Trias
Laisser entrer le chaos

Entre dessin instinctif, textile habité et narration poétique, Trias construit un univers brut et sensible où le trait devient langage. Artiste pluridisciplinaire bruxellois, il raconte le monde, ses dualités et ses émotions à travers des médiums multiples, toujours guidé par la spontanéité et l’humain.
Laisser entrer le chaos : voilà ce qui définit le travail de Trias. Dessinateur avant tout, mais aussi créateur textile, auteur de bande dessinée et explorateur de formes, il développe depuis des années un univers singulier, nourri par l’introspection, ses rencontres et une profonde liberté créative. Dans cet entretien, Trias revient sur son parcours, de ses premiers dessins d’enfance à ses expositions récentes, en passant par son rapport au textile, à l’émotion et à l’engagement artistique. Il partage ici sa vision d’un art vivant, imparfait, mais profondément sincère.
Comment te définis-tu aujourd’hui en tant que créateur ?
Aujourd’hui je pense pouvoir me définir comme artiste pluridisciplinaire mais principalement dessinateur. Je n’aime pas vraiment les cases bien définies et je touche un peu à plusieurs médiums mais celui avec lequel je me sens le plus à l’aise et qui m’accompagne le plus souvent c’est bien le dessin. D’autant que je suis en train de finir ma première BD donc je devrais aussi bientôt prendre l’habitude de me définir comme auteur de BD !
Quel a été ton premier contact avec le dessin et la création visuelle ?
J’ai toujours dessiné depuis tout petit et le plus souvent depuis mon imagination : je n’ai jamais vraiment aimé recopier. Mes sujets ont toujours été les animaux, comme les dinosaures, puis avec la première maturité artistique forgée à l’école, j’ai ouvert mon style à d’autres sujets. Aujourd’hui je travaille même sur un projet avec un personnage principal humanoïde, ce que je n’aurais jamais imaginé auparavant ! Grâce au dessin, je peux aussi développer un sens de la composition, ce qui m’a poussé à faire de la photo argentique. Je peux aussi bien exporter ce dessin en fresque, l’animer ou poser les bases d’une peinture. Tout est plus ou moins lié dans cette palette de médium et le trait en est la base.

Quelles étapes ou rencontres ont le plus marqué ton parcours jusqu’à aujourd’hui ?
Le fait de me retrouver dans ma bulle plus jeune (et jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs) m’a permis de travailler sur mon dessin et sur l’importance que je lui accordais. Ensuite j’ai été en école d’art à Saint-Luc en secondaire : je n’ai jamais vraiment eu facile à l’école, que ce soit en général ou bien en école d’art lors de ma première rhéto. Je me rappelle d’un cours d’une remplaçante où l’on avait travaillé avec un médium indélébile et en un seul trait et ça m’avait vraiment plus ! D’un coup, il y avait une autre réflexion à avoir derrière son trait et la construction du dessin, et celui-ci était plus rapide et rempli d’émotion donc je me lassais moins de mon prendre dessin parfois trop précieux quand on est attaché au dessin. Cette spontanéité dans le trait que je garde longtemps sur la feuille me suit jusqu’à aujourd’hui. Après ma deuxième rhéto, j’ai passé une année en Australie. J’y ai rencontré un street artist qui m’a poussé à encore plus lâcher prise sur le trait. Cette rencontre m’a vraiment donné un nouveau feu avec lequel brûler d’inspiration. Et c’est là-bas qu’on m’a poussé à continuer mes études en art : où là j’ai continué à apprendre et à faire des rencontres avec des semblables et d’autres personnes très intéressantes. Je termine maintenant mon master à l’ERG.
Qu'est-ce qui te plaît dans l'art que tu exerces aujourd'hui ?
Ce qui me plait dans mon art, ce sont les émotions que cela me procure. C’est parfois un sentiment de réconfort ou de soulagement après avoir déposé quelque chose de lourd, mais aussi une volonté de dépassement de soi pour atteindre ses objectifs. J’aime aussi la connexion que ça crée avec les gens. Que ça soit des retours positifs et encourageants ou de belles réflexions qui changent parfois une personne qui a été touchée par mon message. Le meilleur sentiment que je ressens grâce à tout ça, c’est quand mon art motive quelqu’un à travailler sur le sien : ça c’est trop fort !
À quel moment as-tu compris que le textile deviendrait un support important de ton travail ?
En revenant d’Australie j’avais mon projet Trias que je voulais enfin lancer de manière concrète ! J’ai voulu faire des t-shirt mais je n’avais pas encore les moyens, donc j’ai commencé par la customisation de vestes et de pantalon ; avec en plus quelques économies personnelles, j’ai pu investir dans mon premier stock. Et de là j’ai commencé l’aspect merchandising/branding de Trias, qui fait partie de mon identité et m’a fait connaitre de beaucoup de personnes.

