en échapper, vit et communique avec elle. La relation qu’ils tissent sert de fil rouge entre les différentes péripéties.

Photo : Richard Haughton

Raoul est un personnage excentrique, dont la folie se traduit dans le corps et les mouvement incontrôlés qu’il effectue. Il danse, dansotte, pris par des spasmes, captif de ses membres qui ne répondent que par eux-mêmes, de ses jambes et de ses bras qui suivent leur propre chemin, et où parfois s’inscrivent des démarches animalières. Le passage où James Thiérrée incarne un cheval qu’il essaie de dompter, au-delà de faire sourire par son côté cocasse, montre d’ailleurs la maîtrise de l’artiste, qui, grâce à son corps, parvient à incarner et à nous faire voir tout ce qu’il désire. Néanmoins, il n’est pas le seul animal sur scène : diverses créatures viennent peu à peu le côtoyer. Des marionnettes au design fantaisiste s’approchent, des créatures étranges : une limace qui serpente, un oiseau inquiétant dans la tempête, un poisson luciole qui frétille, une méduse chapiteau, ou, pour finir, un éléphant venu d’un rêve enneigé.

Photo: Jacques Grenier - Le Devoir

RaouI joue aussi avec les sons. Les articulations corporelles, la musique et les bruitages, desservis par une excellente synchronisation, offrent un merveilleux dialogue. Les oiseaux de pépiements, invisibles à nos yeux, prennent chair à nos oreilles par la communication gestuelle qu’entretient Raoul avec eux. Et d’autres scènes fonctionnent efficacement de manière similaire, comme le moment où, après s’être électrocuté, Raoul devient une antenne radio et capte différentes ondes en fonction de sa position. Le spectacle regorge d’inventivité, de trouvailles naissant de ce mélange entre différentes techniques théâtrales. Les seules paroles prononcés, rares, sont le nom « Raoul » et quelques paroles en langue étrangère (inventée ?). Aussi, ce rôle quasi muet laisse place à la suggestion et aux émotions de la mise en scène.

Photo : Richard Haughton

Raoul souffre toutefois de quelques longueurs. Le rythme est pour l’essentiel maîtrisé, mais le spectacle aurait mérité quelques coupures. Certains moments peuvent sembler redondants, lors des danses gestuelles notamment. De plus, si la salle rigole de nombreuses fois, l’humeur visuelle ne fera pas toujours mouche et dépendra certainement de l’appréciation de chacun. Malgré ces légers défauts, Raoul est un spectacle qui s’apprécie pleinement. 1h40 sur scène, le plus souvent seul, l’artiste ne manque jamais d’énergie et réussi à nous proposer poésie et originalité. Nous sommes embarqués dans un univers peuplé d’objets et de créatures étranges et féeriques, la folle évolution de Raoul à l’intérieur et aux abords de sa cabane nous intrigue, et nous nous laissons emporter par le mouvement sonore et corporel.

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Raoul

Mise en scène, scénographie et interprétation : James Thiérrée

Créé au Théâtre de Namur en 2009

Vu en septembre 2019 au Théâtre de Namur