Le premier long métrage de Wayne Roberts, Katie says goodbye, est l’histoire de la chute de Katie, l’écrabouillage en règle d’un petit moineau inoffensif par une chienne de vie.

Il y a de la lumière. De la lumière partout. Sur le visage de Katie (Olivia Cooke, sublimée), surtout. Le soleil de plomb d’Arizona enlumine le visage rayonnant de la petite serveuse de Diner qui respire le bonheur au milieu d’une poussière de western. La vie n’est pas rose, pourtant, pour Katie, contrairement à son tablier. Dans la roulotte à quai qu’elle quitte chaque jour le sourire aux lèvres, pour longer la route sablonneuse jusqu’au Diner où elle sert, reste sa mère, sans travail et sans volonté d’en trouver. Sans vergogne, Tracey (Mireille Enos, abîmée) attend que sa fille rentre avec sa paie et les bières que Katie ne manque pas de lui ramener, qu’elle lui prépare le souper, voire qu’elle la maquille pour son éventuel rendez-vous bouseux.

Katie est gentille. La quintessence de la gentillesse, même. Elle est toujours de bonne humeur. Ne rechigne pas à la tâche. Pourvoit aux besoins de sa mère. Sans broncher. Solaire, la jeune fille embrasse la vie comme elle vient. Tout sourire, caresse un rêve : quitter son bled pour partir à San Francisco devenir esthéticienne ou coiffeuse. Pour donner du bonheur aux gens. Encore.

Alors, Katie fait des extras. Elle donne du plaisir aux routiers et hommes mariés du bled pour remplir sa boîte à chaussures de petits billets qui lui permettront d’un jour partir.

Puis arrive Bruno (Christopher Abbott), ex-taulard taciturne, beau brun ténébreux aux manières de brute et au verbe absent. C’est le coup de foudre. Katie est amoureuse. Elle plane. Son sourire se fend davantage.

Puis se fige.

Puis se tord.

Puis se mouille.

Le monde qu’elle a chéri jusque là se hérisse et la blesse. De toutes parts, viennent les coups. À celle qui jamais n’en donna.

Katie says goodbye est l’histoire de la chute de Katie, l’écrabouillage en règle d’un petit moineau inoffensif par une chienne de vie.

Le premier long métrage de Robert Waynes, qui signe également le scénario, refuse catégoriquement le divertissement bon enfant qui embaumerait le cœur du spectateur sortant. Il mélange la beauté à la fange, le sexe à l’innocence, l’égoïsme à la bienveillance, dans une triste et cruelle ritournelle d’une simplicité crasse : une serveuse tombe amoureuse d’une brute impassible dans un bled sablonneux dont elle mordra la poussière.

L’idée serait venue d’une image apparue au réalisateur, celle d’une serveuse marchant le long d’une route avec pour seul signe identificateur son badge prénominal. A partir de là, il se serait laissé guider par l’histoire de Katie, Amélie Poulain sauce barbecue au pays des cactus.

La tendresse du scénariste-réalisateur pour son personnage se niche dans ces nombreux gros-plans mouvementés par la caméra à l’épaule, aspirant sa joie de vivre, puis sa douleur, dans une lumière incandescente.

Petit film indépendant bien ficelé, Katie says goodbye a fait près de deux ans de festivals avant d’atterrir dans nos salles, au point de sortir après Ready player one, dans lequel officie également Olivia Cooke, alors qu’il lui est antérieur. On saura gré à Robert Waynes d’avoir poussé plus avant psychologie de son personnage là où la superproduction de Steven Spielberg en manque cruellement. La jeune comédienne britannique illumine ici un film, déjà solaire en soi. Le charme opère. L’empathie prend. Difficile de résister à la bon/eauté du personnage, quitte à en avoir le cœur un peu brisé à la fin. Les autres comédiens ne sont pas en reste, qui ancrent des personnages rudes et (parfois) touchants dans la terre infertile de l’Ouest américain. Sans surprise cependant.

Petit film indépendant bien ficelé, Katie says goodbye a fait près de deux ans de festivals avant d’atterrir dans nos salles.

Katie says goodbye est de ces films qui s’accrochent à la léthargie de petits villages où par définition rien ne se passe et dont les habitants sont ferrés à leurs vies minables dont rien ne viendra les détacher. Il y a la patronne bonne du Diner, la mère chômeuse et égoïste, le garagiste envieux et mauvais, le nouveau venu mutique et rageux. Au milieu, volète une libellule qui doit bien être un peu malmenée. C’est presque trop facile. C’est presque trop cruel. Il ne s’agit que de montrer qu’une libellule ne peut rester intacte dans le monde ingrat qui l’entoure. Il s’agit de pointer tous les projecteurs sur l’insecte étincelant pour faire admirer sa beauté, puis de les éteindre et d’abattre la tapette sans aller jusqu’à la tuer, en laissant le champ libre à une possible résurrection.Tout est très bien filmé. Tout est très bien narré. Et l’actrice principale est parfaitement castée (atout principal du film, on l’aura compris, pour le bonheur unanime de la critique). Mais le film laisse un goût amer en bouche, un goût de poussière désespérante, de pureté déchirée. L’estomac n’y résiste pas, ce qui confirme, sans doute, qu’avant toute chose c’est un film qui fonctionne même si le modus operandi est des plus attendus.

Waynes n’en reste pas là, occupé qu’il est déjà à tourner le deuxième volet de sa trilogie : Richard says goodbye, avec cette fois-ci Johnny Depp en cancéreux en phase terminale.

Cela ne risque pas d’être plus optimiste.

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Katie says goodbye

Réalisé par Wayne Roberts
Avec Olivia Cooke, Mireille Enos, Mary Steenburgen…
États-Unis, 2016
88 minutes