critique &
création culturelle

    KAROO-VILLE

    Un regard neuf sur la ville et soi-même

    Comme vous avez pu le découvrir dans la capsule web Karoo-Ville consacrée à Louvain-La-Neuve , trois rédacteurs sont partis à la découverte de quelques institutions culturelles de la cité estudiantine. Ils retracent ici, à travers quelques mots, l’itinéraire du projet qui les a reliés ces deux derniers mois.

    Premiers ressentis - Héloïse

    Tous les trois rédacteurs depuis quelques années pour la plateforme culturelle Karoo, nous avons tout de suite répondu avec enthousiasme à ce nouveau projet qui nous a été proposé dans le courant du mois d’octobre, voyant en celui-ci une nouvelle manière d’approcher le journalisme culturel. En effet, jusqu’ici, nous avions chacun essentiellement écrit des articles et cette proposition était l’occasion de s’essayer cette fois à l’élaboration d’une capsule vidéo web. Et c’est autour d’un café que cette aventure a réellement pris vie…

    Plus exactement l’objectif a été de réaliser une vidéo de plus ou moins six minutes, traitant de l’influence de la Covid sur les productions artistiques de trois lieux culturels de la ville de Louvain-la-Neuve : l’Atelier Théâtre Jean Vilar, la Ferme du Biéreau et le Mirage KAP. La ville avait été choisie au préalable par Ali1 et Julie2 , les initiateurs du projet. Quant aux lieux, ils se sont distingués assez vite. Effectivement, il nous a semblé important de traiter de différents domaines culturels (théâtre et musique), mais aussi d’être représentatif de la ville que l’on mettait à l’honneur, ce pour quoi nous avons mentionné un kot à projet. Le Mirage Kap nous a semblé être le plus adéquat vu qu’il tend à mettre en avant la création culturelle à Louvain-la-Neuve.

    Une fois les lieux répartis entre nous et quelques gorgées de café avalées, nous avons chacun ouvert nos agendas en vue d’établir les moments de rencontre. Nous nous sommes directement sentis encadrés avec bienveillance par Ali et Julie qui étaient attentifs à ce que chacun de nous puisse trouver de la place pour le projet dans son planning tout comme au niveau de l’implication.

    De cette expérience, nous attendions tous, à différents niveaux, un enrichissement. Amandine , étudiante en journalisme, avait déjà eu l’occasion de se familiariser avec des outils, des pratiques journalistiques, ce qui était moins le cas de Quentin et le mien ( Héloïse ), pour qui cette aventure était parsemée de choses à découvrir et à apprivoiser. Néanmoins, nous étions régis par l’envie d’expérimenter et d’enrichir nos compétences.

    Comme nous l’a partagé Quentin dans un de nos échanges :

    Le premier jour où nous nous sommes retrouvés dans un café pour nous organiser et planifier le projet, différents ressentis m'ont traversé. À l'image de mes débuts en tant que rédacteur pour Karoo, l'idée de connaître une expérience neuve m'apportait du plaisir. En entendant Julie et Ali parler du projet de vive voix, c'est l'enthousiasme qui m'a alors gagné. J'ai pu voir qu'il était partagé quand je me suis tourné vers Héloïse et Amandine en leur lançant avec gaieté : « Ça va être chouette ! »

    Et c’est avec ces sentiments que nous nous sommes quittés devant ce café avec l’envie de nous retrouver bientôt pour débuter plus concrètement tout ce dont nous venions de parler.

    Un thème qui s’impose - Amandine

    Ce projet nous a ainsi donné l'occasion de rendre la parole à la culture, ce domaine qui a tant souffert durant la pandémie. En tant que rédacteurs chez Karoo, c’est quelque chose qui nous tenait à cœur. Dans les médias traditionnels, on a tendance à entendre les mêmes problématiques. Celles-ci tournent souvent autour des mesures sanitaires à appliquer dans les secteurs culturels. Mais aussi sur l’organisation ou les manques à gagner. Bien sûr, certaines de ces questions sont essentielles pour parler de la culture, vu qu’il s’agit de l’actualité. Mais il ne faut pas oublier que la fonction principale des institutions culturelles ne s’arrête pas là. Ainsi, s’interroger sur l’influence de la Covid sur les productions artistiques et leur création, permettait à nos yeux de retrouver l’essence même du secteur. À  trop entendre qu’il est « non essentiel », nous désirions prouver le contraire. D’autant plus que ce thème résonne en nous, vu que nous sommes tous les trois passionnés par l’écriture. Durant cette période, nous avons été impactés par la crise, d’une manière ou d’une autre. Comme le dit Quentin, « la perspective de s'interroger sur la manière avec laquelle la crise sanitaire avait pu nourrir la création était donc plus qu'intéressante ».

