Quelques ingrédients atypiques et une bonne dose de décalage dans une campagne hennuyère des plus banales : François Bierry nous parle d’amour, mais à sa manière.

Tout commence par une tronçonneuse. Un truc crasseux, presque pourri, crachotant, qui répond au doux nom de Solo. Et quand Erik décide de réveiller sa vieille amie et de lui vider les poumons, il met aussi en route tout le mécanisme du film. Erik a un cheval et une tronçonneuse. Ah non, pardon, une jument. Il a un métier, mais on ne sait pas bien quoi. Jusqu’au jour où Solo tombe malade et qu’il part à la recherche d’un remède. En chemin, sa solitude croise par hasard une fanfare. Rien n’évoque alors que leurs destinées respectives viennent de se nouer... Accoudé à son bar habituel, Erik ne va pas tarder à voir à nouveau arriver les trombones et les tambours. Et Kevin, par la même occasion.

Cet adolescent, amoureux désespéré et timide maladif, comprend que la jument d’Erik est son dernier espoir pour conquérir sa Dulcinée. Il provoque alors une sorte de dette entre le mercenaire et lui. S’ensuivent une série de mésaventures loufoques, de maladresses, de situations caduques et burlesques qui impliquent autant l’homme que l’adolescent, et qui les lient intimement l’un à l’autre.

Solo-Rex

À côté de cette lecture, le film porte tout de même en lui quelque chose de plus symbolique. La fanfare, par exemple, représente une forme de chamboulement de l’ordre établi. Le quotidien solitaire d’Erik va être bouleversé par l’arrivée de ce brouhaha incessant, symbole de la vie bruyante et mouvementée de la société. Kevin devient un moyen d’exister pour l’homme qui va l’aider à résoudre son problème tant bien que mal, avec maladresse. Quant à Erik, il permet à l’adolescent de sortir de ses limites et de s’accepter en tant que personne. Une véritable affection, certes vache et étrange mais bien présente, va naître entre ces deux personnages atypiques. Elle est en outre remarquablement rendue par le montage et la composition des images, souvent figées ou peu vivantes1. Les situations étranges sont d’ailleurs le terreau des sentiments, et l’insulte l’essence de la motivation.

Ce qui est aussi très drôle, c’est cette preuve par l’exemple que la séduction d’antan est plus efficace que la drague virtuelle d’aujourd’hui. Erik conseille son poulain avec des manières malhabiles, démodées, hors du temps. Et pourtant, celles-ci fonctionnent. Rex, c’est un peu le dernier cowboy, âme libre et aventureuse, justicier des cœurs.

La tronçonneuse a elle aussi une signification profonde, celle de la rupture et du changement, ainsi que du surpassement de soi pour l’autre. Elle inaugure les quelques vingt-deux minutes d’images, et annonce d’emblée que nous ne regarderons pas une réalisation traditionnelle. Soyez-en certains, ce film va rompre avec vos habitudes !

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Solo Rex Réalisé par François Bierry Belgique, 2014 Avec Wim Willaert, Lucas Moreau, Garance Marillier 23 minutes

  1. Certains plans résonnent avec le travail de Wes Anderson.