La cinéthèque idéale de Karoo, rythmée par l'érudition de Ciné-Phil RW et contrepointée par d'autres rédacteurs, ce sont cent films de l'histoire du cinéma à voir absolument. Chapitre 1 : les années 1910.

 

D. W. Griffith est-il l’inventeur du cinéma moderne ? Ses deux chefs-d’œuvre, des longs métrages, constituent un diptyque entre lesquels se situe l’an 0 du septième art. L’oscillation entre ces deux films se retrouve dans les classements de l’AFI (American Film Institute) qui classe le premier 44e film américain de tous les temps en 1998 mais le fait disparaître de son top 100 en 2007, le remplaçant par le second, alors classé 49e.

Intolérance est l’un des films culte de mon adolescence, du temps où je visionnais tous les vieux films possibles au ciné-club de la Radio-télévision belge, le vendredi soir, souvent en catimini et au risque de voir débouler ma mère furibarde. Sa reconstitution de Babylone a déterminé des choix de carrière, ma passion pour la Mésopotamie… ou mon plaisir de visionner le film sur le film, Good Morning Babilonia des frères Taviani.

Quant à Birth of a Nation, avec son apologie du KKK (Ku Klux Klan), il fut considéré comme le meilleur film de tous les temps avant de concourir désormais pour le titre de film le plus polémique de l’Histoire.

Au premier regard, deux films aux antipodes, le racisme contre l’humanisme. Au deuxième… Voir deux articles sur Karoo :

Naissance d’une nation (D. W. Griffith, 1915)

Intolérance (D. W. Griffith, 1916)

 

D’autres chefs-d’œuvre sont plébiscités par la critique : le J’accuse d’Abel Gance (France), dans sa version de 1919 ; les Vampires de Louis Feuillade (France, 1915) de préférence, sans doute, à ses cinq excellents Fantômas ou à son Judex.

Il serait judicieux d’y ajouter deux prototypes italiens du long métrage et du péplum, moins pour leurs qualités intrinsèques (quoique) que pour leurs conséquences sur l’Histoire de la Culture, les deux ayant boosté l’envie de Griffith d’oser raconter large : le Quo vadis ? d’Enrico Guazzoni (Italie, 1912) et le Cabiria de Giovanni Pastrone (1914), qui a donné son décor au magnifique musée du Cinéma de Turin, bien des idées à Jacques Martin (BD Alix) ou au grand Fellini (les Nuits de Cabiria)… et l’un de ses premiers super-héros au cinéma, Maciste (des dizaines de films suivront !).

Enrico Guazzoni, Quo vadis ?

 

Le coin des contrepoints

Thierry Defize : l’Étudiant de Prague est une merveille ! Mais j’ai un doute : ai-je vu l’original de 1913 (Allemagne, Stellan Rye et Paul Wegener) ou son remake de 1926 (All., Henrik Galeen) ?

Daniel Mangano : Cabiria effectivement, mais aussi les Derniers Jours de Pompéi (1913, Caserini), un autre péplum. Peut-être des futuristes (Bragaglia, Thaïs, 1917). Les films de Tom Mix, dont le cheval a dû inspirer Morris pour Jolly Jumper.

 

Who knows ?

L’expression le septième art naît en deux temps via un critique franco-italien, Ricciotto Canudo, qui salue la naissance du cinéma comme… sixième art en 1911, ce qui est déjà l’élever au rang d’art, avant d’apprendre à calculer/préciser sa pensée hors Hegel (qui avait proposé une liste de cinq arts), militant pour un… septième art en 1923. Les autres arts sont l’architecture, la sculpture, la peinture/les arts visuels, la musique, la poésie/littérature (tous cités par Hegel vers 1835-1838) et les arts de la scène (danse, théâtre…) oubliés par le philosophe allemand.