Qu'est ce qu'on peut raconter uniquement grâce au textile?
Pour moi, le textile est une expression externe de notre identité interne et cette enveloppe nous aide à communiquer socialement. Je voulais partager mes dessins et les rendre abordable par un médium autre que le papier. Par le textile, quelqu’un peut s’approprier un peu de mon monde qui fait écho à une part de son identité. En plus de créer du lien avec les gens qui incarnent mes dessins dans leurs expressions vestimentaires, je raconte une histoire en parallèle de ma vie et de ce que je traverse.
Il ne faut pas non plus se mentir, ça m’a très souvent aidé à remplir mon frigo quand j’étais en besoin, mais surtout, et c’est ce que je valorise le plus, je peux investir dans d’autres projets et travailler avec d’autres artistes et les rémunérer ! Ainsi je crée des liens qui agrandissent mon univers et j’essaye d’investir dans celui des autres pour que l’on puisse mettre les meilleures chances de notre côté pour évoluer.
Tu as exposé récemment : comment est ce que tu imagines la suite de ton parcours ?
J’ai été exposé au Talk CEC récemment grâce à l’événement de Hveco Mvndo : c’était une très belle expérience effectivement ! Je suis en train de finaliser mon long projet de bande-dessinée sur lequel je travaille seul depuis mars 2021, et j’ai vraiment hâte de commencer les démarches pour le faire exister et le partager !
En ce moment, je prépare mon « retour » avec ma deuxième exposition. J’ai été invité à des événements comme celui que tu évoquais, et ce depuis la première exposition que j’avais faite avec Pol Olivier et Bali de Timiss au Zinemma. Je reviens en tant qu’exposant mais aussi curateur, car j’ai invité plusieurs artistes à mes côtés. Nous aborderons le thème de l’amour autour de la Saint-Valentin, j’espère t’y voir ! Enfin, j’espère qu’on me connaîtra pour l’univers que je dévoilerai dans ma bd, mais ça c’est le ciel qui en décidera.
Tu as donc un projet de bande dessinée ?
Oui, mon projet de BD est inspiré de ma vie jusqu’à présent et de comment je l’aborde. C’est l’histoire d’un personnage qui représente la dualité : il a un corps pour deux esprits opposés et ensemble nous allons découvrir le monde à travers sa double vision. À travers différentes fables, je veux aborder des sujets simples grâce à une narration poétique : peut-être que la personne qui lira va faire son introspection sous un nouvel angle. Si je peux apporter une touche politique au projet, c’est ma manière d’être engagé sur certains sujets bien réels et de me placer en humain ayant une âme qu’il utilise, me situant contre l’ia générative qui envahit et pollue désormais notre imaginaire. Par mon travail j’aspire à être un exemple, peut-être pour que quelqu’un aussi aille au bout de sa vision et vive avec celle-ci. Quand on a un projet, nous le faisons avancer et en même temps c’est lui qui nous tire.
Tu as un style particulier, quelles sont tes influences ?
Mon style vient du fait que j’aime les détails et les dessins forts, mais j’ai besoin de ne pas m’en lasser en accordant trop d’importance à un résultat précis. J’invite le chaos et le hasard à créer avec moi, car parfois l’accident est le raccourci vers un résultat qui nous parle le plus. La spontanéité est donc ce glitch sur mon attention qui me maintient en tension. Je pense que c’est par là que passe le plus d’émotions brutes, qui ne sont pas déformées par la peur du résultat. J’ai beaucoup été influencé par les comics Marvel et DC de mon père, ainsi que par la série de Léo Les mondes d’Aldébaran. Et puis j’ai été poussé à commencer la BD par La saga des dinosaures de Larousse.
Quelles sont les valeurs et les émotions que tu veux partager à travers ton art ?
Ce que j’exprime souvent à travers mon art sont des émotions fortes et lourdes de manière intentionnelle, mais il y a toujours un appel à la contemplation du plus grand que soi et des choses que l’on ne maîtrise pas. Ce petit rappel nous amène à un optimisme qui se cache sous les tons noirs car c’est le message principal que je veux véhiculer dans mon art. Il faut ressentir nos émotions et chacun a sa propre sensibilité, mais comme la nature et l’évolution nous l’apprennent, il faut rester résilients et optimistes. L’espoir doit toujours briller au fond de notre cœur ! Et avec mes dessins et autres projets, j’essaye de véhiculer à ma manière ce message aux autres.
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Trias illustre le mois de janvier de notre Clendrier Karoo perpétuel ! Pour retrouver l'illustration commentée par Jérôme Warichet, ça se passe ici ; Karoo consacre également une galerie virtuelle à Trias en ce mois de janvier 2026 : ça se parcourt là.