Surface de réparation d’Olivier El Khoury parle d’un footeux qui semble foutu : une plume simple, vraie et fleurie, mais tendre dans sa patte. Et si le personnage est un macho a priori sans profondeur, on s’y attache pourtant. Peut-être parce que, de façon incompréhensible, il nous ressemble.

J’ai rencontré Oli à un concours de nouvelles à Louvain-la-belle, il y a trois ou quatre ans maintenant. La dernière fois que je l’ai vu, c’était à la Maison de la poésie de Namur, ambiance chaleureuse comme cette ville sait en offrir entre les tintements de verres et les bruits de succions qui faisaient résonner des centaines de bises.

Olivier El Khoury.

Comme dédicace, il a écrit : « On en a fait du chemin depuis le concours de nouvelles. » C’est vrai : moi littéralement sur notre planète et lui littérairement sur la sienne. C’était le jour de mon anniversaire et j’avais juste envie d’être là, de voir un copain présenter son bouquin. C’est quand même un accomplissement, un livre, et quand on connaît l’auteur, c’est presque accessible comme ambition. Le titre ne me charmait pas, les quatorze balles non plus et puis Oli est monté sur scène, en toute simplicité. Il parlait au journaliste qui présentait la rencontre comme à un pote et nous on riait, nous on se taisait et puis on riait encore. Simple, le bonhomme, c’est vraiment un mot qui lui va bien avec sa silhouette longiligne et sa casquette Nike vissée sur sa tête de gosse barbu.

Son livre parle d’un footeux qui semble foutu ; sa plume est simple, vraie et malgré le vocabulaire fleuri, il y a quelque chose de tendre dans sa patte. Le personnage est un macho a priori sans profondeur et pourtant, on s’y attache, on veut qu’il lui arrive des choses cools, peut-être parce que, de façon incompréhensible, il nous ressemble. J’attends place Fernand-Coq devant un de ces cafés branchouilles de la capitale, un repère pour complotistes bobo-hipster et je vois le type débarquer. On s’assied en terrasse, il fait bon, il fait doux, il pose son paquet de clopes sur la table et on attend la bière pour commencer. « C’est malheureux, mais je serai plus à l’aise avec une pinte en main », a lâché l’auteur de Surface de réparation avec un sourire qui fait ferait fondre même la plus grosse lesbienne dur à queer.

 

Oli, on parle souvent de toi ces temps-ci, je vois ta tronche partout. Chacun y va de son adjectif, mais toi, si tu devais te présenter, tu le ferais comment ?

Un mec normal…

Tu ne te dis pas écrivain ?

C’est prétentieux de se présenter comme un écrivain…

Pourquoi ? Il y en a bien qui disent : « Je suis médecin », « Je suis ébéniste » et ça n’est pas prétentieux…

Oui mais je n’ai rien fait d’exceptionnel, et ça ne me fait pas bouffer.

Oui mais tout le monde n’écrit pas de bouquins, c’est un travail, c’est comme accoucher...

[Il réfléchit, je m’entends enfoncer les touches de mon clavier et ça fait un bruit de rats qui grignotent.] Oui mais accoucher, tout le monde sait le faire.

Non, pas les mecs.

[Il rit. Son téléphone sonne, c’est sa meuf. Elle lui rappelle l’heure de son match de foot. C’est un deal, il a promis d’aller la voir jouer.]

Elle commence quand l’histoire ? Quand est-ce qu’on se dit, maintenant je me lance ?

[J’avoue que là, j’ai l’impression d’être un gosse, à imiter les roi de la téloche comme Léa Salamé. Je suis même tentée d’emprunter un petit accent français.] Je n’ai pas fait d’efforts, c’est pour ça qu’ « écrivain », c’est prétentieux. C’est un pote qui m’a dit que j’avais une chouette plume, que je devais en faire quelque chose. Je lui ai dit d’arrêter ses conneries. Puis il m’a parlé de ce master de création au Havre. Je ne savais pas ce que c’était, j’ai fait des études de communication, sans que ça ne m’offre de perspectives excitantes. Donc ça s’est enchaîné assez naturellement : dans ce cadre, tu es avec des gens qui écrivent, tu rencontres ceux qui en ont fait leur métier et tout ce contexte aide. Au Havre, je pouvais développer une créativité, ce qui n’était pas le cas dans un autre contexte : le cadre académique m’avait fait chier durant mes études précédentes. À la base, ce livre était mon travail de fin d’études et le jury a dit « c’est d’la balle » je veux le publier.

