critique &
création culturelle

Eugénie Lavenant

portrait en demi-teintes

Eugénie Lavenant, dessinatrice française spécialisée en romans noirs, se livre chez Karoo sur son parcours, sa méthode et ses collaborations. Des créations à découvrir dans la galerie Karoo !

Tu peux nous parler de qui tu es, et de ce que tu fais ?

Je m’appelle Eugénie Lavenant, je suis une dessinatrice. J’ai commencé le dessin relativement par hasard il y a maintenant quelques années. J’ai publié quatre livres. Un que j’ai écrit et dessiné qui s’appelle Cocaïne et chaussons blancs , qui est un livre sur Amy Winehouse, dont j’aimais assez la féminité maladroite. Et après ça, toujours aux éditions Matières, j’ai fait un livre avec Marc Villard, qui est un auteur de romans noirs, sur un tueur à gages qui voudrait que son fils prenne sa succession. Et ensuite j’ai fait deux livres avec Jean Vautrin : l’un appelé le Pogo aux yeux rouges , une adaptation du prix Goncourt de la nouvelle de 1986, et Babyboom , tiré du même recueil.

Tu travailles beaucoup sur l’humain ?

Oui, je trouve qu’il y a beaucoup de matières qui s’y prêtent. J’avais une mère psychiatre, donc ça aide un petit peu (rires) ! C’est vrai que j’aime les choses plutôt noires. Après, dans le roman noir, on utilise aussi des clichés, et des personnages qui ont vraiment du caractère. L’humain m’intéresse beaucoup.

Dans le cadre de ton travail, tu touches au dessin comme au scénario ?

Oui, quand j’adapte on me livre un texte mais c’est moi qui décide du découpage. J’ai tendance à rester très fidèle au texte, parce que j’aime beaucoup les auteurs avec lesquels je travaille, mais parfois je prends quand même quelques libertés et je fais quelques coupures.

Dans ta communication tu utilises le terme de « roman graphique ». Quelle est la différence avec une BD ?

Roman graphique est souvent employé par les puristes, comme étant quelque chose de plus intelligent que la bande dessinée. J’aimerais bien faire de la bande dessinée de puriste mais le problème est que j’ai une vision un petit peu différente, donc je fais souvent une voire deux cases par page. J’ai un peu un découpage personnel, qui n’est pas dans les goûts absolus de la bande dessinée classique, c’est pour ça que j’utilise plutôt le terme de roman graphique.

As-tu des inspirations particulières pour ton travail ?

J’aime beaucoup Tardi, par exemple. Mais j’ai aussi puisé dans des mouvements punks français. Je suis assez éclectique en fait : les traits pour lesquels j’ai de l’attirance peuvent être très différents. Je peux aussi m’inspirer de choses qui sont en art contemporain, ou de musiques, pas forcément des choses visuelles.

Tu as toujours fait du dessin ? Quelle serait sa force par rapport à d’autres moyens d’expression ?

J’ai toujours un petit peu dessiné, fait de la sculpture, mais plutôt quand j’étais plus jeune. Un jour j’ai utilisé une technique de dessin d’après photo et j’ai été tellement contente du résultat que c’est devenu ma méthode de travail, et là je suis vraiment passée plus intensivement au dessin. Ce qui est intéressant dans le dessin d’après photo, c’est qu’on peut exercer un lissage de l’image quand on ne travaille qu’en noir et blanc. On peut également approfondir des détails et les mettre en avant, donc on peut vraiment jouer avec le trait.

Tes dessins sont d’ailleurs souvent monochromes. D’où vient cette volonté de mettre peu de couleurs, as-tu toujours travaillé comme ça ?

En fait j’ai toujours fait du noir et blanc. Et puis pour des commandes, comme par exemple le magazine Rock & Folk , on m’avait demandé de faire de la couleur. Donc je m’y étais mise très maladroitement à l’époque, et puis actuellement, mon conjoint qui est photographe et directeur création fait la colorisation de mes albums : on travaille en couple. C’est également ensemble qu’on a créé la galerie des arts ultrashop.fr l’année dernière. On a une activité de couple et un échange créatif, donc je lui ai confié la colorisation de mes albums.

Ultrashop.fr, tu peux nous en parler un peu ? Ça consiste en quoi ?

Au départ, comme lui est photographe (il s’appelle Stéphane Bienfait), et moi dessinatrice, on a voulu faire un site pour présenter nos travaux, en élargissant et en regroupant d’autres personnes, quitte à créer un outil de travail haut de gamme, on s’est dit qu’en rassemblant d’autres artistes, ça créerait une force. Du coup ça s’est transformé en galerie d’art.

Actuellement tu travailles sur quoi ?

Je travaille sur trois projets, dont deux quasiment achevés. J’ai écrit un texte sur un tueur en série et fait les dessins moi-même. Et puis j’ai un livre qui est quasiment achevé aussi, sur un texte de Romain Slocombe, un auteur français qui écrit depuis très longtemps et qui est dessinateur au départ. Il a notamment été sélectionné deux fois pour le prix Goncourt. Il m’a confié un texte et j’ai quasiment achevé le livre aussi. Je démarche toujours les éditeurs après avoir terminé le livre, parce que j’aime avoir une totale liberté. Le troisième projet, j’en parlerai peut-être un peu moins, mais je vais également le faire seule. Mais là je le commence à peine, je fais le scénario en ce moment.

Un livre ?

Gypsie Blues de Jean Vautrin.

Un film ?

J’aime beaucoup Hitchcock, donc Fenêtre sur cour , peut-être.

Un dessinateur ?

J’adore le trait de Tardi.

Même rédacteur·ice :

Cocaïne et chaussons blancs ,
Eugénie Lavenant
Éditions Matières, 2010
72 p.

La messe est dite ,
Eugénie Lavenant et Marc Villard
Éditions Matières, 2011
112 p.

Le Pogo aux yeux rouges
Eugénie Lavenant et Jean Vautrin
Éditions Sarbacane, 2013
80 p.

Babyboom
Eugénie Lavenant et Jean Vautrin
Éditions La Boîte à bulles, 2015
104 p.

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