C’était un 22 mai 2016. Le même soir, Suuns jouait à la Rotonde. Le regret de ne pas y assister avait alourdi mes pas. J’ai donc gagné le Cirque royal, sans grande conviction. Jusqu’à ce que…

Après un DBFC limité à l’envie de réinsérer quelques désuétudes synthétiques, Jeanne Added, belle et sincère, a réussi à nous faire danser sur quelques ambiguïtés.

Plusieurs choses m’ont fasciné. La première, le mélange entre une insouciance presque adolescente et un esprit de revendication. Alors qu’elle saute, danse et harangue le public, elle s’exprime à coups de poings sans buts et autres démonstrations vocales, puissantes et frontales.

La basse n'est pas qu'un instrument d'appui, elle est aussi un outil percussif et agressif qui génère cette énergie revendicatrice.
La basse n'est pas qu'un instrument d'appui, elle est aussi un outil percussif et agressif qui génère cette énergie revendicatrice.

La seconde, l’impression d’assister à un DJ set alors qu’aucun des morceaux joués n’en a (tout à fait) l’habillage sonore. Mais l’énergie est dense et matraque des dance beats irrésistibles. Elle a d'ailleurs réussi là où The Do avait raté le coche. Dan Levy s’entend dans la production de Be Sensationnal ; pour son propre projet, il avait produit un disque dansant et plus électro, tout en maintenant un son organique dans ses arrangements. Il a suivi cette voie pour le disque d’Added. Mais pour nous faire danser sans hésiter, il a manqué à The Do la volonté de se mettre à nu, ce que notre héroïne du jour semble ne pas avoir oublié.

Et puis il y a ce paradoxe entre un ton essentiellement sombre, froid et martial, produit par d’épaisses nappes de synthés légèrement désaccordées, et une chaleur organique et dansante inhérente aux beats, au grain naturel des différents sons et à la sincérité de Jeanne Added. Notons cette guitare basse, moins grave que percussive, qui ne vient ponctuer que deux chansons et la reprise finale d’un morceau des Breeders.

Il faut d'ailleurs rappeler l’irréprochable exécution de A War Is Coming, apogée de la première demi-heure. La guerre est bel et bien passée, et elle a tout dévasté. Habillées de lumières rouges, la tension et la martialité du son en auront chamboulé plus d’un.

Et enfin, la simplicité. À une fille au premier rang, prête à filmer la prochaine chanson : « Ooh mais non, reste avec nous ! » Jeanne Added m’aura finalement donné une belle leçon d’humilité et de bonnes raisons de la quitter le sourire aux lèvres. 

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Be Sensational Jeanne Added Naïve Records, 2015