    Cependant, Héloïse et moi avions quelques a priori sur le sujet. En fin de compte, nous devions trouver des questions à poser aux institutions culturelles, et non directement aux artistes. Sauront-ils répondre quant à comment la crise touche à la création ? Sont-ils vraiment les mieux placés ? Lors des interviews, lorsque nous nous sommes penchés dessus, nos pensées ont divergé. Héloïse a gardé son avis, estimant le sujet assez complexe, mais Quentin et moi avons compris l’utilité d’interroger spécifiquement ces acteurs. En effet, ceux-ci sont habitués à recevoir une multitude d’artistes, et sont donc aptes à répondre aux questions d’une manière plus globale. Si nous avions dû demander directement aux artistes concernés, cela nous aurait demandé d’en trouver un grand nombre pour pouvoir confronter une pluralité de pensées.

    Le repérage, la captation - Quentin

    La suite de l’aventure consistait à prendre des plans d’illustration dans la ville et à se rendre sur les lieux de tournage en vue de préparer les interviews. On a donc fait le tour de Louvain-La-Neuve pendant des heures. À la fin, on avait les pieds en compote, mais l’expérience nous a donné l'occasion de poser un regard neuf sur une ville qu’on arpente au quotidien, en l’observant autrement pour prendre les plans.

    Ce qui amuse toujours Amandine avec les caméras, c’est de voir à quel point les gens sont intimidés :

    Dès qu’on filmait une partie de la ville, les regards se tournaient vers nous et quelques rires se faisaient entendre. C’était rigolo parce que ça donnait l’impression de se sentir en contrôle. D’habitude, quand on est devant la caméra, il y a toujours une gêne parce qu'on se sent oppressé (quand c’est trop près, surtout) ou qu’on a peur de l’image renvoyée. Alors qu’ici, c’était l’inverse puisqu’on était derrière l’objectif.

    Tous les trois, on aurait aimé tenir davantage la caméra, mais on sait aussi qu’on manquait d’expérience dans la prise de plans pour oser en prendre seuls. Ali et Julie ont essayé de bien nous expliquer les bonnes pratiques pour une capsule vidéo (cadrage, longueur idéale…) et le maniement des outils. On s’est rendu compte qu’il fallait constamment s'adapter à ce que l'inattendu nous apporte, comme à l’absence de ce qui était prévu. Un autre défi consiste à rester attentif aux détails intéressants autour de soi, tout en ne s’éparpillant pas en choisissant ceux qui concernent bien le projet.

    Les détails sont encore plus importants lors du repérage sur les lieux de tournage, afin de préparer une interview. Du cadrage à l'éclairage, en passant par la position des intervenants, les paramètres à prendre en compte étaient nombreux et variés ! Amandine était étonnée de voir la préparation nécessaire, puisqu’elle n’avait jamais dû réaliser de repérage dans le cadre de ses études de journalisme.

    Les interviews - Héloïse

    Est alors venu le moment de passer derrière la caméra… Initialement, nous avons bien sûr préparé nos questions afin d’avoir un cheminement préconstruit. Au départ, nous avons rencontré des difficultés pour rester cohérents par rapport au thème : tous les trois, nous avons eu tendance à parler de l’organisation plutôt que de la création. Cet exercice nous a alors fait prendre conscience de la nuance de notre thème. Heureusement, Ali et Julie nous ont fait un bref retour qui a permis de nous aiguiller.

    Le jour J, nous avons tout d’abord assisté à la préparation de chaque lieu de tournage. Attentifs à l’écran de la caméra, Ali et Julie nous ont appris à manipuler les lumières, les micros, à bien choisir l’image de fond tout comme à situer les personnes dans le cadre. Le but était que la captation soit visiblement adéquate et agréable à regarder comme à écouter.

