Pour cerner un album, rien de tel que de partir à la rencontres des musiciens : à l'occasion de leur release party au Botanique le 13 février dernier, King Child nous a dévoilé plus intimement Leech.

C’est dans le cadre de la release party de Leech, le 13 février dernier au Botanique, que nous avons eu l’occasion de rencontrer le groupe franco-belge King Child. Une entrevue dans la plus douce simplicité, aux pointes d’humour élancées et reflétant une belle complicité. Nous nous sommes attardés aux côtés de Quentin Hoogaert, chanteur et Jean Prat, multi-instrumentiste (duo qui est à la base de la formation) sur leur nouvel album, Leech qui venait tout juste de se dévoiler. Un projet idéologique et sensible qu’ils ont construit avec passion et réflexion. Ils nous ont offert un échange contrasté entre l’espoir et la réalité tant sur le point de vue humain qu’artistique.

Photo de Gaspard Rolland

Qui êtes-vous personnellement, mais aussi par rapport au groupe ? Quel est votre parcours et qu’est-ce qui vous a amené dans la musique ?

Quentin Hoogaert : Je suis le chanteur du groupe et celui qui s’occupe des textes. Quand j’étais petit, j’ai très vite voulu avoir un walkman pour écouter de la musique. Entre mes 6 ans et mes 11 ans, j’imitais Michael Jackson devant la glace et cela en même temps que j’imitais Jim Morrison ou encore les Beatles. Ce mélange d’influences m’a donné une espèce de tessiture vocale, mais aussi l’amour de chanter. Cela étant, mes goûts se sont développés à l’adolescence. J’ai ensuite fait partie de différents groupes à partir de mes 14-15 ans. Après cela, à 18 ans, je suis parti dans une école de jazz à Anvers où j’ai fait 5 ans d’études de guitare qui m’ont notamment permis de m’assumer en tant que chanteur. J’ai ensuite refait différents petits groupes jusqu’au moment où j’ai rencontré Jean Prat et que le projet King Child a commencé.

Jean Prat : Rencontre qui fût l’apogée de ton existence. (Rires) De mon côté, c’est un parcours plus banal : j’ai grandi dans une famille de musiciens. J’ai commencé la musique dès l’âge de 5 ans et, plus tard, je suis entré au conservatoire où j’ai étudié le piano classique, les percussions classiques, la batterie, l’harmonie, le solfège,... Puis j’ai travaillé avec mon papa qui est lui-même musicien professionnel. J’ai toujours baigné dans la musique. Quand j’ai eu fini le conservatoire, j’ai commencé à accompagner d’autres artistes pour finalement vivre de la musique. J’en suis arrivé à monter mes propres projets. Avec Quentin, on s’était rencontré avant dans un projet qui liait son projet et le mien. On avait donc déjà joué ensemble. Par la suite, on a décidé d’en monter un à deux qui est devenu King Child. Dans le groupe, je m’occupe de la musique.

Comment s’est déroulée la rencontre de vos univers musicaux ?

Quentin : Elle fût plus ou moins instantanée. Musicalement, ça a collé directement. Il faut savoir que Jean est ingénieur du son et qu’il a son propre studio d’enregistrement dans les monts lyonnais. Quand il y fait venir un groupe, ce n’est pas que pour l’argent : il faut qu’il aime un minimum le projet. En plus, on avait déjà bien accroché musicalement au départ : mon groupe aimait son groupe et inversement.

Jean : Quentin et son groupe avaient déjà voulu venir travailler avec moi parce qu’ils aimaient bien ce que je faisais et inversement. Il restait à voir ce qu’il en était au niveau de la création et au niveau humain. Ce qui est magique c’est que l’on s’est tout de suite bien entendu, d’autant plus que l’on est de la même génération. Il faut avouer qu’entre nous, artistiquement, ça a toujours été simple.

Comment travaillez-vous ? Ensemble ou séparément ?