Attends, tu viens de faire un jeu de mots ou pas là ?

Hein ? tu dis ça à cause du titre de mon blog ?

Non, je disais ça pour la référence au foot, j’ai pris ça comme un clin d’œil au livre.

J’avais un blog, « Que dla balle », mais je ne l’alimente plus. Ce sont des critiques de films, mais pas de façon scolaire, c’est la façon d’en parler qui m’excite. C’est une façon de faire un pied de nez au terme « critique ». C’est à l’arrache, sans prise de tête, sans regard savant car je n’y connais rien en cinéma, mais je voulais les transmettre sur un chouette ton. Ça change de l’académisme un peu pompeux qui me fait chier souvent.

Faut faire les choses avec sérieux sans se prendre au sérieux... Je pars du principe que si tu espères trop, ça n’arrivera pas. Sans ambitions, elles s’atteignent. Il y a trois ans, tu m’aurais dit que j’écrirais un livre, je t’aurais dit : « T’es fou. » J’aime parce que ça fait partie de mon identité mais le côté succès me fait pas vivre. L’écriture me construit mais le retour, même s’il me fait plaisir, c’est pas un truc qui me remplit. Le succès je le savoure mais je le relativise à mort, il n’y a rien d’exceptionnel, j’ai pas encore de raisons de me prendre la tête. Je suis maladroit avec les critiques positives : je suis content de les recevoir mais je ne sais pas comment faire. Je ne sais pas si ça fait de moi un fils de pute.

Pourquoi ?

Je vais te raconter une anecdote : j’avais dragué une meuf maladroitement sur Facebook. Je l’ai abordée mais elle n’était pas réceptive. Je lui ai dit : « La beauté, c’est susciter les compliments, et le charme c’est être capable de les recevoir. » Le mec se ramasse un râteau mais il reste philosophe. Perdre son honneur avec humour, je suis partisan, quand chacun a son armure, on entend que des bruits métalliques.

C’est un peu comme ton personnage, du coup. Oli, il y a une question qu’on me pose parfois sans que je ne sache vraiment répondre : comment écrit-on ? Avec quoi ? Des tripes, du talent ou de la sueur comme dirait Brel ?

Un mec m’envoie un message sur Facebook, il voulait écrire. Mais il ne savait pas de quoi parler, ça m’a interpellé parce que pour moi, si tu écris, c’est que tu as des choses à dire : frustrations, adorations, moments… des choses qui m’atteignent et c’est comme ça qu’elles finissent sur une feuille. Le coup de : « je veux écrire, mais j’ai rien à dire », je ne comprends pas. Il n’y a pas de logique, écrire est ma seule façon de m’exprimer. Je suis une éponge, et quand quelque chose me touche ou me frustre…

Quelles frustrations, par exemple ?

Bah genre quand j’ai écrit mon bouquin : j’étais frustré des résultats de mon équipe de foot et j’étais frustré d’être frustré et puis s’ensuivit une période de célibat et j’avais de la rancœur à l’égard des filles. J’étais fâché contre moi car elle était illégitime évidemment, je n’avais pas à la ressentir. Ça me rapproche de mon personnage, mais du coup j’ai du mal à mettre la limite entre lui et moi. Pour tout un tas de questions, je ne m’y identifie pas mais parfois la réalité prend le pas sur la fiction et la fiction parfois, prend le pas sur la réalité.

Mais comment tu veux te distancer car il est sorti de ta tête, tu parles en « je » et c’est un mec.

Oui je suis d’accord mais parfois j’ai du mal à savoir ce qui, dans les épisodes relèvent de faits de ma propre vie. Genre pour la frustration, je ne sais même plus si je l’ai vraiment ressentie. Avec le temps, la barrière s’effrite.

Tu ne penses pas que Freud dirait que ce mec, c’est un peu ton subconscient ? Celui qui est là, quand l’armure tombe ?

