La galerie Karoo expose cette semaine les dessins de Vida Dena, Iranienne vivant en Belgique. Bien entendu, nous sommes partis à la découverte de son univers.

La série de dessins présente dans la galerie Karoo s’intitule My Childhood Rituals : peux-tu nous en parler ?
C’est une série que j’ai entamé après avoir retrouvé certaines photos d’enfance et cette nostalgie par rapport à mon enfance m’a donné l’envie de les dessiner. Je les ai dessinées juste avec un Bic parce que comme ça j’étais tranquille et libre de penser aux moments pendant lesquels ces photos ont été prises, sans trop penser à la composition et à la manière de mélanger les couleurs. J’ai aussi choisi des photos du genre qu’on appelle des photos ratées, parce qu’elles sont toujours plus intéressantes pour moi. Puis j’ai ajouté certains symboles très personnels qui proviennent de mes rêves et tout simplement de mon imagination surréaliste, et cela pour donner une couche mystique à ces photos. Cette série s’intitule My Childhood Rituals parce que je voulais jouer avec le fait qu’on imagine toujours des travaux exotiques de la part d’une artiste qui vient d’un pays lointain, alors que cette série ne propose rien selon moi d’exotique ou de bizarre, mais elle est par contre très personnelle. C’est le sens de ce mot, ritual, qui laisse imaginer des rituels exotiques, ceux de l’enfance en Iran.

Tu as choisi de travailler le dessin, pourquoi cette technique ?
Tout simplement parce que je la maîtrise ! J’ai appris à dessiner en Iran dans l’atelier et la galerie de ma mère où se donnaient des cours de dessins. Je crois aussi que le fait de dessiner est une manière de penser et de réfléchir avant d’arriver à réagir. Quand j’étudiais l’architecture, on nous a appris à faire des esquisses pour réfléchir à nos concepts dans notre démarche. Dessiner, pour moi, c’est la connexion entre mes yeux, mon cerveau et ma main. Finalement, je suis très à l’aise quand je dessine, donc c’est comme une méditation… Surtout quand je dessine juste avec un Bic, sans penser à la composition et aux couleurs, en me concentrant sur l’idée.

Peux-tu nous dire un mot sur ton parcours ?
J’ai étudié l’architecture en Iran, à Téhéran. Puis, je suis partie en Suède où j’ai réalisé un master aux Beaux-Arts. Ensuite je suis venue en Belgique et j’ai étudié à Gand, au KASK, un master en cinéma. Je suis donc réalisatrice et dessinatrice.

Tu travailles beaucoup la vidéo également : l’une et l’autre pratique se répondent-elles ?
J’ai appris à travailler avec le medium vidéo et le film en Suède, où l’on était très libre, dans leur système d’éducation, d’apprendre tous les médias qu’on voulait par rapport à notre concept. Un jour, j’ai eu envie de filmer et voilà pourquoi j’ai participé à un cours de vidéo qui a débouché sur mon premier film. Depuis, je me suis dit que je pouvais commencer à apprendre un médium s’il répondait bien à mon idée. Pour le moment, je dessine et je réalise des courts métrages. Comme je le disais, dessiner s’apparente pour moi à une manière de réfléchir et à la méditation, donc je ne pense pas que j’arrête un jour de dessiner. En même temps, quand je réfléchis à un film, je dessine pour mieux comprendre mon idée. Je dessine par exemple des story-boards. Je suis obsédée par le médium cinéma parce que c’est un domaine que je ne connaissais pas auparavant, donc je le découvre encore et c’est très amusant. Je sens aussi que j’ai encore des choses à dire avec ce medium : à propos de mon enfance et de ma vie personnelle, d’un point de vue politique et social. Mais peut être qu’un jour j’arrêterai de filmer et je ferai par exemple de la peinture ou de la bande dessinée. Ce qui restera néanmoins à travers tous ces médiums, c’est un pratique de la narration spontanée et naturelle.

TOUT AUTRE CHOSE

Si tu devais conseiller un roman ?
Cent Ans de solitude de Gabriel García Márquez.

Un film ?
Close Up d’Abbas Kiarostami.

Un artiste, un peintre, un photographe, un plasticien ?
Henri Rousseau, pour sa peinture mais aussi pour son parcours... Sinon Bruegel, et sans savoir que j’arriverais un jour en Belgique !

Un album ?
Très difficile à dire... Quand j’étais enfant, on écoutait juste Marzieh, parce qu’ils l’adoraient dans ma famille. Je l’aime mais je dois dire que je ne savais pas qu’il y avait d’autres musiciens dans le monde jusqu’à mes dix ans, quand nos voisins sont venus un jour avec une VHS de musiques étrangères ! Mais depuis j’ai écouté beaucoup de musique, et je commence à écouter des musiques traditionnelles iraniennes. Voici par exemple Shahram Nazeri :

En savoir plus...

My Childhood Ritual Vida Dena Exposition chez Art Base à Bruxelles Du 2 novembre au 23 décembre 2016