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création culturelle

The Invite

Dans toutes les pièces

Olivia Wilde s’empare à nouveau de sa casquette de réalisatrice pour proposer un remake de Sentimental, un film espagnol datant de 2020. The Invite offre un regard original et inattendu sur les relations entre voisins et leur potentiel romantico-sexuel. Entrez dans un huis clos aussi tordant que tout en tension, sur fond de violoncelle endiablé.

Angela (Olivia Wilde) et Joe (Seth Rogen) forment un couple marié depuis 20 ans, coincé dans un quotidien devenu ennuyeux, où chacun déprime de l’isolement dans lequel il s’est empêtré. Hawk (Edward Norton) et Piña (Penélope Cruz) sont leurs voisins, ensemble depuis moins d’un an et, dernièrement, très passionnels la nuit. Angela les a invité pour la soirée, Joe n’en est pas très content, les voisins sont ravis. Chacun a une vision très précise de ce qu’il attend de cette soirée.

Un schéma classique, un prétexte original

The Invite se construit comme une comédie en huis clos assez classique dans le sens où l’intrigue ne dépasse pas les quatre murs de l’appartement, fraichement rénové, d’Angela et Joe et qu’un élément déclencheur devient le prétexte de toute la farce. Ce huis clos force les personnages à se parler, à se confier, à s’ouvrir, même pour les plus récalcitrants comme Joe. Après que les deux couples se sont tournés autour et jaugés pendant une dizaine de minutes, la révélation « prétexte » tombe : Piña et Hawk organisent des orgies dans leur appartement.

Cette information déclenche des blagues faciles, du comique visuel, de situation, de répétition. Tout y passe pour rire d’une sexualité hors normes qu’un couple vieux jeu qui ne se touche plus depuis un an à du mal à saisir. Cette hétéronormalisation est surtout nourrie par le cliché que représente Joe, à savoir, un quadragénaire hétérosexuel, libidineux, râleur et nombriliste.

Jouer avec le décor et la tension

The Invite est le remake de l’adaptation d’un texte prévu d’abord pour la scène. Un public qui aurait déjà vu la pièce et la version cinématographique espagnole pourrait donc se montrer bien exigeant. Olivia Wilde se devait donc de proposer un film sinon novateur, au moins à son image.

L’originalité tient dans le décor et la capacité des caméras à jouer avec en filmant tantôt l’encadrement d’une porte, tantôt l’autre côté d’une fenêtre ou encore le reflet du miroir. La caméra s’est imprégnée de l’architecture de l’appartement, dont on ressent toute la dimension par les mouvements de l’image, le changement de largeurs de plan et les jeux de champ/contrechamp. Debout, assis, couchés sur le sol, les chaises, les meubles, tout y passe ! Il ne s’agit pas de capter seulement l’émotion de l’acteur mais aussi de ressentir l’énergie du lieu dans lequel il évolue. Le travail de Devonté Hynes sur la bande-son, et notamment sur les extraits de violoncelle consciencieusement choisis, accompagne l’ambiance déjà bien établie par le jeu des caméras.

C’est bien simple, mis à part la chambre de leur fille ‒ personnage absent, chambre fermée ‒ tout l’appartement est filmé : la cuisine, la chambre parentale, le salon, le bureau et même la salle de bain. Le plan d’Angela debout dans sa douche, entièrement vêtue et présentant fièrement à Hawk son carrelage (restauré mais d’origine, attention !) est truculent.

Un quatuor en or

Le jeu d’acteurices est également d’exception : on déteste très vite Joe, contraire à tout et de très mauvaise foi ; on fond devant une Angela tendre, attentionnée et délaissée par son mari ; on rit de l’alchimie très espagnole du couple Piña et Hawk dont les apartés hispanophones ne sont pas traduits (serait-ce un clin d’œil à l’œuvre originale que de garder un peu d’espagnol ?). Bref, on a l’impression d’avoir déjà rencontré ces couples et leurs problèmes, et tout nous semble crédible. Tout, vraiment ? Si les sentiments exprimés par ces quatre personnages peuvent nous sembler sincères, certains détails nous paraissent pourtant faux ou très enjolivés, à l’américaine.

Parlons sexe, parlons sexy

Le personnage de Piña, par exemple, se présente comme une thérapeute et sexologue, épanouie et libre sexuellement parlant. Ce n’est ni l’âge de l’actrice ni le métier qu’elle exerce qui dérangent mais plutôt le fait d’avoir été chercher un sex symbol pour incarner ce personnage exclusivement sexuel dans le scénario. Certes, Piña s’ouvre sur son passé, mais ce que l’on retient surtout est son rapport au sexe et au désir. Pourquoi ne pas avoir choisi une actrice moins sexualisée de base, histoire de montrer que n’importe qui, à n’importe quel âge, peut désirer et être désiré·e ? Je dois cependant tirer mon chapeau à qui a formé des couples d’acteurs d’un âge très proche. Très loin du cliché d’un homme âgé et d’une femme d’au moins dix ans sa cadette, ici, l’écart d’âge est risible, ce qui fait plaisir à voir. Surtout quand on sait que le remake français de 2024, Et plus si affinités, proposait pour le couple Anegla/Joe (Xavier et Sophie dans la version française) le duo Isabelle Carré et Bernard Campan qui avaient à l’époque respectivement 53 et 66 ans.