    Avant que l'interview ne commence, nous avons tous les trois ressenti une certaine montée d’adrénaline. En effet, cet exercice ne nous était pas familier, ce qui nous mettait un peu mal à l’aise. Aussi, tout au long de l'interview, nous avons chacun éprouvé des difficultés. J’ai (Héloïse) personnellement eu du mal à garder un discours cohérent et structuré de manière spontanée au fil de l’entrevue. Amandine a eu du mal à rester concentrée. En effet, la difficulté est de rester à la fois attentif à ce qui est dit pour savoir rebondir dessus et, en même temps, à suivre une ligne droite adéquate (en lien notamment avec les questions réfléchies au préalable). Nous avons tous eu l’impression d’agir sans trop savoir comment s’y prendre. Après réflexion, nous aurions aimé partager plus en amont, et non en aval, avec Ali et Julie sur comment se comporter lors d’une interview. Cet exercice était donc assez intimidant, mais au fil de son déroulement, celui-ci se révélait naturel pour certains aspects et complexe pour d’autres.

    Le montage - Amandine

    Héloïse n’a malheureusement pas pu être présente lors du montage. Malgré cela, un point la tracassait, que Quentin et moi partagions. Elle estimait qu’il serait difficile de regarder les vidéos où nous étions filmés. Durant ce visionnage, j’ai ressenti parfois de la gêne en voyant mes erreurs. Sans m’en rendre compte, en essayant d’engager la conversation, je coupais parfois mon interlocuteur pour savoir si je comprenais bien ce qu’il disait. J’avais tendance à murmurer des approbations, pensant que cela ne s’entendait pas au micro... bien au contraire ! Bien que ce soit gênant à regarder, ce passage indispensable nous permet aussi de nous rendre compte de nos erreurs.

    Nous redoutions le montage également pour l’aspect technique. Je m'étais déjà adonnée à la tâche, vu qu’elle a fait des reportages. Mais dans ce cas-ci, il s’agissait plus d’une approche documentaire que ce qu’on retrouve habituellement dans les journaux télévisés. C’était donc tout aussi nouveau pour moi. Vu que nous étions guidés par Ali et Julie, nous nous sommes sentis plus à l’aise. Nous avons trouvé cet accompagnement particulièrement enrichissant, car comme Quentin nous l’a confié, on peut avoir des idées qui nous paraissent justes, mais se rendre ensuite compte qu’elles sont erronées en discutant avec les autres. Ce qui permet donc de bousculer les certitudes et de nous apprendre à nous remettre en question.

    Nous nous sommes aussi rendu compte de la complexité de la sélection des passages. Ali avait déjà travaillé dessus, vu que nos interviews ‒ certaines plus que d’autres ‒ étaient particulièrement longues. La vidéo finale devait se résumer à seulement six minutes, ce qui revient à une minute trente maximum par point. Cette étape n’est donc pas aussi évidente qu’on pourrait le penser. Travailler à plusieurs nous a permis de tisser un fil rouge pour structurer de façon cohérente les passages épars, ce qui a allégé le processus.

    De nouveaux horizons - Quentin

    Si nous avons tous trois le sentiment d’avoir été dans l’ensemble plus spectateurs qu’acteurs du projet, c’était une expérience enrichissante, pleine d’enseignements. On en a appris plus sur la manière de filmer les lieux et les gens, le processus de l’interview ou encore la méthode utilisée pour un montage. En vue de reportages dans le cadre de ses études ou de son futur métier, Amandine garde en tête les conseils d’Ali et de Julie et les leçons qu’elle a retirées d’erreurs. Tout comme Héloïse, j'ai eu le sentiment d'avoir fait un pas dans mon développement personnel en me prêtant au jeu de l’interview, qui m'a permis de démystifier l’exercice.

    Humainement parlant, nous avons chacun vraiment apprécié de vivre l’aventure Karoo-Ville avec d’autres rédacteurs. Nous avons ainsi appris à mieux nous connaître et c’était bien plus chouette de rigoler ensemble pour déstresser que d’être seul. C’était positif de pouvoir sympathiser à ce point avec d’autres bénévoles de Karoo alors que les opportunités de rencontre entre membres sont plutôt rares, surtout en cette période compliquée. Sachant que nous travaillons d’habitude de façon solitaire, chacun derrière son ordinateur, ce projet nous a permis de nous ouvrir à de nouveaux horizons.

    On aimerait terminer cet article en remerciant Julie et Ali pour leur accompagnement et l’expérience qu’ils nous ont permis de vivre.

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    Amandine Fossoul, Quentin Decubber & Héloïse Trioen

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