critique &
création culturelle

Yoa

Étoile irrévérencieuse

Le 12 décembre, Yoa faisait escale à la Ferme du Biéreau devant une salle comble et intergénérationnelle. Étudiant·es en nombre mais aussi parents, voire grands-parents, tous·tes réuni·es autour d’une même volonté : vibrer en chanson.

Curieuse plus que conquise en arrivant – quelques chansons en tête et bons échos glanés à droite à gauche – je me glisse dans la salle avec la simple envie de comprendre ce qui fédère autant. Spoiler : je repartirai avec une playlist rallongée et l’envie manifeste d’approfondir le lien.

La soirée s’ouvre avec Nicou et son projet Entropie, une proposition hybride aux contours encore mouvants. En quelques chansons – quatre ou cinq tout au plus – l’artiste navigue entre productions aux accents garage UK et nappes plus planantes, laissant transparaître une envie d’explorer sans trop se brider. Les textes sont parfois encore un peu verts, mais l’ensemble reste attachant, notamment lorsqu’il évoque sa grand-mère dans un morceau aussi maladroit que touchant. L’énergie est là, sincère, malgré un contexte peu évident : on sent que le public est avant tout venu pour Yoa. Nicou s’en sort avec honnêteté et réussit malgré tout à capter l’attention, juste assez pour nous mettre en appétit.

Briller sans s’excuser

L'ambiance dans la salle change radicalement lorsque Yoa entre en scène. Elle arrive en costume, allure garçonne, et ouvre le bal avec « 2013 », immédiatement rejointe par ses deux danseuses. Le décor minimaliste se compose de grands drapés blancs laissant toute la place aux corps, aux mouvements et aux émotions. Très vite, le doute se dissipe : Yoa a tout d’une grande. Sacrée « Révélation Scène » aux dernières Victoires de la Musique, elle prouve morceau après morceau que ce titre n'a rien d'un hasard. Pas timide pour un sou, elle habite l’espace avec une aisance désarmante, jonglant entre intensité et légèreté avec une précision instinctive.

Les chansons s’enchaînent et les humeurs aussi. « Matcha Queen » vogue entre mutinerie et grandes réalisations, tandis que « Mes copines » fait onduler la salle dans un moment de communion joyeuse. On danse aussi sur des textes parlant de désir sans détour, comme « Tu veux Me? » ou encore« maddy <3 ». Je reste particulièrement marquée par « Nulle », ode aux rêves et aux regrets et l'irrésistible « Là-bas pt. 2 » (produit avec la légendaire Olivia Merilahti du groupe The DØ) qui retrace avec brio un amour délité. Variés en forme et en fond, ces coups de cœur cristallisent cette capacité qu’a Yoa à transformer la fragilité en une force partagée. On sent une artiste qui a soif d'une pop à la fois ambitieuse et brute.

Autre point d'orgue de la soirée, lorsque la musique se dépouille pour laisser place à un piano-voix bouleversant sur « Le collectionneur ». Sorti fin janvier sur son premier album La Favorite, l’avant dernier morceau de l’opus aborde frontalement la question du viol. En live, elle nous proposera un medley inattendu avec « Ich Liebe Dich » de Shay. Le silence est dense, respectueux, presque palpable. La tension émotionnelle est forte, mais jamais écrasante : elle circule, elle relie. Exit les larmes pour reprendre la danse sur l’énergique « yt boy » et le très engagé « Thelma et Louise » en duo avec Solann.

Je finirai par quitter la salle juste avant la fin, sans connaître le morceau de clôture, mais peu importe. L’essentiel est ailleurs. En sortant, une certitude s’impose : je suis conquise par la proposition. Avec ses chansons, tantôt tristes tantôt drôles ou encore lascives, Yoa réussit le tour de force de mêler douceur et intensité, euphorie et gravité, profondeur et trivialité, sans jamais perdre le fil. Un concert qui donne envie de creuser, de revenir, et de suivre de près une artiste qui, manifestement, ne fait que commencer à déployer toute l’étendue de son univers.

Vous pourrez retrouver Yoa à Bruxelles sur la scène de la Madeleine ce 20 mars et dans nombre de festivals cet été. D’ici là, n’oubliez pas de trouver une nouvelle obsession pour traverser l’hiver : essayer quelque chose de nouveau sans pression de réussir et chanter faux sous la douche, ce n’est jamais de trop.

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