Un livre,
un extrait,
un commentaire :
Karoo vous propose
un autre regard
sur les livres !

Mais tous ces vieux cons, ils ne connaissent pas le Druillet... Je suis contre toute forme de censure. Je suis pour une liberté absolue de création. À la suite de Lone Sloane, je me suis lancé dans Délirius avec mon ami Jacques Lob. Puisque la censure veille, je vais lui donner du travail. Sur une planche de Délirius, je dessine Lone et Yaerl à poil dans le milieu des fangeux. Goscinny trouve que je vais un eu loin et me demande de les enlever... Un gars de chez Dargaud trouve que les monolithes que je dessine dans le livre ont une forme un peu trop phallique et me demande de les redessiner...
Je tente de négocier, mais mon censeur ne veut rien entendre. Il est prêt à aller au clash. Je fais mine de plier : « Oui monsieur, je corrige immédiatement... » De colère, je vais à la photogravure, et sur les films destinés à l'impression, avec mon Rotring, je rajoute les sexes de Sloane et Yaerl, et arrondis bien nettement l'aspect phallique des monolithes...
Le numéro sort en kiosque. Personne n'y voit rien. Tout passe comme une lettre à la poste. Je tiens à ce que les historiens du neuvième art retiennent ceci. La première bite à l'air de la bande dessinée française, c'est Philippe Druillet qui l'a publiée.

Rendons tout de suite justice à Goscinny : à la page précédente, Druillet rend hommage au rédacteur en chef de Pilote et à son courage face à la censure, encore bien réelle - et étatique - dans la France de 1969. À l'heure où la question de la liberté d'expression se trouve à nouveau crucialement posée, il n'est sans doute pas inintéressant de se replonger dans l'histoire, somme toute très récente, de l'évolution de ses limites. Tout comme il n'est pas interdit de se replonger dans l'univers inouï de Philippe Druillet. Et pourquoi pas en relisant sa version dessinée de Salammbô ?

En savoir plus...

Philippe Druillet
avec David Alliot
Delirium – autoportrait
Les Arènes, 2014
304 pages