C’est d'abord le bleu qui perce votre rétine. Un bleu du fond des océans, un bleu produit dans nos industries. Un bleu qui joue avec nos perceptions, et qui attrape la lumière sur ses crêtes. Quand j’y plonge le regard, je vois des coraux d’un océan exotique. Je vois des sillons tracés par des vers à soie. C’est un jeu manufacturé où l’artificiel se pare du costume de l’organique. Est-ce vivant ? La main qui a orienté cette toile est bien vivante. Elle a défait, refait, plié, coupé, tordu l’inorganique. Elle a créé les sillons, construit les volumes et modelé les vides. Si vous pouviez toucher ce bleu ‒ le voudriez-vous ?, vous sentiriez sa froideur. Sa rigidité et sa douceur. Comme une caresse sous vos doigts. Comme la caresse des vêtements qui habillent votre corps. De tous ces tissus qui finissent hors de nos armoires, abîmés, démodés. Ces tissus bleutés. Alors, des mains s’en emparent. Elles détissent, retissent les fils et créent une autre histoire. Où ces tissus prennent des formes inattendues et perdent leur fluidité. Des tissus dont les contours effilochés sont la promesse d’une renaissance artistique. La voyez-vous ?