Julien Lubek et Cécile Roussat revisitent avec brio un classique de Mozart : la Flûte enchantée (en allemand, Die Zauberflöte). Ils y distillent des références discrètes à Alice au pays des merveilles et s'amusent avec des décors astucieux. Un régal.

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© Shlemil Théâtre.

Des appartements princiers, le soir. Des valets préparent le lit et le pyjama du prince Tamino qui, après avoir lu quelques lignes d’un grand livre de contes, s’endort paisiblement sous le portrait de la reine de la nuit. Tout à coup, un serpent cauchemardesque surgit de sous le lit et fait hurler le prince de terreur. Du décor émergent alors trois dames-statues, qui pourfendent la bête avant de reprendre place sur la cheminée. Tamino quitte sa torpeur et fait la rencontre inattendue de Papageno, l’oiseleur un peu badaud, à la recherche de sa future dulcinée. Ce dernier se vante d’avoir sauvé le prince du serpent, mais se fait rapidement rappeler à l’ordre par les trois dames, revenues à nouveau à la vie. Pamina, expliquent-elles à Tamino, la fille de la reine de la nuit, est retenue prisonnière par le grand-prêtre - Sarastro. Le portrait de la reine s’anime soudain : si Tamino parvient à sauver Pamina des griffes de son ravisseur, elle deviendra sienne.

« C’est l’histoire d’un rêve de Tamino, qui va découvrir la sagesse et l’amour, se métamorphoser dans une quête féérique et non dépourvue d’humour », explique Julien Lubek qui assure, avec Cécile Roussat, une mise en scène terriblement inventive. De fait, ces deux-là ont suivi une formation de mime et d’acrobate : ils intègrent des tours de passe-passe dans leur production ; les valets sautent dans tous les sens, grimpent les uns sur les autres, traversent la scène en monocycle ou tels des funambules sur leur fil. C’est un « spectacle populaire avec des effets magiques, de l’acrobatie » et l’humour utilisé dans les gestes et les décors « réveille l’enfant en nous », selon Cécile Roussat.

La magie est bien présente sur scène, mais également dans la musique, grâce à deux instruments remarquables : la flûte, bien sûr, et le glockenspiel, que le chef d’orchestre Paolo Arrivabeni qualifie « d’assez spécial, avec un esprit de Noël ». Ces instruments vont d’ailleurs sauver plusieurs fois Tamino et Papageno.

© Shlemil Théâtre
© Shlemil Théâtre.

Les décors font partie intégrante de l’histoire. Créés en collaboration avec Élodie Monet, ils sont polyvalents : un livre devient une porte ; une bibliothèque, un chemin. Certains éléments sont littéralement vivants, comme les draps de lit par exemple. La pièce entière joue sur la confrontation de la lumière avec l’obscurité, notamment par le biais d’ombres chinoises. Les costumes sont aussi curieux et épatants : Pamina est une poupée toute de rose vêtue, sortant tout droit d’un coffre à jouets ; la reine de la nuit, quant à elle, est une araignée tissant sa toile maléfique ; des gnomes mégalocéphales sautillent au milieu des valets qui, eux, se ressemblent et se confondent. Le maquillage outrancier parachève la mise en scène en accentuant le côté comique et exubérant des personnages. La création est donc rythmée, mais nous essouffle parfois tant il y a de choses à voir et à remarquer aux quatre coins de l’espace scénique.

Lubek et Roussat ont revisité la Flûte enchantée en 2010 pour l'Opéra royal de Wallonie, qui l'a offerte une seconde fois au public pour les fêtes de fin d'année. La distribution était cette fois-ci assurée par Anicio Zorzi Giustiniani en Tamino (remplacé pour deux représentations par Matthew Newlin, pour raisons personnelles), Mario Cassi (Papageno), Anne-Catherine Gillet (Pamina), Gianluca Buratto (Sarastro), Inge Dreisig (Papagena), Krystian Adam (Monostatos) et Burcu Uyar, soprano colorature turque remarquable dans le rôle de la reine de la nuit, avec une aria et ses vocalises parfaitement exécutées, à vous donner la chair de poule.

Lubek et Roussat ont donné naissance à un univers qui distille des références discrètes à Alice au pays des merveilles, parcouru par des personnages secondaires surprenants et décalés ; bref, un monde féerique qui invite le spectateur sur son tapis volant. Cette Flûte enchantée convient tant aux adultes, qui pourront prendre part à la quête spirituelle de Tamino, qu’aux enfants, qui retrouveront un aspect Walt Disney dans cet opéra de Mozart, le dernier composé par lui avant sa mort en 1791.

Le plus simple serait probablement de vous laisser glisser dans la magie, et de vous faire votre propre idée de ce spectacle total et malicieux. Il est disponible en streaming sur le site du Shlemil Théâtre, auquel appartiennent Lubek et Roussat.

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En savoir plus...

La Flûte enchantée (Die Zauberflöte) Dirigé par Paolo Arrivabeni Mis en scène par Julien Lubek et Cécile Roussat Avec Anne-Catherine Gillet, Anicio Zorzi Giustiniani, Mario Cassi, Burcu Uyar... Vu en décembre 2015 à l'Opéra royal de Liège.