La même semaine, Tuxedomoon se produisait aux Ateliers Claus et Lee Fields allumait la scène du Reflektor. Point commun entre ces deux concerts ? L'âge du capitaine...

Mercredi 11 mai 2016. On commence par se rendre aux Ateliers Claus, haut lieu des musiques alternatives à Bruxelles, pour assister à l’un des trois concerts de Tuxedomoon en trois jours. On s’y retrouve, un peu étonné quand même, parmi les plus jeunes dans la salle — ça nous change d’être devenu parfois le vieux de service. Oui, Tuxedomoon, c’est déjà de l’histoire ancienne : le groupe s’est formé à San Fransisco en 1977 avant d’émigrer début des années 1980 en Belgique, où il signe avec Crammed Discs, le désormais légendaire label de Marc Hollander.

[youtube id="_YfFM3BTGPU" align="right" maxwidth="450"]Tuxedomoon, c’est un peu le casse-tête du critique musical. Insaisissable, leur musique traverse tous les genres ou presque. On appelait ça la No Wave à l’époque, tandis que depuis les années 1990 on parle de post rock. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on s’en fout un peu de leur coller une étiquette. Tuxedomoon fait du Tuxedomoon, tout simplement, et le concert de ce soir-là le confirme bien. On passe d’une ambiance à l’autre, tantôt planant dans un film de Wim Wenders, tantôt croisant Père Ubu ou le Velvet, une dose de rock, une louche de vieux boum-tchak, une envolée jazzy : c’est définitivement de la musique américaine et c’est donc parfaitement bruxellois.

Soirée impeccable pour les oreilles donc, même si on repassera un peu pour l’ambiance : pas vraiment des causeurs, les vieux de la vieilles. Heureusement, le public prend son pied et savoure des morceaux qui s’apprécient d’autant mieux en live — pour être franc, écouter Tuxedomoon à la maison m’a toujours un peu ennuyé au bout de quelques morceaux. Et puis surtout, quel bonheur d’assister à un concert sans avoir la vue massacrée par des portables occupés à filmer ce qui doit se vivre. En tant que jeune vieux, ça fait du bien de revivre ça !

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Lee Fields, a faithfull man... Until he met her !

Vendredi 13 mai 2016. On reprend le chemin de la vieille école en se rendant à Liège : direction le Reflektor où, dans le cadre du festival Jazz à Liège, l’immense Lee Fields débarque avec ses Expressions. Précisons directement que la musique de Lee Fields n’a rien à voir avec le jazz, mais soit, passons, et profitons-en pour découvrir sur scène l’un des meilleurs chanteurs de blues-soul des trente dernières années.

On en profite aussi pour découvrir le Reflektor, nouvelle salle ouverte il y a un an dans le bâtiment de l’ancienne piscine de la Sauvenière. Le lieu est plutôt séduisant : un beau petit club tout en longueur capable d’accueillir six cents personnes dans une ambiance chaleureuse. Parfait pour le programme de ce soir-là, qui commence en notre absence par le concert de La Jérôme1, dont on me dira le plus grand bien. Dommage d’avoir raté ça...

Quand j’entre dans la salle sur le coup de 23 h 30, c’est un public conquis qui trépigne impatiemment. Tout le monde ou presque sait ici à quoi s’attendre. En quelques albums, et surtout depuis My World en 2009, Lee Fields & the Expressions font figure de hérauts d’un genre désormais affranchi de toute temporalité, ce R’n’B version James Brown qui mélange la soul, le blues et le funk. En quelques secondes, les Expressions sont en place et c’est comme un flash qui nous précipite au cœur du groove : très impressionnant, le métier des six musicos présents sur scène se fera sentir tout au long d’un concert réglé comme une horloge suisse, mais bouillant comme la Nouvelle-Orléans un soir d’été.

C’est bien entendu la voix de Lee Fields qui emporte les corps et les cœurs : incroyable entertainer et authentique soulman, il alterne les titres up-tempo et les ballades déchirantes. On danse sans réserve, le sourire aux lèvres et on a la banane du siècle, la pêche extra-juteuse du meilleur funk. Puis, les minutes suivantes, ce sont chacun des poils du corps et tous les cheveux du crâne qui se hérissent lorsque Lee hurle son désespoir amoureux. On a chaud, on est bien, et ça pourrait durer comme ça toute la nuit ! On se contentera d’une bonne heure et demie, mais peu importe, le cœur semble sur l’instant regonflé à bloc pour toute une vie. Thanx guys !2

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  1. La Jérôme remplaçait au pied levé la grande Naomi Shelton, malheureusement souffrante. 

  2. Bon, pour les aficionados, les vrais, on regrettera quand même que Lee Fields ait oublié de Wish You Were Here et Ladies, mais c’est là qu’on se rend compte qu’il s’est constitué un fameux répertoire pour se priver de tels morceaux !