Un beau jour, je n'ai plus pu lire. Les mots dansaient devant mes yeux, leur sens m'échappait. Je me suis concentrée, j'ai soufflé un bon coup. Une ligne, et puis l'autre, et puis l'autre, et... rien. Des lettres collées à ma rétine, en désordre, des phrases envolées à mesure que je les déchiffrais, des pages vidées de leur signification. Que faire ? Que dire ?

Je ne voulais pas en démordre. Alors, chaque jour, j'ai essayé : un roman, un essai, de la poésie, une BD, le matin, le soir, la nuit. Mais rien n'y fit. A-t-on déjà entendu pareille histoire ? Deux ans, cela a duré, deux années difficiles, deux années appauvries. J'étais proche du désespoir.

Et puis un beau jour, miracle ! La machine s'est remise en route. Les pages se sont enchaînées, goulûment parcourues. Vite, vite, toujours plus, véritable boulimie livresque. Deux, trois, quatre ouvrages par semaine. Pour rattraper le temps perdu.

Aujourd'hui, j'ai radouci l'allure. Mais je suis consciente du manque que cela peut provoquer. D'un beau jour ne plus pouvoir lire. Alors je savoure chaque lettre, chaque mot, chaque ligne. Toujours prête à les accueillir.