critique &
création culturelle

MAD ! Je te promets la forêt rebelle

Perdre la vie pour défendre le vivant

© Pierre-Yves Jortay

MAD !, ce monde l’est sans aucun doute. Mais il regorge aussi de choses à défendre et d’injustices à combattre, parfois au péril de sa vie quand l’État tire à l’aveugle sur les occupants d’une ZAD et menace le vivant dans toute sa complexité. Dans MAD ! Je te promets la forêt rebelle, Joséphine Serre nous emporte dans une lutte en quête de justice tant individuelle que climatique.

Tout commence par un meurtre, celui d’un étudiant en botanique par les forces de l’ordre. Le reste des événements, relaté en grande partie par sa sœur, retrace les raisons de sa présence sur la ZAD où il a été tué et les enjeux environnementaux qui y sont liés. Tout au long de ce compte-à-rebours et jusqu’au moment du drame, c’en est un autre qui se joue en toile de fond, dans lequel le vivant tout entier est menacé. Ainsi, pendant les 2h10 (sans entracte) que dure la pièce, le public est tenu en haleine par cette double quête permanente.

Peu à peu, l’enchaînement des scènes tisse la toile de fond à travers l’enquête de la sœur de l’étudiant décédé pour tenter d’élucider les circonstances de sa mort. Inspirée d’une histoire vraie, celle du meurtre de Rémi Fraisse par les forces de l’ordre sur la ZAD de Sivens en 2014, MAD ! Je te promets la forêt rebelle dresse aussi le constat de la répression qui s’abat sur celle·ux qui tentent de faire valoir la cause du vivant et de la préservation de la biodiversité, ainsi que la difficulté pour les proches des victimes d’obtenir justice.

La sœur du défunt, extérieure et de prime abord hostile à l’univers de la ZAD, en comprend peu à peu les enjeux et se réconcilie en même temps à titre posthume avec ce frère dont elle ne comprenait pas les choix de vie.

© Pierre-Yves Jortay

Les quatre acteur·ices, interprétant brillamment des rôles différents quasiment à chaque scène, reconstituent la scène de crime avec des Playmobils, retissent le fil du récit et le lient progressivement à celui plus large des enjeux environnementaux, notamment à travers l’évocation d’autres luttes passées et présentes, telles que les ZAD de Sainte-Soline et Notre-Dame-des-Landes en France, ainsi que bien d’autres de par le monde.

En plus de jouer tous ces rôles, les comédien·nes gèrent également elle·ux-mêmes les changements de décor, ainsi que le recours aux nombreux sons et bruitages qui ajoutent une dimension supplémentaire à la pièce, notamment des enregistrements audios des propos extrêmement violents tenus par les gendarmes à Sainte-Soline au sujet des zadistes. La grande quantité d’accessoires utilisés permet aussi à la pièce de s’ancrer sur une scène sans réel décor de théâtre ordinaire.

Tout au long de la pièce, la nature est l’un des éléments principaux de l’action, comme lorsqu’une actrice incarne les arbres qui s’adressent aux humain·es ou quand la sœur de l’étudiant en botanique le serre dans ses bras en énumérant des noms de plantes, réconciliation (trop) tardive d’une discorde fratricide. Le chien du mort prend également la parole à un moment sous la forme d’un acteur revêtu de fourrure et d’une sorte de tête d’Anubis géante, lien évident entre le monde des vivants et celui des morts.

© Pierre-Yves Jortay

Par beau temps, la pièce commence sur la place des Martyrs, avant de se poursuivre à l’intérieur du théâtre. Dans le cas contraire, le public est simplement invité à se déplacer d’une posture frontale face à la scène à une double rangée de gradins de part et d’autre de celle-ci. Ce côté déambulatoire de la pièce permet d’attirer véritablement le public dans le récit et de le maintenir en immersion complète à travers la multiplication de stimulations tant orales que visuelles. La récurrence de longues tirades s’apparentant parfois à des mélopées endiablées dignes du délire rajoute aussi une dimension presque mystique à cette expérience théâtrale où la nature est une entité à part entière.

Il y aussi dans la pièce une constante volonté de surprendre, d’interloquer, de captiver. Ainsi, on y voit apparaître un vieux jardinier disant être Neil Armstrong, celui qui a marché sur la Lune avant qu’on ait l’idée d’y construire des mines, ou encore un général espagnol responsable de dizaines de milliers de morts en Amérique latine à l’époque de la colonisation et condamnés à énumérer pour l’éternité d’autres tragédies, notamment environnementales.

MAD ! Je te promets la forêt rebelle est donc un chef d’œuvre du spectacle vivant et une ode à la défense de ce qui peut encore être sauvé de vivant en nous et dans le monde avant que tout ne s’éteigne dans le feu de l’inaction climatique. Assez longue et très intense, la pièce nous maintient en apnée comme la nature à l’agonie, véritable personnage principal de la pièce. Un défi brillamment relevé et une vraie claque aux éventuel·les climato-sceptiques dans le public.

Même rédacteur·ice :

MAD ! Je te promets la forêt rebelle

De Joséphine Serre
Mise en scène collective sous la direction de Joséphine Serre
Avec Xavier Czapla, Camille Durand-Tovar, Zacharie Lorent, Joséphine Serre

Vu au Théâtre des Martyrs, le 30 septembre 2026

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