L’humour dépassé, il ne reste rien

The Invite se présente comme une comédie, genre que le film incarne sans équivoque et avec beaucoup de justesse. Si certaines blagues sont attendues au vu du sujet, il n’en est pas moins plaisant de voir nos prédictions s’accomplir et d’être surpris par d’autres gags que l’on n’avait pas vus venir. La salle ne riait pas, elle s'exclamait à l’unisson, de rire, de surprise et de gêne ; le comique nous régale.

Mais les vingt dernières minutes du film font basculer le ton. On ne rit plus du tout, on constate plutôt les dégâts causés par les discussions et les actions de la soirée. Piña a enfilé sa casquette de thérapeute, plus de retour en arrière possible.

Une fois que les blagues ont cessé, mon intérêt pour le film a diminué. Dans Le Prénom (Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte 2012), qui exploite un schéma narratif relativement similaire mais en mentionnant des thèmes différents, une fois la crise passée, il reste des touches d’humour discrètes, tendres et surtout apaisantes, entre Pierre et Vincent, ce qui rétablit la comédie et rassure le spectateur. Dans The Invite, on ne rit plus du tout. La thérapie est longue, collective, et le genre passe de la comédie au drame. La scène de clôture tente de nous arracher un sourire mais la magie a disparu. On sort de là déçu : tout ça, tous ces rires, pour en arriver là.

Car, en assumant la comédie, le film sert le divertissement pur et offre à ses spectacteurs le rire facile. Mais une fois qu’il cherche à proposer un message plus sérieux, en un temps record qui plus est, le public ne le suit plus. La morale n’est pas une surprise, elle nous pendait au nez depuis le début. Et c’est même l’une des raisons pour lesquelles le film était si drôle. Mais nous la servir sérieusement et l’utiliser comme dénouement gâche le simple plaisir de pouvoir rire d’une situation loufoque. Car tout au long du film, ce qui plait est l’impression de ne pas se prendre au sérieux, que tout soit sujet à rire. Une fois l’humour dépassé, le contrat entre le spectateur et le film est rompu. On ne rit plus et on ne veut sûrement pas finir sur une leçon de morale.

Car le cœur du film, le sujet qu’il aborde, ce sont les manières de faire couple d’hier et d’aujourd’hui. C’est s’accaparer le discours actuel sur la liberté sexuelle, surtout de plus en plus décomplexée chez les femmes, et le confronter à l’image hétéronormée de la vie à deux d’un couple qui ne s’entend plus mais qui reste ensemble faute de mieux. L’idée est excellente, mais le ton humoristique empêche les spectateurs de prendre le sujet au sérieux. En choisissant le cadre d’un huis clos, le libertinage de Piña et Hawk n’apparait finalement que comme le prétexte qui fait démarrer l’intrigue ; comme le nom du bébé de Vincent et Anna dans Le Prénom ou encore les téléphones de chacun posés sur la table dans Le Jeu (Fred Cavayé, 2018) l’ont été pour leur film respectif. Le discours porté par le film est assumé sans l’être et maladroit, à l’instar des personnages qui l’expérimentent. Il apparaît comme faux, comme s’il s’agissait plus de surfer sur une vague de popularité que de dire réellement quelque chose dessus.

The Invite m’a amusée mais ne m’a pas marquée. J’y ai passé un bon moment mais n’en retiendrai pas un grand moment de cinéma. Bien que l’humour y soit bien ficelé, la réalisation novatrice et que les acteurs campent leur personnage avec sensibilité et intelligence, je ne me suis pas sentie concernée par le propos ou le format. Une fois l’humour outrepassé, le film ne m’a plus intéressée. En tant que jeune femme queer de 26 ans, je n’ai pas trouvé dans ce discours d’arguments parlants pour ma génération, libérée de la monotonie hétérosexuelle et monogame. Si vous cherchez une comédie bien ficelée, vous passerez un bon moment et ferez certainement travailler vos abdos. Mais si vous attendez un discours neuf et audacieux sur la sexualité, vous pouvez passer votre chemin. Car, pour citer le petit Dewey de la série Malcolm : « Je ne m’attendais à rien et je suis quand même déçu[e] ».

Même rédacteur·ice :

The Invite

Réalisé par Olivia Wilde

Avec Olivia Wilde, Seth Rogen, Penélope Cruz et Edward Norton

États-Unis, 2026

107 minutes

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