Jean : On travaille d’abord séparément, ensuite ensemble, puis de nouveau séparément et finalement ensemble. On reproduit ce processus plusieurs fois avant de finaliser le projet. Il y a entre nous, et d’ailleurs on ne se le dit pas assez (regard complice), une simplicité-même. Ça n’a jamais été compliqué de finir une chanson ensemble. Musicalement ça fonctionne vraiment bien. C’est un peu comme une évidence. On peut se diviser les tâches car on sait que celles-ci se rencontreront toujours à un moment donné. Je peux tout dire sur les textes de Quentin et il peut tout dire sur ma musique. On ne s’est d’ailleurs jamais dit que l’un devait changer quelque chose de l’autre.

Quentin : On a des caractères très différents, mais des comportements très complémentaires. Cela aide musicalement je pense.

Comment avez-vous vécu le fait de vous relancer dans un nouvel album ? Quelles ont été les forces et les fragilités de cette expérience ?

Jean : Avant tout, le plus difficile a été de faire mieux que la première fois car d’un côté, il faut faire attention à ne pas recopier ce qui a été fait sur le premier, mais également être attentif à ne pas partir complètement autre part pour ne pas décevoir les attentes de ceux qui ont aimé le premier album. Il faut répondre aux attentes, mais également surprendre. Ensuite, il y a la peur de ne pas réussir à retrouver de l’inspiration pour créer un deuxième projet. La peur de ne pas en être capable. Il y a toujours des doutes. Et d’ailleurs, avant que l’album soit terminé, il y a toujours un moment où tu as l’impression que tu n’y arriveras jamais. Néanmoins, ce qui a surtout été difficile sur ce deuxième album, ce sont les délais que nous nous sommes mis seuls. Le timing a été difficile. On a eu tendance à voir large, à penser que l’on avait le temps, mais le temps nous a manqué pour diverses raisons. Ça s’est fini dans un stress incroyable, mais je pense que même si on se mettait une deadline de 4 ans, on le finirait quand même dans le stress. (Rire)

Quentin : Pour moi, le plus difficile a été de sortir du premier album et de poser les bases de l’existence du groupe. D’ailleurs, je pense qu’avec ce deuxième disque, on a défini le style de King Child.

Jean : Selon moi, le plus gratifiant a été d’arriver à se dire que, finalement, malgré le plus difficile, on a réussi à sortir un album 16 mois après le premier : un nouvel album avec de nouvelles compositions dont on est très content et en allant plus loin dans ce que l’on voulait faire. En fait, on s’est prouvé que l’on était capable de se renouveler, d’être créatifs et cela dès la fin du premier album. On s’est en fait prouver que l’on savait continuer. D’ailleurs, si demain on le décide, je suis sûr que l’on est capable de faire un album dans 6 mois (Quentin rigole).

Pouvez-vous nous décrire le message que vous avez tenu à dépeindre dans ce nouvel album ?

Quentin : Nous sommes dans une continuité par rapport au premier album même si ce second disque est plus sombre.

Jean : Effectivement c’est plus sombre car on dérouille. (Rire)

Quentin : Je trouve que notre premier album était plus personnel. D’ailleurs ces éléments plus personnels ont été les déclencheurs de la formation du projet. Ils reflétaient des réalités subjectives qui peuvent partir dans plusieurs directions et signifier quelque chose de différent pour chacun. Ici, on a un autre regard. Nous sommes partis de la réflexion que nous sommes confrontés à plein de choses tous les jours. On peut, par exemple, se rendre compte qu’il y a une place de plus en plus prépondérante de la technologie dans nos vies, que l’on se fait grignoter à la lumière du jour par les gens qui nous gouvernent,... Nous puisons notre inspiration dans tous ces faits du quotidien. D’ailleurs, je trouve que les chansons se font assez organiquement, très naturellement. Néanmoins, nous essayons qu’elles continuent aussi à signifier quelque chose de personnel pour chacun car on part du principe que l’on est spectateurs de nos propres vies. Tout est lutte : que ce soit monter un groupe, exister en tant qu’être humain… C’est cela qui est inspirant.

