critique &
création culturelle

Les Concrete Jungle Beasts

Des œuvres organiques dans la jungle bétonnée

Rencontre avec Younes VDB alias Spitler 

Avec ses sculptures végétales, les Concrete Jungle Beasts, Younes VDB alias Spitler défend et met à l’honneur un des milieux qui l’inspire le plus : la nature. Véritable havres d'hospitalité pour le vivant, chaque créature est une invitation à ralentir et observer. Pour faire connaissance avec ce petit monde parallèle, Karoo est parti à la rencontre de l’artiste, entre deux nouvelles toiles.

Younes VDB est un artiste multidisciplinaire et polymorphe, impossible à contenir dans une catégorie fixe. Il crée des univers et constelle des environnements variés. Si sa créativité a d’abord émergé à travers le rap, la peinture et le graffiti, sa vision artistique s’exprime également par la création de performances vivantes au théâtre, avec une exploration fine du mouvement, des costumes et des décors afrofuturistes.

Tu expérimentes beaucoup de disciplines artistiques : comment les connectes-tu entre elles ?

Simplement en essayant de nouvelles choses et en réfléchissant hors du cadre. La liste des formats artistiques que je souhaite pouvoir maîtriser ne cesse de grandir et chaque discipline alimente ma pratique artistique.

J’ai d’ailleurs fondé le mouvement artistique fokoviste en ce sens :

Le Fokovisme est un mouvement artistique multidisciplinaire qui offre à l’artiste une liberté totale d’explorer et d’approfondir n’importe quel médium, matériau, technique ou domaine artistique qui l’intéresse.

Un fokoviste n’a pas à se limiter à une seule discipline. Peinture, graffiti, sculpture, création de costumes, performance, théâtre, scénographie, marionnettes, installations, art vivant, art numérique ou toute autre forme d’expression peuvent être librement combinés.

Le Fokovisme ne reconnaît pas non plus les autorités artistiques comme des normes absolues. Académies, institutions, critiques, curateurs, galeries, traditions ou courants établis ne déterminent pas ce qu’un fokoviste peut ou ne peut pas créer, ni ce qui peut être considéré comme de l’art.

Le fokoviste est libre d’apprendre par lui-même, d’expérimenter, de changer de discipline et de développer les compétences nécessaires pour donner vie à ses idées. Il n’existe pas de parcours artistique obligatoire.

Le Fokovisme place donc la vision, la curiosité, l’expérimentation et la liberté de l’artiste au-dessus des hiérarchies et des conventions du monde de l’art.

Le Fokovisme ne demande pas : « Qui t’a donné le droit de faire ça ? »

Il demande : « Qu’as-tu envie d’explorer ? »

Quelles sont les étapes clés de tout parcours artistique et à quels défis as-tu été confronté ?

Quand j’ai décidé que je n’allais pas essayer de rentrer dans une case qui est bien trop étroite pour moi et tous mes univers. Ce qui m’a forgé, c’est la compréhension que je n'appartiens pas à une classe sociale qui détient beaucoup d’opportunités ou de privilèges. J’ai d’ailleurs eu pas mal de traumatismes émanant du milieu. J’ai donc décidé de persévérer car je ne voulais pas donner raison aux personnes qui ont pu avoir des a priori à mon sujet. En fait c’est que j’appelle la mentalité fokoviste, le mouvement artistique que j’ai fondé.

Quelle texture, son ou émotion physique de ton quotidien t’apaise ou nourrit ta créativité ?

Les rayons du soleil à travers les feuilles des plantes tropicales, des bananiers, des yuccas ou des palmiers. Leurs ombres qui dansent comme des silhouettes sur les murs, accompagnées de l’odeur du Palo Santo et de l’encens sénégalais.

Comment crées-tu des univers aussi singuliers ? Comment est née l’idée de créer les Concrete Jungle Beasts ?

C’est assez organique. En fait, j’invente des univers qui s’additionnent et ceux-ci s’inspirent de ma passion pour la mythologie, les légendes cryptiques, mais aussi la science-fiction et l’horreur-fantaisie. C’est principalement mon attrait pour ces types d’esthétiques qui me guident. Concernant The Concrete Jungle Beasts, je les ai principalement créées car je souhaitais apporter mon aide à la nature que j’aime tant.

Comment les Concrete Jungle Beasts interagissent-elles avec la nature, mais également avec les humains ?

Elles entrent en contact avec les humains de par leur visibilité, qui titille chaque personne qui croise leur route. Elles sont vraiment fascinantes à observer car elles sont à la fois naturelles, mais aussi surnaturelles. De plus, elles sont en communion directe avec la nature, les plantes, la mousse qui les recouvre, les racines qui les encerclent, et les animaux et insectes qui s’y réfugient.

En quoi ces créatures sont-elles à la fois poétiques et politiques ?

La poésie de ces œuvres réside dans le fait qu’elles émergent au milieu du bitume, dans un contexte de jungle bétonnée : des créatures toutes vertes et remplies de moussent apparaissent dans les confins d’une ville et ce, spécialement au service de la faune et la flore. Un autre détail important les concernant, c’est le fait qu’elles peuvent paraître à la fois mignonnes, mais également effrayantes et agressives avec de longues dents et des grands yeux expressifs. Cet aspect démontre leur rôle essentiel de gardiens de la nature, à la manière d’esprits protecteurs. C’est sans doute tout aussi politique de mettre en avant des créatures à l’allure inquiétante (seulement) au premier abord. En fait, elles montrent que ce qui peut faire peur au premier coup d'œil n’est pas toujours monstrueux ou démoniaque.

J’ai d’ailleurs moi-même incarné l’une de mes Jungle Beasts, à l’occasion d’une parade qui défile chaque année à la Fête de la violette, dans le sud de la France. J’ai conçu un masque pour le « Fleuroriste » , un esprit de la nature. Concrètement, le « Fleuroriste » est une incarnation mouvante de la nature représentant à la fois l’histoire de cette fête florale populaire, mais également créé pour me moquer de la police locale. Un an plus tôt, j’avais été victime d’un profilage ethnique et humilié publiquement pour de fausses suspicions de terrorisme, alors que j’étais simplement venu à la parade en tant que vacancier, accompagné de ma famille. L’année suivante, je suis donc revenu équipé de fusils à eau cachés dans mon camouflage, à la fois pour arroser les plantes, mais également pour éclabousser le public venu assister à la parade (et au passage, le policier qui a été viré depuis).

Peux-tu nous expliquer le processus de création de ces gardiens de la nature ?

Cela dépend vraiment du type d’environnement dans lequel je compte les placer, qui sera automatiquement connecté avec certains types d’animaux et de plantes présents dans les alentours. Par exemple, si je veux investir un endroit très sec, je ferai en sorte d’éviter de travailler avec des plantes ou des animaux qui auraient besoin de beaucoup d’humidité. Chaque Concrete Jungle Beast est unique.

Pour terminer, comment définis-tu ton rapport à l’art et à la nature ?

Je trouve que la nature est la plus belle forme d’art qui soit : chaque animal hyper coloré, chaque paysage, chaque espace ensoleillé, chaque coin plus gris compose une palette d’artiste absolue.

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