Nabucco est le premier véritable succès de Giuseppe Verdi. Créé à Milan en 1842, cet opéra en quatre actes a grandement contribué à l’unité du peuple d’une Italie pas encore indépendante. 

D’abord, le fond. L’épisode biblique se déroule en 586 avant Jésus-Christ. Dans la ville de Jérusalem, Nabuchodonosor II, roi de Babylone (remercions Verdi de l’avoir raccourci en « Nabucco »), arrive avec son armée pour sauver sa fille Fenena, prise en otage par le Grand Prêtre Zacharie, qui espère obtenir la paix. Ce dernier menace de tuer Fenena, idée qui fait bondir Ismaël, le neveu du roi de Jérusalem, amoureux de la Babylonienne. Il s’interpose entre son prêtre et l’ennemi. Cette trahison mène à la déportation du peuple hébreu dans la ville de Nabucco. Entre-temps, Abigaille, l’autre fille de Nabucco (et également amourachée d’Ismaël qui, n’étant pas l’homme de deux femmes, la repousse), découvre par une lettre qu’elle serait en vérité fille d’esclaves. Elle veut s’emparer du pouvoir avant que Fenena ne puisse libérer les Hébreux, mais Nabucco s’interpose, se (re-)couronne et se proclame dieu. Il se fait alors foudroyer par la colère divine, et en perd la raison. Abigaille monte alors sur le trône de Babylone et condamne les Hébreux à la mort. Ils seront sauvés par Nabucco (qui n’est plus fou et qui fait sa profession de foi) et son officier Abdallo. Abigaille s’empoisonne, se repent et meurt. Les Hébreux sont libres.

Giuseppe Verdi composa son Nabucco au sortir d’une terrible dépression déclenchée par la perte, en deux ans, de sa femme et de ses enfants. Alors qu’il ne veut plus composer d’opéra, le directeur de la Scala de Milan lui passe commande. Le rôle de Fenena sera chanté par la maîtresse de Verdi, « la » Strepponi. Cet opéra sera un triomphe phénoménal – le premier de sa carrière – dans une Italie encore écartelée entre plusieurs royaumes et empires. Nabucco sera alors joué cinquante-sept fois. Le chef d’orchestre Paolo Arrivabeni (directeur musical de l’ORW) explique ce succès : « Avec Nabucco, Verdi a trouvé la façon de mélanger la dramaturgie avec la musique. Verdi a trouvé la clef pour écrire des pages inoubliables […] par rapport à d’autres ouvrages, le chœur n’est pas quelqu’un qui va souligner une situation, un caractère, mais c’est un personnage […] il est protagoniste. »

BONUS : Une comparaison humoristique entre Verdi et Wagner

L’air le plus célèbre est le Va, pensiero, le chœur des esclaves qui se souviennent de leur patrie perdue. Les paroles résonnent dans les cœurs des Italiens du XIXe siècle, qui rêvent quant à eux d’un pays uni. La portée politique de cet air n’est pas un hasard : Verdi était un compositeur engagé et à l’écoute de son époque, chantre de l’unité italienne. Aujourd’hui encore, cet hymne patriotique réunit les Italiens quand le besoin s’en fait sentir. Par exemple, en 2011, le chef d’orchestre Riccardo Muti l’a repris lors du bis d’un concert à Rome auquel assistait Berlusconi. Muti, dans cette période politiquement trouble, a prononcé ce discours : « Je suis peiné par ce qui se passe actuellement dans la culture en Italie. Si on continue à assassiner la culture sur laquelle notre histoire est fondée, notre patrie sera vraiment bella e perduta ». Le Va, pensiero est alors repris par toute la salle. C’est un air monophone, facile à chanter, et très puissant. C’est un appel à la liberté et à l’indépendance.

Quant à la forme, comme souvent, l’Opéra royal de Wallonie a mis l’accent sur les costumes, qui sont très travaillés. Ils ont un rôle important, je dirais même plus que le décor – une grande structure mauve qui ressemble à un cube (voir la vidéo ci-dessous) et figure tour à tour Jérusalem et Babylone. J’ai eu la chance de visiter la scène et les coulisses avant la représentation et – attention au spoiler sur la magie de l’opéra – c’était assez impressionnant : cette gigantesque construction passe une bonne partie du spectacle suspendue au-dessus des chanteurs. La faire monter ou descendre laisse quelques moments de flottement entre deux scènes mais globalement, l’illusion fonctionne. Les esclaves chantent les pieds dans l’eau, le temple de Jérusalem s’écroule… À l’opéra, il ne faut pas grand-chose pour transporter le spectateur : un décor simple mais bien employé peut transformer n’importe quelle salle en ville, en désert, en champ de bataille, en chambre à coucher ou que sais-je encore, et peut-être même avec plus de facilité qu’au théâtre, grâce à la majesté du chant. La mise en scène est l’œuvre du directeur général et artistique de l’ORW, Stefano Mazzonis di Pralafera. Elle est assez simple, sans beaucoup de jeu d’acteur. Mais ça fonctionne. Nabucco ne laisse pas vraiment de place à la folie (sans quoi Dieu vous foudroiera !), mais c’est un opéra intéressant pour plonger dans le romantisme italien, moins « ardu » que celui de Wagner.

Verdi enchaînera ensuite les succès : Rigoletto, La Traviata ou encore Aïda, qui sera joué en mai à La Monnaie à Bruxelles. Et contrairement aux idées reçues, l’opéra, ça ne coûte pas si cher que ça !

Regardez l’opéra ici :

 

En savoir plus...

Nabucco
En italien
Dirigé par Paolo Arrivabeni
Mis en scène par Stefano Mazzonis di Pralafera
Avec Leo Nucci, Ionut Pascu, Virginia Tola, Tatiana Melnychenko, Orlin Anastassov, Enrico Iori, Giulio Pelligra

Vu en octobre 2016 à l’Opéra Royal de Wallonie.

Article basé sur le cours Campus Opéra donné par Brigitte Van Wymeersch (UCL).