Créée en 2010 au Théâtre Molière, la pièce No Body Else s’offre une seconde vie aux Martyrs. France Bastoen a repris sa décoloration capillaire, sa voix veloutée et une bonne dose de sex appeal.

Norma Jeane Baker aka Marilyn Monroe renaît sur scène, sans fard, pour une dernière danse. Avec la complicité de Dominique Serron, qui signe le texte et la mise en scène, la comédienne se réapproprie le temps de quelques soirs le répertoire déchu de cette femme qui voulut tant être aimée.

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Photo © Lydie Nesvadba.

Un corps nous est d'abord offert. Celui de France Bastoen, dénudé, bas résillé, voluptueux, affalé, puis dansant. Un corps qui bientôt deviendra raide et froid, mais qui pour l’heure scintille une dernière fois.

Une voix ensuite. Des voix. La comédienne vivante, l’actrice morte, son entourage. Des voix, chantées ou parlées, partout dans sa tête, dans sa bouche, dans les haut-parleurs. Pas celle de Chéri (Vincent Huertas). Chéri gère la bande son, les costumes, les accessoires, sur le bord de la scène, à droite, visible, mais pas trop, campant le spectacle en train de se faire. Mais Chéri reste impassible devant les délires de sa maîtresse. Lui ne parle pas. Il porte un nom de roman de Colette. Exprès. Il est une autre présence humaine sur le plateau à qui elle peut s’adresser. Sans réponse. Si ce n’est du Dom Pérignon et des robes.

Pas loin de la réalité de Norma Jeane Baker, faite de strass et paillettes et défaite d’amour. La petite fille starifiée, la star filante, trop vite, trop tôt, sous les feux de la robe, lumineux objet de désir, croqué par tant, coquette patente, n’est pas parvenue à être aimée comme elle l’entendait. Alors, fin de vie triste dans son appartement de Los Angeles, à se monologuer en boucle, à essayer de se remémorer le bon temps où elle chantait devant Montand et tous les autres abavés à leur table. Norma aussi est conviée au monologue, il y a encore tellement de la petite fille en elle, de l’ingénuité, de la candeur, de la bêtise. Et puis il y a « Elle », car oui elle parle d’elle à la troisième personne du singulier. Elle dit « Elle » pour se raconter. Et on ne sait plus qui cause alors, Norma ou Marilyn ? C’est France, répond Dominique Serron. C’est France, et sans doute un peu Dominique, ajoutera-t-on.

On sent qu’elles l’ont travaillé au corps, ce spectacle, allant jusqu’à Los Angeles pour rencontrer un des nombreux fan clubs de Marilyn Monroe et revenir avec un tas d’informations en plus de la documentation manifestement déjà amassée. En ressort un texte très écrit, truffé des noms qui ont fait Marilyn. Qu’il vaut mieux s’approprier avant le spectacle, par recherche propre ou en lisant vite le dépliant de la pièce. Sinon, risque de largage.

Photo © Lydie Nesvadba.
Photo © Lydie Nesvadba.

 

 

On sent aussi que Dominique Serron a ciselé son texte au cordeau, en pesant chacune des phrases. S’amusant de cette nouvelle amie pour qui elle est avant tout bienveillance. Même constat pour France Bastoen, aka le caméléon, qui fulgure l’icône pour proposer une voie parallèle où jeu est un autre. Les deux compères ont eu l’intelligence de ne pas vouloir proposer une représentation mimétique de l’actrice hollywoodienne mais de laisser la comédienne belge s’en saisir en restant elle. En ressort une présentation de Marilyn étonnante qui permet en plus de (re)découvrir le répertoire musical de l’étoile mordue par le lion.

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No Body Else Produit par Infini Théâtre Mis en scène par Dominique Serron Avec France Bastoen, Vincent Huertas Jusqu'au 29 mai 2016 au Théâtre des Martyrs