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Ils s’étaient mis cependant à aller, et ce fut pendant qu’ils allaient. Ce fut peu à peu. Il ne soulevait encore que légèrement et avec précaution sa paupière, faisant une petite provision de choses, puis laissant sa paupière retomber. Il ne laissait entrer que peu de choses à la fois, ayant d’abord à les mettre en ordre. Mais voilà qu’il a rouvert quand même les yeux, alors de nouveau les choses venaient, pendant qu’il marchait entre les deux hommes. Et il a connu le blanc et le noir, le laiteux, le rose, quand c’est beau vert, ou c’est beau jaune et c’est comme du vin vieux ; les couleurs de toutes les choses et les choses qui sont dessous, étant habillées de couleurs et n’étant connues que par leurs couleurs.
Il a dit :
— Je crois que ça y est.

Joie dans le ciel (1925)

Le texte est saisissant, obsédant. On ne rigole pas : on répète, on assène.

(Ce que peut l’écriture.)

L’homme du texte fut aveugle dans une autre vie. Il est désormais, dans la vie éternelle et absolue de Joie dans le ciel, voyant. D’abord entrevoyant pusillanime, très vite pleinement voyant, affronté aux couleurs du monde.

Retour à Ramuz :

J’ai trop aimé le monde. Quand j’ai cherché à imaginer plus que lui, c’est encore lui que j’ai imaginé. Quand j’ai cherché à aller au-delà d’où il est, je l’y ai retrouvé encore. J’ai tâché de fermer les yeux pour voir le ciel : c’était la terre, et le ciel n’a été le ciel que quand il est redevenu la terre.

Présence de la mort (1922)

En savoir plus...

Charles-Ferdinand Ramuz
Joie dans le ciel
Grasset, 1925 ; rééd. « Les Cahiers rouges », 1997
170 pages

Présence de la mort
Georg, 1922 ; rééd. L’Aire bleue, 2009
170 pages