Jean : Ce qui est sûr c’est que l’on veut vivre pleinement dans le monde avec ses qualités et ses défauts. Ainsi, à partir du moment où on veut vivre sans se voiler la face, il y a du bon et du mauvais. Nous voulons juste être dans le présent et parler de ce qui nous entoure, de ce que l’on voit. Dans le premier album, il y avait un titre qui parlait de l’écologie, il y a le titre 23 février qui parlait de toutes les violences, celles présentes avec les attentats, celles faites aux femmes,… Un an après, rien n’a changé. Je pense que l’on ne peut pas parler que d’amour lorsque l’on regarde la réalité et puis même si l’on ne parlait que d’amour, ça aussi ça te fait dérouiller (rire). Donc, c’est normal que ce soit sombre. Surtout que plus on avance, plus il faut faire face au fait que tout se complexifie. Toutefois, on n’est pas pessimistes, mais bien réalistes. D’ailleurs, dans la vie, on est des marrants.

Quentin : Oui. Il ne faut pas oublier qu’il y a toujours de l’espoir.

Pourquoi avoir choisi comme titre « Leech » qui signifie « sangsue » ?

Quentin : La question se pose encore ?  (Rire)

Jean : On parle métaphoriquement de ce qui s’accroche au dos, ce qui colle à la peau et dont tu ne peux te débarrasser. Ça peut être des personnes, des expériences,… En fait, on s’inspire personnellement des choses dont on n’arrive pas à se débarrasser pour avancer.

On peut remarquer que le compositeur Debussy apparait à nouveau dans ce second album. Pourquoi avoir à nouveau emprunté une de ses œuvres ? Choix personnel ou réfléchi par rapport à l’univers de King Child ?

Jean : Au début, ça ne représentait pas spécialement quelque chose pour l’univers de l’album ou celui de King Child. Je pense que ce choix est lié au fait que j’ai étudié le piano classique au conservatoire. Claude Debussy a toujours été un de mes compositeurs français favori. Sur le premier album, nous avions choisi d’intégrer la Première Arabesque qui est une pièce que j’avais jouée, travaillée et que j’adorais. Quand on a décidé de la mettre, il a été évident de la mélanger avec l’univers de King Child, et surtout de la mélanger avec l’aspect synthétique de celui-ci. Nous n’avons pas hésité une seconde, surtout que je la connaissais très bien. Pour le deuxième album, nous sommes en fait partis sur l’idée de suivre le même procédé que celui du premier. Nous avons alors cherché une pièce qui était facile à arranger et nous sommes tombé sur le Clair de Lune qui est hyper-mélodique et puis c’est surtout ultra-beau. D’ailleurs, sur le troisième disque, il y en aura encore un et sûrement encore un Debussy. Son répertoire est assez important pour que l’on en fasse une centaine d’album. (Rire)

Quentin : Faisons un album par morceau de Debussy. On a du boulot ! (Rire)

Comment envisagez-vous le futur ?

Jean : En ce moment, on a la chance de vivre de la musique, mais pas de King Child. Moi personnellement, j’ai toujours vécu de la musique. Je ne sais pas si je pourrai un jour vivre seulement de King Child et je ne m’en inquiète pas trop. Je vis les projets au présent. En plus, je ressens le besoin d’avoir plein de projets, même si King Child reste mon projet principal. En fait, je ne sais pas ce qu’il va se passer dans le futur. Ce qui est sûr, c’est que l’on va essayer de défendre cet album le mieux possible et le plus longtemps possible. Pour le moment, on est un peu épuisé car nous avons beaucoup travaillé sur ce projet, mais dans une semaine ça ira mieux et on aura envie de se lancer dans quelque chose de nouveau. Nous avons par exemple l’envie de sortir un album live en 2019 et nous aimerions, au mois d’octobre, peut-être, sortir de nouveaux titres. Un clip sortira prochainement ainsi que des vidéos live. On sait que pour des artistes émergents comme nous, à moins d’éclater et de partir deux ans en tournée, il faut toujours envoyer du neuf.