Il y a une confusion qui s’installe : c’est intéressant mais je le découvre en t’en parlant. Peut-être réalité, peut-être fiction. Pour finir de répondre à ta question, la phase d’écriture quand elle est survenue a été assez courte. Je l’ai écrit en trois-quatre mois.

Durant cette période, tu ne t’imprègnes plus ?

Attends, je dis ça mais je l’ai utilisée qu’une fois cette méthode, dans un contexte universitaire, donc je ne sais pas. Comme je n’écris plus rien, j’essaye de me convaincre que je suis dans ma phase d’imprégnation. Mais y a une nécessité de pratiquer sa plume car ici je veux m’y remettre et je n’y arrive pas.

Oui mais ça, c’est comme quand tu es en blocus et que c’est fini, tu n’arrives pas directement à retravailler, c’est normal non ?

Oui mais ça fait un an que je ne sais plus sortir quelque chose d’assimilable à un roman ou à une nouvelle donc je fais autre chose pour entretenir : des critiques ou même du rap pour déconner avec un pote.

Tout le monde peut écrire ? Moi par exemple j’adore chanter mais je ne sais pas le faire.

Tout le monde peut écrire mais tout le monde ne sait pas le faire correctement, comme toi, tu chantes sous ta douche mais ça ne veut pas dire que tu peux aller à The Voice. Mais je crois que chacun à une façon talentueuse de s’exprimer. Après les gens ne se réalisent pas toujours et parfois ils ne se découvrent jamais vraiment, mais je crois qu’ils ont ça en eux. À partir du moment où tu fais un truc qui te fait vibrer, c’est du talent. Moi qui ai horreur de la violence, je pense que les gens violents n’ont pas encore découvert leur façon d’exprimer leur talent.

Mais dans ton livre, le père est respectable et quand on parle de foot, il devient violent pourtant il a son talent, lui : il est cardiologue.

Oui mais y a une différence entre avoir une passion et admirer ceux qui l’ont.

Désolée, mais ça me brûlait la langue : à quel point le personnage est calqué sur toi, ta vie, ta famille ?

Pour moi, ce n’est pas une question intéressante parce que quand j’ouvre un bouquin, je me pose rarement la question. À partir du moment où il est écrit « fiction » ou « roman», la question n’a pas lieu d’être. Je comprends si ce sont des gens qui me connaissent et qui se demandent alors ce qui est vrai ou non, et ça me fait marrer. Parfois on est sur la tangente : mon personnage est un chien avec les filles et là, c’est moins gai parce que là on te juge négativement parce qu’on pense te connaître en t’assimilant à ton personnage. Sur des valeurs plus sensibles, pas des détails, tu as envie qu’on te considère pour ce que tu es toi et pas pour ce qu’est ton personnage.

Tes inspirations ? Tu as dit, l’autre fois (Maison de la poésie à Namur, 22 août 2017), que c’était les auteurs américains si je ne me plante pas… Du coup, quoi ? Bret Easton Ellis comme Beigbeder ? Je te préviens, j’ai commencé American psycho, c’était si sanglant, vulgaire et machiste que j’ai refermé le bouquin de dégoût !

Bret, oui, mais il y en a un qui m’a vraiment inspiré, c’est Charles Bukowski parce que quand j’ai commencé à écrire, j’ai un peu fait du mimétisme. Il m’a ouvert sur un certain style qui peut être de la littérature, le côté brut, vulgaire, looser, amer. Et ça, ça m’a plu, l’anti-héros, pas d’exemplarité alors que j’ai toujours cru qu’on devait être des héros. En fait non. Mais dans anti-héros, il y a quand même héros, tu peux réussir ta vie sans… Après il y a des inspirations subconscientes comme John Fante et son Eureka Street qui est juste génial. Il y a Raymond Carver aussi. Céline, c’est le seul Français qui revient : il sait mettre par écrit un langage oral, ce qui n’est pas facile. On ne sait généralement pas avoir une langue incarnée dans un bouquin alors que lui y arrive : c’est un tour de génie, c’est un des seuls mecs qui a réussi. Il a une précision des mots et l’art de décrire la crasse et la misère.
Le rap est aussi une grosse forme d’inspiration, je pense. On m’a déjà dit que je mettais apparemment du rythme dans mes phrases mais c’est issu du rap. C’est le sens de la punchline et moi j’aime bien faire des phrases qui claquent, celles sur lesquelles tu reviens en disant : « Putain c’est bien dit ! » J’aime les rappeurs qui y arrivent. J’écoute beaucoup les gens qui font des cent cinquante vues sur Youtube ou alors PNL, quand tu creuses, tu finis par aimer leur univers.

