Thierry Defize n'est pas que rédacteur sur Karoo, il est aussi l’initiateur d’un ciné-club à la programmation pointue. À l’occasion de sa soixantième séance ce jeudi 5 février, il nous parle de ses choix, et nous invite à venir jeter un œil, voire deux, aux films qu’il propose lors de son rendez-vous mensuel à l’athénée Bracops-Lambert d’Anderlecht.

Comment est née l’idée de ce ciné-club ?

Thierry Defize © Hugues Helbo
Thierry Defize © Hugues Helbo

J’enseigne l’espagnol et le français mais je me sens avant tout artiste, poète. Je traduis de la poésie (notamment espagnole et catalane) et surtout j’en écris… L’art au sens large est poésie, et je fais tout — dans l’(im)modeste mesure de mes moyens — pour que la vie soit, loin de toute mièvrerie, poétique. La naissance du ciné-club de l’ABL correspond à un désir lentement mûri de partager ma passion intime pour l’art.

J’ai commencé par un atelier d’écriture. Ensuite, l’idée d’ouvrir le champ immense de l’imaginaire cinématographique à des adolescents motivés… et à quelques adultes, s’est imposée. Premier film projeté : la Nuit du chasseur de Charles Laughton, précédé d’un court métrage de Norman Mac Laren, l’un des réalisateurs « fétiches » du ciné-club… Et nous en sommes à la soixantième aujourd’hui, quelque six ans plus tard… Dès le début, le rêve a pris, et le public, plus ou moins nourri (entre sept et cinquante personnes ; en général une vingtaine), n’a jamais manqué à l’appel.

Vous visez donc un public plutôt jeune, voire scolaire ?
Le ciné-club est radicalement non scolaire dans un espace scolaire. Il se veut déroutant, inquiétant, et réjouissant. Les publics visés sont : les élèves, toutes classes confondues, mais surtout de la troisième à la rhétorique ; leurs amis, leur famille ; les collègues enthousiastes (il y en a qui sont presque aussi réguliers que moi) ; les amis, parmi lesquels je compte les anciens élèves ; et les amis d’amis. Bref : que du beau monde.

Comment se déroulent vos séances ?
Tout commence à 18 h 301 par une brève présentation de l’œuvre : quelques pistes pour stimuler la curiosité. Ensuite, on passe un court métrage, souvent expérimental (George Barber, Luis Buñuel, Marcel Duchamp, Peter Fischli, Peter Greenaway, William Klein, Chris Marker, Jan Svankmajer parmi beaucoup d’autres). Enfin, vers 18 h 45, on lance le long. Il va sans dire que tous les films sont proposés en version originale sous-titrée.
Parfois, au terme des projections, une discussion s’amorce. Dans tous les cas, la soirée se passe délicieusement.

Un ciné-club qui va donc au-delà de la projection... Par ailleurs, avez-vous un genre de prédilection ? Que privilégiez-vous dans vos choix ? Des films plutôt consensuels, ou essayez-vous d’ouvrir la discussion avec des films plus controversés ?
Je n’aspire certainement pas à être consensuel. Par ailleurs, je n’ai pas de style de prédilection mais j’aime avant tout le rythme au cinéma, du plus trépidant au plus extatiquement lent… Dans mes films préférés, je citerai les Lumières de la ville de Chaplin, l’Évangile selon saint Matthieu de Pasolini, Colonel Blimp de Michael Powell et Emeric Pressburger, Au hasard Balthazar de Robert Bresson, les courts métrages de Youri Norstein, parmi cent autres… Dans tous ces exemples, c’est la forme-sens qui prévaut.

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Je ne choisis pratiquement que des œuvres majeures dans tous les styles et de toutes les époques. Beaucoup de grands classiques (de Fellini, Mizoguchi, Mankiewicz, Bresson, Clouzot, Pasolini, Kitano, Chaplin, Cissé, Godard, Edwards, Rozier, Keaton, etc.) mais aussi parfois des merveilles moins connues. Deux exemples parmi mes coups de cœur : Mods de Serge Bozon et le Serviteur de Kali d’Adoor Gopalakrishnan.

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Je ne cherche pas la polémique mais je ne l’évite pas, pourvu que le film soit de haute qualité. Le fond, c’est la forme, et tant qu’à parler de violence brute, autant passer l’admirable Elephant de Gus Van Sant…

En pratique, où le ciné-club a-t-il lieu, et à quelle fréquence ?
Au premier étage de l’athénée Bracops-Lambert, 78 rue de la Procession, à Anderlecht (la station de métro Saint-Guidon est à deux minutes à peine).
Les projections sont programmées environ une fois par mois (une dizaine de séances par an). Pour être plus précis, j’ajouterai que les séances ont lieu dans une salle de classe, et que les projections se font sur un écran interactif. La qualité est correcte et les sièges sont confortables. L’ambiance fait le reste.
J’oubliais : l’entrée est gratuite ! Il existe aussi une page Facebook pour être tenu au courant de nos activités : Ciné-club ABL.

La prochaine séance aura donc lieu le 5 février à 18 heures, à l’Athénée Bracops-Lambert (78 rue de la Procession à Anderlecht, pour ceux qui ne l’auraient pas déjà noté). Il s’agira de la soixantième. Pour fêter cela, un apéritif est prévu avant le début des projections.
Au programme : des courts de Tex Avery, Jean Painlevé, Nicolas Philibert, Alfred Hitchcock, ainsi que trois œuvres surprenantes de la nouvelle animation japonaise. Le tout s’achèvera par le Sherlock, Jr. de Buster Keaton.
Il vous y attend nombreux et Karoo y sera !

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  1. Sauf les séances spéciales comme celle du jeudi 5 février, où l’on attaque dès 18 heures car on boira une petite coupe entre les projections