Enfin des super-héros qui bourrent leur slip de symboles. Lorsque les « sauveurs éternels » deviennent de dangereux criminels, l’éthique pénètre les salles obscures…

 

Les super heroes pourraient ranger leur costume et leurs accessoires. Civil War s’élabore non seulement autour de questions posées à la logique justicière, mais aussi autour de ce qui reste d’humain sous leur cape. Hantés par leur passé et détruits par leur devoir, les héros, symbole ultime des valeurs de justice, perdent de leur superbe.

Partant du constat que les Avengers provoquent trop de dommages collatéraux lors de leurs interventions, les autorités « traditionnelles » leur proposent de signer un accord qui les placerait sous la tutelle de l’ONU1. Deux camps s’opposent alors : les pour, menés par Tony Stark, et les contre, réunis autour du Cap, Steve Rogers.

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D'un côté, le libre-arbitre, de l'autre, le contrôle.

Deux manières d’administrer la justice s’opposent donc. D’un côté, l’évidence du contrôle, qui permet de canaliser certains débordements et de maintenir l’équilibre des forces. Les héros deviennent ainsi des fonctionnaires et s’alignent sur les règles qui régissent les rapports entre êtres humains. De l’autre, le libre-arbitre, qui répond au besoin très héroïque de sauver le plus grand nombre ; avoir son propre champ d’action permet un déploiement efficace sur tous les fronts. Les héros gardent alors leur statut d’êtres d’exception.

La première est donc gouvernementale, limitée par les décisions d’un groupe de dirigeants, manière que nous connaissons tous comme la seule et unique forme de justice valable. C’est ce que nous appelons un système judiciaire, dans lequel des lois régissent les conduites de chacun et en assurent la bonne maîtrise. La seconde correspond à ce désir de justice individuelle, très palpable dans nos sociétés actuelles : à quoi bon faire confiance au système puisqu’il ne résout pas les problèmes comme je le voudrais ?

Quelle est donc la meilleure solution ? La question ne trouvera pas de réponse, même si les super-héros auront vite fait de suivre leur libre-arbitre.

Mais alors, la justice ne doit-elle considérer que les actes ou s’octroyer le bénéfice du doute ? Doit-elle juger uniquement les faits ou revoir son jugement en fonction de circonstances atténuantes ? N’est-elle pas quelquefois contaminée par l’idée de revanche, voire de vengeance ?

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Quand les dieux se déchirent.

En tout cas, celle-ci semblerait alimenter toute forme de justice personnelle. Impossible de passer à côté ; notre propre sens du devoir dépendrait de nos sentiments les plus profonds, de nos peurs, de nos hantises, de nos frustrations. La constatation que le mal n’est pas généré par nous-mêmes est fondamentale dans Civil War ; il est toujours provoqué par quelque chose d’extérieur, d’incontrôlable, qui s’insinue progressivement en nous2.

Enfin (ATTENTION, spoil éventuel !), la grande qualité de Civil War réside en son vilain, un être humain banal, motivé par une vengeance devenue ingérable. Celle-ci devient presque une circonstance atténuante : être mauvais, c’est aussi agir avec de bonnes raisons.

En des termes plus cinématographiques, les deux réalisateurs réussissent à faire rebondir le scénario grâce à ces questions. Ils les répercutent d’un symbole à l’autre. D’abord posées à des super-héros, elles le sont ensuite à des hommes redevenus normaux, et jamais le film ne prend parti pour l’une ou l’autre logique. Le débat reste ainsi constamment ouvert, et crée les rebondissements nécessaires au blockbuster.

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Ce ne sont plus les aventures d’Iron Man et de Captain America que nous regardons, mais plutôt celle de Tony Stark et de Steve Rogers. À nouveau humains, ils cristallisent un ensemble de questions et de doutes qui hantent nos propres sociétés. Le pire, c’est qu’aucun des deux camps n’en sort grandi.

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En savoir plus...

Captain America : Civil War Réalisé par Anthony et Joe Russo Avec Chris Evans, Robert Downey Jr., Scarlett Johansson, Sebastian Stan, Anthony Mackie États-Unis, 2016 147 minutes

  1. Un thème proche de celui exploité dans Batman v Superman. Le signe d’un profond questionnement sur la justice ? 

  2. C’est l’idée du sérum, injecté à James « Bucky » Barnes, qui crée un être puissant, petite main du mal. L’homme devient mauvais parce qu’on le lui a demandé. Parfois l’acte vilain de créer le mal est tellement désiré qu’il provoque quelque chose d’incontrôlable à son tour : c’est le cas des soldats d’hiver.