Je t’avoue que je suis moins sensible au rap même si c’est un peu cliché. C’est le côté machiste et bling-bling à la Booba par exemple.

Booba, je lui laisse le bénéfice du second degré, je ne peux pas croire que quand il dit « je fais des roues arrière dans le cul de ta madre », il le pense vraiment. Pour moi, c’est un personnage.

Tu ne penses pas que justement avoir un talent nous rend responsable de tout ce qu’on dit surtout quand on a du succès auprès d’un public plus jeune par exemple ?

En ce qui me concerne, ce serait prétentieux qu’un mec super paumé comme moi puisse s’ériger en modèle : je ne me sens pas cette responsabilité. Je m’en sens incapable. C’est à ça que sert la diversité dans la culture et dans la littérature : tu dois pouvoir créer un équilibre dans ce que tu lis et je pense que les gens sont ouverts. Je ne considère pas que les rappeurs doivent éduquer les jeunes, c’est aux parents de leur inculquer l’ouverture d’esprit. Il faut un recul critique. L’importance de la variété.

Malheureusement souvent dans certains milieux, les jeunes n’ont pas forcément accès à cette éducation, à la diversité culturelle et les parents n’ont pas la capacité de le leur offrir. Au regard de ça, je trouve que les rappeurs ont encore une plus grande responsabilité car leur influence est décuplée. À cet âge, on fait rarement la part des choses.

C’est évidemment hyper-dommage que tout le monde n’ait pas cette opportunité mais n’empêche, ce n’est pas à l’artiste de le subir ou d’anticiper.

Non, vas-y.

C’est un album et un mec, un peu… pas nihiliste mais contre la pensée courante. Pas gratuitement pourtant et ce concept de « noblesse de l’échec », ça incarne toutes les façons d’exister hors du carcan que certains essayent d’imposer , la réussite notamment : prof, social, économique. Il y a une noblesse à parvenir à s’épanouir là où la majorité ne l’attend pas.

Je considère par exemple, sans prétention et sans cracher sur un certain mode de vie, être plus vivant au chômage que certaines personnes qui brassent du pognon, ont un job qui leur confère un statut etc… Le chômage est censé être un échec, et là je trouve qu’il y a quelque chose de noble, si tu sais te nourrir d’autre chose, si tu fais du bénévolat, que tu développes ton esprit critique… Ce sont d’autres réussites que de trouver un boulot. Ton échec social est quelque chose de noble et peut être perçu comme une réussite dans ta propre vision des choses. C’est la possibilité d’être autre chose que ce qu’on attend de nous et qui me plaît. J’espère que je ne sonne pas trop bobo gaucho…

Je lui parle de mes errances sur le globe, « le globe » pour que ça sonne poétique, de mon retour, de ma recherche d’emploi et de cette impression d’être en chute libre...

Tu vois, tu peux parler de remonter, sortir de sa zone de confort, c’est positif, c’est une ascension je trouve ! Après, mon daron, tu lui parles de noblesse de l’échec, il va te dire : « je sue comme un veau » : il a assimilé l’idée de réussite, et je la respecte sans la partager. C’est peut-être aussi de la facilité de se conforter dans ma philosophie, je ne sais pas si je suis un mec plein de convictions ou un lâche qui se débine.

PNL a sorti : « Je fais le tour de ta vie, je m’emmerde et je reviens à la mienne. » Si j’avais correspondu aux attentes, je me serais emmerdé et je me préfère maintenant, pour le moment. On verra dans quelques mois... sans prétention hein ! Lui  le dit par mépris, moi je le fais sans prétention et je lis cette phrase dans l’idée de ce que je te disais.

