Bonheur de retrouver le 18 novembre dernier, sur la scène des Ateliers Claus (Saint-Gilles), Dagmar Krause — une des plus extraordinaires voix du rock —, Anthony Moore et Peter Blegvad.1

Un groupe encensé par Robert Wyatt et Brian Eno, entre autres.

Envie de partager ce nom, leur nom : Slapp Happy.

Rock, avant-pop, art pop. Il est joyeusement impossible de définir nos trois  compères. Proches de Henry Cow et de Faust, notamment, ils officient depuis 1972 avec une exigeante (dis)continuité, et sont à (re)découvrir absolument !

Silent the Voice. Sonorités claires, textures riches un peu embrouillardées, rebonds et rythmes mécaniques, voix douce et voilée. Bien vite, quelque chose dans la musique s’infléchit, inquiète un peu… La voix posée s’emporte — nous perturbe. Une voix qui peut tout et qui, sans rien forcer, se fait déchirante, enlace le I, le you et le if ; déploie par-delà le silence après naufrage, sous une mystérieuse et romantique lune, des images sensuelles et puissantes. Évoque corps et âme, fleurs et baisers, yeux et cheveux, distance infinie et proximité, instant et éternité. Alternant chant paisible et chant profond…  Jusqu’à la reprise finale : Slowly your eyes closing far away – it's you/ There where you lay I will be with you, forever. La voix s’est dédoublée, le rythme a repris, la voix est devenue plainte musicale inarticulée, douce et âpre. Nous accompagnant — présence finalement enluminée de silence — jusqu’à…

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Silent the Voice

Slapp Happy, extrait de l’album Ça va (1998).


  1. Accompagnés pour l’occasion par le fabuleux batteur percussionniste d’Étron Fou Leloublanc, Guigou Chenevier.