Tiens, un autre truc sur la noblesse de l’échec : la machine médiatique t’oppresse, ils attendent certaines réponses, t’as trois minutes et tu voudrais t’épancher plus mais il n’y a pas le temps, c’est dommage. La semaine dernière, j’étais à Paris : je comprends , il y a un chrono et si tout le monde s’épanche, ça ne va pas... « La noblesse de l’échec », je l’ai citée avec tendresse et sincérité mais personne ne m’a pris au sérieux. Les gens ont ri. Je n’ai pas su étoffer le propos et personne ne m’a compris.

Namurois, ce terme revient souvent quand on te décrit, que ce soit dans les journaux ou encore chez Filigranes. Tu revendiques la connotation d’auteur belge bien qu’exilé en France depuis deux ans ?

Tu me parles de Justine, c’est une grande, je suis pas un grand moi (il s’esclaffe). Je te raconte une anecdote. J’ai un pote qui est parti en Gaspésie en stop et les gens te demandent moins ce que tu fais dans la vie, moins qu’en Europe. Je raconte ça parce que de façon générale, on me demande rarement d’où je viens mais depuis que j’ai écrit ce livre, je ne comprends pas l’obsession qu’ils ont tous à me demander d’où je viens. C’est pas moi qui mets en avant le fait d’être Belge et Namurois, même si j’en suis très fier. Bien sûr, c’est inévitable de parler et d’apprécier des choses que tu connais depuis longtemps. J’ai vécu au Havre deux ans, c’est une ville dégueu mais tu finis par l’apprécier. J’ai vécu vingt-cinq ans à Namur, d’office que je suis tombé amoureux ! C’est comme un chien que tu n’aimes pas au début mais auquel tu t’attaches après dix ans, même si Namur n’est pas ce chien. Elle est vivante, chaleureuse, à taille humaine, comme la Belgique et c’est ça que j’apprécie. Maintenant je vis à Bruxelles, j’apprécie énormément et je sais que je vais y rester un petit temps, mais à terme je pense que je retournerai à Namur. Le fait de vivre à Bruxelles me fait apprécier le côté village de Namur, même si par rapport à d’autres capitales, c’est un village convivial.

Je suis fier d’être Belge, on est appréciés à l’étranger : il y a le côté infect de la réputation avec l’accent mais le Belge abat plus rapidement les barrières que les Français. Rapidement ils réalisent que ce côté bébête et crétin est un cliché et leur condescendance se transforme en tendresse sincère. L’humilité et l’autodérision sont très belges aussi. Il faut l’un pour avoir l’autre.

Que penses-tu du potentiel créatif de ce pays ?

Ouh ! Je coince… je ne m’y attendais pas. Franchement, je pense qu’il n’est pas plus important que dans un autre pays mais pas moins non plus. Attends, je vais essayer de développer ça. En Belgique, tu as autant de diversité qu’en France, sur un plus petit espace, et c’est ça qui provoque l’inspiration. Plein de cultures, trois langues, mer et collines, il n’y a pas de raison qu’on aie moins de potentiel ! Mais c’est valable pour pas mal de domaines, pas juste pour la créativité : regarde au foot, mes amours. On a une équipe qui pèse autant qu’en France alors que la surface en France est plus grande. Tu te dis qu’il doit y avoir plus de talents ? Mais non ! On n’a pas de complexes à avoir. C’est assez équivalent.
Je t’avoue que je n’y avais jamais pensé. Je trouve qu’en Wallonie, on n’est pas assez fiers donc on se réfère beaucoup à des célébrités françaises par exemple. Alors qu’en Flandre, par exemple, ils ont les bekennede Vlammingen. Je pourrais à peine te citer trois auteurs belges alors que je peux te citer une chiée d’Américains et de Français. On ne regarde pas assez sous nos yeux. Le potentiel créatif est là, à nous de savoir l’apprécier. 

L’écriture permet de te découvrir et de mettre le doigt sur des sensibilités que tu ne soupçonnais pas. Mon personnage est un arabe, les autres le voient comme ça et on m’a beaucoup demandé si je me sentais libanais ou étranger, et je n’ai jamais réalisé que ça me taraudait. Mais de l’avoir écrit, je me suis dit que ça me turlupinait peut-être plus que ce que je pensais. Je me construis via ce trait-là beaucoup plus que je pensais et je l’ai réalisé avec ce livre.

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Surface de réparation

Olivier El Khoury

Éditions Noir sur Blanc, 2017

160 pages